Vendège – Nora's Ark EP

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Pour comprendre (enfin) le sens du terme ‘folktronica’, nous vous conseillons d’écouter le dernier EP du projet Vendège (aka Thibault Marchal), sorti ce lundi 20 juillet. Car sa musique se trouve au point de rencontre parfait entre une folk sensible, féérique et une électro pointue aux rythmes entraînants – certains moments nous renvoient à l’époque pop vers 2006, avec des groupes comme Sunset Rubdown ou les premiers albums de CocoRosie (qui d’ailleurs ont un album appelé Noah’s Ark, peut-être un hommage à demi-mot?)

L’EP de Vendège est intitulé Nora’s Ark, en hommage à la naissance de Nora, la fille d’une amie proche. Le dernier exercice d’expérimentation du groupe donc, qui intriguera certainement son public – pour l’instant majoritairement parisien – d’ailleurs souvent invité à assister à des concerts privés se déroulant dans des appartements…

Pour les non-initiés, voici un petit tour de ce dernier EP.

« Straw, Berries » (piste 1) est une introduction plutôt qu’un morceau à proprement parler, plongeant l’auditeur dans l’espace sonore de l’EP, l’introduisant aux voix, sonorités et instruments qui lui seront présentés tout au long du disque.

Thibault Marchal nous a d’ailleurs raconté où il avait pioché les bruits que l’on entend au début: “Il s’agit de craquements de vinyles et d’un homme qui vendait des fraises dans le métro. Cet homme criait pour vendre ses fraises et il s’était accordé sans s’en rendre compte (au niveau de la tonalité de sa voix) à un homme asiatique qui jouait avec une espèce de violoncelle à une corde). Tout le morceau part de ce musicien.”

Le titre « Straw, Berries » se divise en deux autres mots: ‘Straw’ (paille) et ‘berries’ (baies). C’est une façon d’illustrer le travail de déconstruction qui semble fasciner Vendège: prendre des sons et les défaire, les dénouer, pour ensuite les remixer et, ce-faisant, leur donner un sens nouveau. En écoutant, on sent vivre le concept freudien de Das Unheimliche (‘the uncanny’ en anglais et traduit approximativement par « l’inquiétante étrangeté » en français) qui consiste à faire surgir l’étrange dans le familier. C’est une façon de décrire les frissons qui peuvent parfois parcourir notre colonne vertébrale et dont on a du mal à identifier le déclencheur.

Et l’entrée du violoncelle à 1’43 » dans « God’s Shiver » (piste 2) nous procure ce frisson. Dans ce morceau céleste, Vendège sample le Miserere d’Allegri pour créer une atmosphère féérique, hors-du-temps. Comme si un chœur chantait le Miserere au bord d’un lac où l’on serait en train de nager… On essaye d’écouter mais il est difficile de garder la tête au dessus de la surface. Le chant va et vient pour enfin être rejoint par une belle ligne de basse. Il y a aussi sur ce morceau des sonorités électroniques qui font penser à des gouttes de métaux liquides qui tombent, sons que l’on entend aussi chez d’autres groupes qui ont une approche détaillée et ludique des samples, comme par exemple Glass Animals ou Wild Beasts.

Nora’s Ark, bien que très court, réussit à nous immerger dans ses rythmes circulaires qui nous déposent enfin sur le rivage du prochain morceau, « Memories of the Orange Days ». On y entend des percussions drum ‘n’ bass, du violoncelle, et une ligne vocale mélodique, assez pop. C’est une potion étrange, mais elle se déguste bien. On trouve aussi beaucoup de joie dans ce morceau, et dans celui qui suit; c’est ici que l’auditeur qui écoute Vendège pour la première fois devrait commencer vraiment à comprendre et à ressentir l’effet envoûtant de ces bricolages sonores.

Impossible de parler du prochain titre, « Seb Song », sans mentionner le fameux Beirut, qui semble avoir influencé les accords répétitifs et minimalistes de piano, et les sonorités d’un accordéon. Le sample principal de ce morceau est évidemment « Here Comes the Sun » des Beatles qui arrive naturellement sur le morceau, comme si l’air était déjà dans notre tête avant de le lancer.

