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Rencontre avec le crew RA+RE à l'occasion de la Journée de la Femme

On salue l’initiative, et on a voulu en savoir plus sur les filles de RA+RE et leur place en tant que femmes dans l’industrie de la musique. Cheers.

Est ce que vous pouvez vous présenter et nous raconter la naissance de RA+RE, votre crew 100% féminin ?

RA+RE a commencé l’été 2013 à Ibiza. Rohmi et Abi qui se sont rencontrées à New York et ont écumé la scène underground locale; ont eu envie de créer leur propre label, quelque chose de nouveau, un vent de fraîcheur sur la scène électronique. Entourées de leur équipe de copains, tous DJ et producteurs, elles ne trouvaient pas vraiment leur place et elles ont décidé de créer un concept qui leur ressemble, alliant musique, mode et féminité. Et c’est comme cela que RA+RE est né. Jessie, leur amie, basée à New York, une graphiste et styliste hors-pair, les a rejoint pour parfaire cette équipe multidisciplinaire.
Tout s’est rapidement enchaîné…

Aujourd’hui, RA+RE en chiffres c’est : 7 EPs; 2 résidences à Berlin (Hoppetosse, Club der Visionaere et une plus récente à About Blank) 8 DJs basées entre Paris, Berlin, Madrid, New York et Rangoon : Rohmi, Abi, Ethel & Melody, Charlotte, Mari.te, Mayssam et Rubi, 18 Breakfast Club à leur actifs; 1 prestigieux prix remporté en janvier 2016 et remis par Arnaud Montebourg récompensant la meilleure “Babybrand” française de l’année; et bien d’autres projets à venir…

Est ce que vous voyez une progression de votre statut de dj comparé à celui d’il y a cinq ans, quand vous veniez de commencer ?

Évidemment, la progression a été énorme. Au début, on avait peur que les gens soient un peu sceptique et aient tendance à nous juger un peu trop facilement sachant que nous sommes des femmes, mais on a travaillé dur et on a essayé d’être professionnelles depuis le départ donc nous avons le sentiment que les gens nous font confiance et c’est très gratifiant.
Nos styles ont aussi beaucoup évolué, au fil des gigs. On a chacune notre patte évidemment, mais jouant souvent en b2b lors des RA+RE Showcases, nous avons aussi appris intuitivement à jouer ensemble, ce qui nous permet de faire des sets cohérents. C’est un plaisir de partager les platines avec son groupe de copines.

Est ce que vous vous considérez vous même comme porte-parole de cette féminité ?

Nous sommes pour l’égalité des sexes et souhaitons participer à cet équilibre en mettant les femmes artistes de notre milieu musical au devant de la scène (les DJs, les productrices, les illustratrices pour nos pochettes vinyles, les danseuses pour nos shows…).

De part nos parcours, nos événements, notre musique… Nous avons réussi à fédérer un groupe d’artistes féminines qui sont engagées pour nous aider à faire avancer les choses sans pour autant tomber dans le « girl power » qui peut être discriminatoire envers les hommes. Nous pouvons estimer que RA+RE est porte-parole de cette féminité et que beaucoup de femmes et jeunes femmes s’identifient à nous car nous avons su acquérir une place importante dans un univers essentiellement masculin.

Comment est-ce que vous sélectionnez vos recrues au sein du label ? 🙂

On est toujours en perpétuelle recherche de nouvelle DJ/productrice. Même si elles sont de plus en plus nombreuses aujourd’hui, c’est compliqué de trouver une artiste qui colle parfaitement à notre univers musical et à la vision de RA+RE. Nous marchons généralement au coup de coeur. Notre dernière recrue Denaila, est une artiste qu’on suivait depuis un moment sur les réseaux sociaux. Nous lui avons demandé de nous envoyer des morceaux. Ceux-ci nous ont tout de suite séduits et PAF, voila un nouvel EP signé !

