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Interview | Deva Mahal, une diva est née

Ne dites pas Deva mais Diva. Merci d’avance.

On vous parle aujourd’hui de la chanteuse Deva Mahal, nouvelle sensation de la soul américaine. C’est pas nous c’est André Manoukian et Les Inrock qui le disent… Validée donc (haha), elle est surtout une personne solaire au rire franc et à la bonne humeur contagieuse.

Fille du légendaire bluesman Taj Mahal et de Carole Fredericks, qui a popularisé le blues et le gospel en France, c’est effectivement peu dire que l’américaine a le blues dans le sang. Après un premier EP éponyme sorti l’année dernière, la soulgirl revient avec un album, – le tout premier -, « Run Deep », qui sortira le 23 mars prochain. Le premier single, « It’s Down To You », annonce la couleur : un savoureux cocktails d’afrobeats, de soul et de gospel.

De passage à Paris le 30 janvier dernier pour le festival Les Nuits de L’alligator, la chanteuse nous livre, – autour d’un verre de vin -, ses amours, ses envies, ses emmerdes. Non, plus sérieusement, on a parlé du « clic bête » (plus connu sous le nom de clickbait), d’Amy Winehouse, du mouvement #metoo et surtout d’amour.

Le nom de l’album, « Run Deep », fait référence aux choses es plus importantes. L’amour qui est quelque chose d’intense. La famille aussi. De même que la douleur, la tristesse… J’ai ressenti le besoin d’exprimer la manière dont je ressens les émotions.

Peut-on aussi le voir comme un appel plus général à revenir à l’essentiel dans nos sociétés modernes où l’on ne cesse de s’éparpiller ?

Toujours à faire ça aussi (elle mime quelqu’un qui écrit un message sur son portable). Les gens sont moins patients, font moins attention. À cause des réseaux sociaux j’ai l’impression qu’ils sont plus intéressés par les contenus de type « piège à clics ». Il y a peu de profondeur, je trouve. Pour moi, c’était donc important d’exprimer quelque chose qui soit profond, significatif, et complexe à la fois.

Ta musique est un savant mélange de gospel, de soul évidement, mais aussi d’afterbeat. D’où te viennent toutes ces influences ?

Mon héritage musical me vient d’Afrique de l’Ouest, des Caraïbes, de New-York et plus largement de la côte Est des États-Unis. De mon père et de ma tante, de nos origines caribéennes et des côtes ouest-africaines. Mon père disait que sa voix, ainsi que sa musique, lui venaient du côté maternelle de la famille. Donc je dirais que j’ai hérité d’une connexion profonde avec les cultures afro-américaines, afro-caribéennes et africaines. Il y a aussi la musique soul, le blues, le jazz, le R’n’B, le hip-hop, toutes ces choses… Elles font en quelque sorte partie du paysage musical d’un américain. Depuis que je suis toute petite, j’ai toujours été attirée par cet héritage. Ces genres musicaux charrient, pour moi, les meilleurs titres du XXe et du XXIe siècle. Pas tous mais une bonne part, en tous les cas pour les États-Unis.

Peux-tu me donner des noms d’artistes qui t’ont inspiré ?

Il y en a tellement. Billie Holiday, Nina Simone, Ella Fitzgerald, Lauryn Hill, Whitney Houston, Marie J blige, Stevie Wonder, Donny Hathaway. Et puis d’autres comme Björk, Alanis Morrisset, Janis Joplin, Joe Monk, beaucoup de choses très différentes. Screamin Jay Hawkins, Alan Woolf. Beaucoup de chanteurs du monde R’n’B comme Janet Jackson, – je suis une grande fan -, j’ai des goûts musicaux très éclectiques.

En parlant d’inspirations, on a lu un commentaire sur le live Facebook de Radio Nova qui disait que ta voix ressemblait beaucoup à celle d’Amy Winehouse…

Oui, elle m’inspire beaucoup. Je trouve ça fou la manière dont elle a su s’inspirer des grandes figures de la musique soul pour nourrir la sienne. J’ai fait des études de musicologie, de musique jazz plus précisément. Et maintenant je suis là !

Justement, depuis combien de temps tu tournes ?

Avec mon groupe actuel, je dirais quatre mois. Mais j’avais un autre groupe aux États-Unis et on a joué ensemble pendant quatre ans. Mais j’avais d’autres projets…

Tu as également chanté avec le groupe néo-zélandais Fat Freddys Drop. Peut-on dire que la dub fait également partie de ton héritage ?

