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Chinaski – River Edge EP

On vous prévient les amis, nous allons aujourd’hui vous parler musique “House”, mais pas vraiment de celle qui va vous faire bouger le bassin par son groove, plutôt celle qui préfère vous raconter des histoires. Alors bien sûr, si ces récits sonores vous plaisent, rien ne vous empêche de vous mettre à danser en compagnie des personnages qu’ils vous évoqueront… Nous en tout cas, on est déjà sur le dancefloor cérébral, et on vous prend par la main avec ce River Edge, premier EP du producteur allemand Chinaski.

Sorti le 18 avril sur Uncanny Valley, label basé à Dresde que l’on connaît bien chez nous grâce à certaines bombes Hip Hop/House de Cuthead, mais aussi via son nom plutôt coolos, qui signifie “Vallée Dérangeante” – un concept définissant (en gros) l’effet bizarre procuré par la vision d’un robot humanoïde. Plus le progrès mène à une ressemblance frappante, plus ça nous laisse une impression étrange, voire nous dérange… (excellente illustration dans la série Real Human et ses “Hubots” aussi attachants que flippants, ou le chef d’œuvre de Spielby – A.I) -. Ce nom permet donc au label, en plus de voir la plupart des articles qui parlent de lui partir en couille sur les robots qui font peur, d’annoncer assez génialement sa direction artistique, entre une certaine idée du futur et le refus d’un modernisme trop exacerbé.

Avant de vous en parler davantage, on vous laisse vous installer dans un des wagons du manège spatial et fantomatique de Chinaski, pour une petite session BO de film, mais qui n’a pas besoin de films, on s’est compris :

Oui, fantomatique est le terme adéquat pour parler de ces productions. Des réminiscences du passé s’en dégagent en effet, du traitement sonore très lo-fi, aux textures vieillissantes et ces sons « bruts » de machines (devenu désormais un genre en soi, popularisé principalement par les sorties du label “branchunderground” LIES), l’ambiance est ici clairement référencée. Ces éléments ne semblent en revanche pas utilisés de façon puriste, mais davantage pour nourrir un univers et des sensations.

Le premier morceau, « Disaster », ne résiste pas au cliché du cruising de nuit dans une bagnole qui reflète les lumières de la ville, avec sa dark house aux relents italo-disco très prononcés, nous rappelant certaines BO de Tangerine Dream. Assurément le track le plus complet et réussi du disque, qui écrase du coup un peu les autres, mais dont la supériorité n’est que bienveillance, car nous donnant envie de rester lové dans le monde synthétique du Monsieur.

Les morceaux suivants continuent l’histoire, avec le mouvementé « Cash » et ses déroulés de claps fétichistes, le très mélodique « Lifetime » avec sa ligne de synthé à la John Carpenter précédant une envolée rythmique totalement 80’s, se terminant par des vocaux discrets mais ultra bien placés, tels les échos d’un enregistrement d’outre-tombe. Le morceau « Street » peut lui se voir comme une interlude, ou une pause, toujours eighties, dans l’histoire que le narrateur nous raconte. Le disque se termine enfin de façon bien étrange avec « Never Look Back » et sa house langoureuse à la schizophrénie latente, constituée de nappes répétitives à souhait. Le morceau commence comme si on pénétrait dans une salle enfumée et moite d’un seul coup, pour ensuite réaliser un arrêt sur image étrange et planant, et terminer à nouveau sur le dancefloor de notre imagination… pour qu’on se rende compte qu’en fait, on ne l’avait jamais quitté, ce dancefloor.

Finissons en beauté avec le premier morceau de Chinaski, « Angel Heart », sorti à la rentrée 2015 toujours sur le même label. House technoïde très efficace, à la prise de puissance rythmique et mélodique, davantage « progressive » que les précédents morceaux écoutés.

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Jean Calin
Co-rédac-chef amical, schlag et responsable, j’ai en général la flemme d’écrire sauf quand je m’adonne à cette manie légèrement égocentrée de postillonner mon obsession pour la musique "full sentimentale". Pop parfois trop criarde, souvent dépressive, rn’b mal fagoté, musique électronique bucolique et groove qui groove pas toujours toujours au programme. PS : Je galère à ne pas placer le mot mélancolique dans toutes mes chroniques. PLEASE HELP.

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