 

Est ce que vous pensez que l’apparence physique prend une place plus importante quand on est une femme et qu’on souhaite réussir dans la musique ?

Pour réussir dans ce milieu en tant que femme, il faut montrer qu’on a sa place et pour cela il faut être bien déterminée parce que la route est longue ! Pour certaines artistes le physique a probablement participé à leur réussite. Nous préférons être jugées pour notre musique. Etre « bonne »  peut être un atout pour se faire remarquer mais si le talent ne suit pas, il sera difficile de rester…

L’utilisation des codes pornographiques dans les clips de pas mal de chanteuses pop vous en pensez quoi ?

D’un point de vue esthétique, nous ne trouvons pas cela dérangeant bien au contraire. Les artistes sont libres d’utiliser les images qu’ils souhaitent et la créativité ne doit pas être bornée. Si l’artiste a envie d’utiliser des codes pornographiques, ou bien d’être dénudé(e), c’est son droit. Le problème vient d’une partie de l’audience qui ne sait pas faire la part des choses. Malheureusement, certaines personnes ont tendance à faire des amalgames douteux du type: femme dénudée = salope. Les mentalités doivent évoluer !

Quand Jim Morisson sort son sexe sur scène il brise les tabous et se rebelle contre la société puritaine, quand Janet Jackson montre son sein elle se fait traiter de salope. Faut que ça change, on fait comment ?

Le but de ces deux prestations étaient de provoquer : sortir un sexe sur scène en 1970 ou bien montrer un sein en 2006, c’est dans les deux cas se rebeller contre la société et briser les tabous (même si Janet ne l’a peut-être pas fait exprès 😉 ) Le fait d’avoir un débat autour de cela et de comparer les artistes montre déjà que les gens en parlent. Il n’y a pas de recette miracle, et le combat sera long pour arriver à une égalité homme-femme.

Aussi, il ne faut pas oublier de mentionner le hashtgag #justiceforjanet ou des milliers de personnes ont soutenu publiquement Janet Jackson. De la nuit née la lumière.

On peut remarquer qu’il y a, en plus d’une importante nouvelle vague de djs, de nombreuses rappeuses qui émergent elles aussi, notamment en Angleterre (Little Simz, Mahalia). Comment expliquez-vous que la France soit à la traine sur ce point ? Pensez-vous que l’Angleterre par exemple soit plus ouverte ou même féministe ?

Nous ne pensons pas que la France soit à la traîne à ce sujet, nous pensons qu’il y a des femmes artistes émergentes partout dans le monde, et que c’est une très bonnes choses. L’Angleterre est un des pays le plus dynamique à ce sujet, simplement parce que il y a beaucoup de nouvelles têtes montantes anglaises, mais en France aussi. Peut être est-ce juste une question de popularité plutôt que d’être à la traine ?

Dernière question, si vous étiez un cocktail fort et puissant ?

Mezcal Negroni ! 🙂

Merci & cheers !

 

On en profite pour mentionner ici le groupe WOMEN’S SPEECH, groupe de rencontres pour les meufs et/ou queers qui veulent échanger sur les musiques électroniques : techno, house, bass music, drum’n’bass, ambient, hardcore mais aussi du hip-hop & more.  Une plateforme de visibilité et d’échanges mettant artistes et autres professionnels en relation, courrez y faire un tour !

CHOPEZ VOTRE PLACE PAR ICI :

NF-34 / RA+RE Showcase for Women’s day

Équipe BABOU | 194
BABOU
Ancienne chargée de communication du Bada, j'aime la house un peu queer, la disco, la techno, et beaucoup les paillettes. Très éclectique, on peut aussi bien me retrouver à un concert de Fishbach qu'au fin fond d'une free party dans le Morbihan. Mon cocktail préféré du moment ? Le TOUT UN FOIN à base de Tequila, lait de vache, foin de Crau AOC, cacao des Caraïbes, mole negro especial et à déguster bien chaud : Atchoum.

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