Je suis originaire d’Hawaï et j’ai donc grandi en écoutant beaucoup de reggae. De la dub, du dancehall, du ska et de la musique beat. On retrouve ces influences dans mon travail. J’ai vécu en Nouvelle-Zélande et là-bas il y a une communauté dub très importante et à laquelle je me suis mêlée.

Tes voyages influencent-ils ta musique ?

Oui. J’adore voyager. Ça m’a permis de découvrir le reggae, la soul, mais ce que j’aime par dessus tout c’est la soul « vintage ». J’aime beaucoup les classiques du R’n’B de la moitié du 20e siècle. Mais aussi la disco, je suis une grand fan de Donna Summer ou encore d’Evelyn « Champagne » King. Il y a bien sûr Prince, Diana Ross…

C’est un peut etre un peu tôt, mais est ce que tu as des ressentis sur le fait d’être une femme dans l’industrie musicale après #metoo ?

Pour être honnête, je n’ai pas constaté de changement. Mais je pense que c’est dû au fait que #metoo est un mouvement récent. J’espère que j’aurai l’occasion d’expérimenter ses effets dans les mois à venir. Auparavant, dans l’industrie musicale c’était les hommes qui tenaient les rênes. Mais il y a aussi certaines femmes qui essayent de contrôler tout ce que tu fais. Si tu t’imposes, tu es bruyante. Mais si tu ne t’imposes pas, on te dira tout le temps ce que tu dois faire. Il y a aussi une hypersexualisation, ou disons une forme d’appropriation de ta sexualité et de ton espace personnel. Ce sont des choses courantes dans ce type d’industrie. Et je pense que la limite est ténue entre le fait de garder le contrôle sur sa sexualité et laisser quelqu’un d’autre l’instrumentaliser.

Ton premier single, « It’s Down To You » sonne comme un hymne à être soi-même et alerte sur la nécessité d’arrêter de vouloir plaire aux autres, de s’émanciper. Étais-ce bien ce message que tu voulais faire passer ?

Oui. Cette chanson possède un sens très précis, elle renvoie à un passage de ma vie. Mais elle parle aussi du fait d’être dans une relation où l’on s’investit beaucoup plus que son partenaire. Il faut aussi se rappeler que l’on ne peut pas plaire à tout le monde, parfois des gens ne vont pas vous aimer, ça ne va pas toujours marcher. Mais c’est important de se dire que c’est normal, que c’est tout simplement la vie.

Ton nouvel album s’annonce plutôt « girl power », right ..?

Il parle surtout d’une multitude de choses que j’ai vécu. Pas seulement en tant que femmes, mais en tant que personne. Je pense que c’est vraiment important d’être clair sur ce point.

Est-ce plutôt une forme de catharsis ?

Oui. Et je pense que les gens attribuent plus facilement ce genre de sentiments aux femmes. Mais en réalité ils appartiennent à tout le monde.

On a lu dans Les Inrockuptibles que tu avais co-écrit ton album avec Scott Jacoby (Vampire Weekend, Siam, John Legend, Janelle Monáe…), pourquoi l’avoir choisi et comment s’est passé la collaboration ?

Travailler avec Scott, c’était le rêve. C’est un producteur incroyable et un être vraiment profond. C’est le genre de personne auquel on pense tout de suite. Il est gentil, généreux et, bien sûr, incroyablement talentueux. Un grand musicien, un grand producteur, un grand technicien, organisateur et directeur… Il sait tout faire.

​Et​ ​maintenant​ ​la​ ​question​ ​du​ ​Limo,​ ​si​ tu​ ​étais ​une​ ​boisson,​ ​ça serait​ ​quoi​ ​?

J’adore la tequila. J’ai travaillé dans des bars et des restaurants pendant très longtemps. L’un de mes cocktails préférés s’appelle Penicillin, je suis aussi fan du Gin Tonic. Quand j’ai envie de quelque chose de plus relevé, j’opte pour une Piña colada. Mais juste une et seulement si je suis sur une île. J’ai besoin de soleil, d’une plage et d’un transat pour boire ça. Et bien sûr j’aime le vin.

Merci à toi. Cheers !

Équipe Lea | 158
Lea
Parisienne d'adoption. Nantaise de coeur. Rédactrice au Limo depuis un an. J'aime la culture avec un grand Q ! Mon cocktail préféré : Le Mojito. Classique mais indétrônable !