Pour finir, le titre « (Li & So) » clôt cet EP plein de magie sur le bourdonnement d’un accordéon.

 ☆ ☆ ☆

Un deuxième EP sortira avant la fin de l’année, intitulé N.O.U.R.S. Nous avons pu écouter une version en cours de production, plus pop et dansante cette fois, mais, hélas pour vous, il ne sortira qu’à la fin de l’année.

Entre temps, si vous avez pris goût à ce mixage délicat à la production ludique et voix timides qui partent de la gorge et pas du ventre, c’est le moment de réecouter CocoRosie, comme on a dit plus haut, et un autre groupe français, Saycet (surtout les premiers albums, après ils ont ajouté trop de voix féminines et ça devient un peu niais…)

On vous encourage surtout à aller écouter Vendège en live, pour l’ambiance intimiste mais aussi pour aider vos oreilles à démêler tous les sons qu’ils nous donnent à entendre. Vous pourrez ainsi jouer à ouvrir et fermer vos yeux, pour deviner quel son sort de quel instrument, s’il s’agit d’un  synthétiseur ou un simple bout de bois posé au bord du clavier…

Nous parlons en connaissance de cause, car nous avons eu le plaisir d’aller assister en avril dernier à un concert du groupe dans la cave du bar l’Ogresse, une chaumière perchée périlleusement sur le mont de Bagnolet* dans le 20e arrondissement de Paris. Le public, assis en cercle autour des musiciens, comme pour assister à un rite de sacrifice, avait l’impression de participer au spectacle par sa proximité avec les instruments, entassés dans une valise en cuir et en satin comme dans la cave d’Ali Baba. Bercés dans l’étrangeté et gâtés par les rythmes électroniques qui agitaient le bas du ventre et donnaient envie de danser. Sous l’influence de leur son, l’espace assez réduit du lieu donnait une étrange impression de liberté, comme si dans cette cave tout était possible…

C’est donc en live que l’on comprend réellement l’ambition du projet: le public qui encercle les musiciens est impliqué dans cette superposition de sons. Le mixage live des instruments sortis de la valise, des synthétiseurs et des voix, demande une dextérité et une concentration précise, et laisse l’auditoire comme suspendu aux actions du groupe.

 

Une production sonore complexe en live comme sur disque, à ne pas gâcher avec les enceintes de votre ordinateur ou téléphone vous l’avez compris !

L’EP est disponible dès aujourd’hui en téléchargement sur Bandcamp, et vous pourrez allez voir Vendège en live au Nuba pour Sofar Sound Paris, le 5 ou le 12 septembre. Et si vous passez à Tunis ce juillet 2015, ils joueront au RafRaf Open Air du 25 au 26…. On ne sait jamais.

Vous pouvez aussi écouter ici le premier EP du groupe, No-Bear EP, sorti début 2014.

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*Couplet de la rue de Bagnolet

par Robert DESNOS

 

Le soleil de la rue de Bagnolet
N’est pas un soleil comme les autres.
Il se baigne dans le ruisseau,
Il se coiffe avec un seau,
Tout comme les autres,
Mais, quand il caresse mes épaules,
C’est bien lui et pas un autre,
Le soleil de la rue Bagnolet
Qui conduit son cabriolet
Ailleurs qu’aux portes des palais,
Soleil, soleil ni beau ni laid,
Soleil tout drôle et tout content,
Soleil de la rue de Bagnolet,
Soleil d’hiver et de printemps,
Soleil de la rue de Bagnolet,
Pas comme les autres.

1942

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Joanna
Limonadier is now available in English thanks to my inimitable team of French-reading, English-writing waifs and strays. We translate the articles from French, and write new pieces in English. I like haze pop (Beach House), lyrical hip hop (Rejjie Snow, French 90s), bass (Thundercat, bassy dance music, and things like Pixies and Jack White) and that mysterious genre of proper music which we don't discuss much here but is quaintly known as 'classical'. *** Il était une fois, le Limonadier était une publication uniquement francophone. Puis vint l'équipe British, lancé par Miss Joanna avec le précieux soutien des chers fondateurs, et c'était parti, vers l'infini et au delà ! Mon cocktail préféré: tequila, citron vert, sucre de canne.