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Arandel – Umbrapellis EP

Ils sont combien, hein ? Qui ? Ben les artistes français à l’identité mystérieuse qui font de la musique électronique dont le dogme est de n’être jouée qu’avec de “vrais” instruments (aucun sons de synthèse, ordinateurs, samplers, etc), de n’utiliser que la note Ré (et ses variantes), et dont l’utilisation idéale serait de transformer des stades remplis de papas restés bloqués sur Pink Floyd en vaisseaux spatiaux hyper spatieux en direction d’un futur passéiste, tout en aspirant quelques voies lactées au passage pour le plaisir des belles couleurs que l’on aspire ?

Oui. Voilà. Pas beaucoup. Et le projet Arandel est de ceux là.

Depuis 2010 cette entité mouvante semblant être “dirigée” par une seule et même personne (mais en fait on en sait rien) recherche les moyens d’emmener ses auditeurs dans un long voyage sonore grâce à une musique assez libre d’inspiration mais également très référencée, et qui, malgré toutes ces contraintes artistiques, a la magie d’être aussi très accessible. Comme beaucoup d’artistes qui aiment mélanger musique électronique, expérimentation et pop – coucou Brian Eno on parle souvent de toi dans ce ce genre d’article, mais en même temps tu en a traumatisé tellement avec si peu de notes alors on comprend – Arandel explore le versant mélodique et planant de ces musiques.

Le groupe a tout d’abord sorti en 2010 sur le label Infiné un premier album assez magnifique et intriguant, In D, entre techno, musique sérielle et acousmatique. Album qui avait marqué à l’époque par son ambition, ses belles ambiances, ses références high level (Terry Riley, Steve Reich, et tout le tintouin contemporain), et par sa presque perfection, en fait. Remémoration immédiate de tout cela avec le morceau d’ouverture, “In D#1” :

Après un temps de collaborations, de lives, et de nombreux remix très inspirés, Arandel sort fin 2014 un deuxième album, Solarispellis, semblant vouloir explorer l’intégralité du champ lexical de l’adjectif “spatial”, mais avec des sons. Très narratif, et d’une grande homogénéité sonore, l’album comporte des tempos et des ambiances d’avantage hétérogènes que sur In D, ainsi que des mélodies beaucoup plus libres. Celle-ci semblent d’ailleurs être la clé de ce disque, car au lieu de naître de la répétition comme avant, elles se dilatent ici dans le temps, prenant la pause sur des plages sonores plus ou moins longues.

L’utilisation prégnante de synthétiseurs donne d’ailleurs un petit côté New Age au projet, qui s’apprécie donc idéalement très fort dans une pièce haute de plafond, en fumant un gros tarpos allongé sur un tapis devant cette cheminée éteinte d’où s’échappe un léger courant d’air.

Et ce n’est pas leur nouvel EP, Umbrapellis, sorti le 20 novembre, qui va nous contredire. Suite directe de ce Solarispellis, il prolonge la migration des mélodies devenant images, là où il s’était arrêté. C’est à dire en plein cosmos irréel empli de sons créés par la rotation de potards faisant échos aux chants de baleines immenses flottants dans le vide, et de bruits de cailloux métalliques qui s’entrechoquent en dévalant les pentes d’une planète sauvage à la pesanteur pourtant familière.

Celui-ci est constitué de morceaux appelés “Sections” comme sur Solarispellis, qui nous donnent un peu l’impression d’être des érudits du GRM quand on en parle avec des amis (“je trouve que la section 5 de cet ouvrage sonore fait un usage des filtres passe hauts assez original”), ainsi que d’interludes telles des variations de ces mêmes sections.

Et le disque démarre par cette belle “Interlude (1st Variation on Section 7)”, qui éclaire les ténèbres d’une existence gaspillée à vivre sur nos planètes respectives, un peu trop petites et donc, un peu trop sombres :

Après une longue et agréable contemplation lunaire avec le morceau “Section 5” suivie de deux autres  interludes tout aussi calmes, le disque prend son envol sonique avec cette “Section 6”. Petit monument maison de techno planante avec une belle montée en puissance comme on les aime, suivie d’une descente en ski sur les cendres encore chaudes d’un astéroïde qui vient d’exploser au dessus de notre tête, puis une légère remontée, suivie d’une… :

Inutile de préciser la dimension cinématographique de cette musique, même si on vient de le faire. Le groupe s’en est d’ailleurs chargé lui même avec les trois clips pour des morceaux de Solarispellis, qui suivent le même fil narratif. Une petite fresque SF intime et psychédélique assez ambitieuse, réalisée par Julien Carot, qui déroule un univers assez complet. Ce qui est assez rare dans un clip made in France pour le souligner. Ambition qui est aussi un peu sa propre limite, on trouve.

En tout cas on aime bien ces petites créatures poilus, un peu moins le protagoniste principal, semblant sortir d’un vieux clip de Noir Désir. Enfin, on serait quand même de vrais goujats de cracher sur une si belle ambiance SF et tout aussi belles images, donc bon film à tous :

Umbrapellis se procure par ici.

Et n’oubliez pas que le label Infiné organise une bonne grosse sauterie parisienne avec sa carte blanche à la Gaité Lyrique, du 17 au 20 décembre. Vous y retrouverez Arandel en live pour toute la famille,  mais aussi Cubenx, Gordon, Almeeva, Rob Clouth et plein d’autre choses dont des activités audiovisuelles chill cool. Plus d’info chill cool par là.

Jean Calin et la nature.png
JeanCalin
Co-rédac-chef amical et responsable, j’ai en général la flemme d’écrire sauf quand je m’adonne à cette manie légèrement égocentrée de postillonner mon obsession pour la musique émotionnelle et confortable. Pop parfois trop criarde, souvent dépressive, rn’b mal fagoté, musique électronique bucolique et groove qui groove pas toujours toujours au programme. PS : Je galère à ne pas placer le mot mélancolique dans toutes mes chroniques. PLEASE HELP.