Toujours bloqués sur le dernier album de Solange : on vous explique pourquoi

Comme vous peut-être, est on toujours sous le charme délicat du dernier album de Solange. Sorti fin septembre 2016, c’est le genre d’opus qui gagne en perfection à chaque nouvelle écoute. On avait réservé notre avis jusqu’à présent mais ça y est, on est fin prêts à vous dire tout le bien qu’on pense de la petite dernière de la dynastie Knowles.

A Seat at the Table est le nouvel album de Solange. Et si jusqu’à présent, elle n’était, dans vos esprits, que la petite sœur de Queen B, il est grand temps d’ouvrir les yeux, et les oreilles, sur l’immense talent de la benjamine de la famille Knowles.
Solange a commencé sa carrière il y a déjà quelques années : à tout juste seize ans elle sort son premier album, Solo Star, en 2002, puis un deuxième en 2008, Sol-Angel and the Hadley Street Dreams (et OK, à ce stade-là, personne n’en avait rien à carrer). En 2012, elle lâche l’EP True, et intègre la sphère « hipster branchouille mais pas que » avec des morceaux très électro-pop, et surtout très réussis (mention cœur avec les doigts pour « Losing you », cette petite perle).

Mais c’est avec ce nouvel album que Solange, très bien entourée (Sampha, Q-Tip, Lil Wayne…) se révèle vraiment. Enfin. L’album aura longtemps été attendu (prendre 10 ans pour pondre un album, OKLM). Mais ÇA VALAIT LE COUP. Et puis on peut aussi intégrer cette démarche avec la stratégie de com des Knowles, tout comme cette interview « so natural » de Solange par Bey, à base de rires émus #soclose, camaraderie et réflexions sur leurs démarches artistiques respectives. C’est pas grave si c’est ultra préparé, parce qu’au final ça rend ultra bien et on en oublierais presque que les deux sont des bêtes de com, des ninjas de l’interview, et qu’il faudrait vraiment se forcer pour les déstabiliser. Et puis comme vous, on les aime bien quand-même, les Sista Sista Knowles.

Un album engagé

Le fil rouge, puissant, indéniable, de cet album, c’est la condition noire, depuis le point de vue d’une femme afro-américaine qui porte un regard posé sur le parcours de ses ancêtres. Et sur les implications de ce que signifie être noir en 2016/17 #BlackLivesMatter. C’est une condition douce-amère pour Solange, entre fierté et tristesse, face aux violences qui semblent sans cesse agiter son pays. Et cette dualité fait toute la force de l’album.

On a sélectionné, pour vos petites oreilles affutées, quelques morceaux de choix.

« Rise » et « Weary », entre lassitude et opiniâtreté

Ces deux courts morceaux annoncent d’emblée le ton de l’album : Solange est fière et blessée, fière d’être blessée, fière de cet héritage noir. Elle le célèbre en posant une voix de jazz sur un piano minimaliste dans « Rise », qui ouvre l’album, puis reconnaît, à voix murmurée, tout le poids que représente ce qui est pour elle un éternel combat. La douceur est présente, comme une réponse aux explosions de violences qui ont embrasé, à plusieurs reprises, les Etats-Unis cette année.

« Cranes in the Sky », confessions d’un deuil

C’est l’un des morceaux les plus puissants et les plus intimes de l’album. En utilisant la première personne, Solange retrace le travail d’acceptation qu’elle a dû faire à chaque nouvelle tuerie qui a ébranlé les Etats-Unis (et bordel, ça fait beaucoup). Le ton est honnête, la démarche engagée, toute entière dans l’admission de sa fragilité. Parce qu’on peut être sensible et powerful. Lire des livres et twerker. Bah ouais.

« Don’t Touch my Hair », le témoignage doux-amer

C’est LA pépite de l’album. La voix suave de Solange, toujours présente, nous ferait presque croire à une ballade. Mais là encore, derrière l’apparente douceur du morceau, on retrouve un message fort. Solange file la métaphore des cheveux comme la couronne de la femme noire, portée fièrement comme un emblème de cette origine que la chanteuse chérit tant. Elle arbore d’ailleurs, dans tous les visuels de l’album, des coiffures du turfu à rendre jalouses les années 70 (on vous laisse réfléchir à ce paradoxe). Et elle glisse, presque sur le ton de la plaisanterie, un clin d’œil à toutes les femmes (mais pas que) à qui on a pu toucher les cheveux (vous-mêmes vous savez #fam). Mais la cerise sur le gâteau reste, indéniablement, la présence de Sampha sur le refrain accompagné de cuivres 100% New Orleans. En prime, un autre clip bien hipster qui fait zizir aux yeux, avec même des petits pas de danse swaggé stylé, car Solange et Sampha savent zouker. Une perle.

« Mad » (feat. Lil Wayne)

Le titre dit tout ou presque : derrière cette démarche artistique, il y a un véritable besoin d’exorciser des sentiments violents. Si le ton de l’album est globalement dans le recul et la retenue, sur cette chanson, Solange perd son sang-froid. L’impuissance, la colère, la déception, l’incompréhension… Solange a, comme elle le dit dans le refrain, « a lot to be mad about ». Comme l’augmentation de la TVA, parce que c’est plus cher d’aller chez KFC maintenant. #JeSuisChickenWings

« Interludes » : l’histoire d’une famille noire

Entre les titres de l’album s’entrelace une série de morceaux courts et puissants, au nombre de neuf, intitulés « Interlude (…) ». Sur des arrangements discrets et pourtant inoubliables, Solange nous donne à écouter des bribes de conversations de ses parents, grand-parents, qui témoignent de leur expérience en tant que Noirs, aux États-Unis. Et si on peut tout d’abord être tenté de laisser de côtés ces interludes, et craindre une fresque bien ricaine à la Ma Famille D’Abord, ils se révèlent une clé de compréhension importante de la puissance de l’opus.

« F.U.BU » (feat. The-Dream & BJ the Chicago Kid)

On vous laisse avec ce dernier morceau, incontestablement l’hymne de l’album. Ce morceau résume le mieux tout ce que Solange cherche à exprimer tout au long des vingt-et-un morceaux qui composent A Seat At The Table. Et pourtant le titre est un putain de mensonge. A Seat At The Table n’est pas que pour un certain public; c’est pour tout le monde, c’est frais et c’est même instructif dis donc. C’est une sacrée découverte, et une vraie putain de révélation. Beware Beyoncé, Solange pourrait bien te voler ton swag.

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