The Hotelier — Goodness (LP)

The Hotelier Goodness

Goodness : l’emo, du rock indé comme les autres.

 

The Hotelier, notre groupe emo préféré, est de retour avec un troisième album intitulé Goodness. Alors oui, si vous en avez marre de cette météo digne d’un mois de novembre alors que l’été devrait prendre ses quartiers dans les cieux, ce disque est pour vous.

Non pas parce qu’il suivrait le même chemin que son prédécesseur en explorant les zones sombres tapies au fond de nous mais bien parce qu’il est apaisé. Ce nouvel effort, qui semble plus travaillé, porte en effet une énergie lumineuse, adoucie mais loin d’être émoussée. De quoi relativiser ce temps de chien.

Dans une longue et fort intéressante interview donnée à Stereogum, le groupe revient sur la confection de Goodness et sur les désaccords que cela a pu générer. On y apprend notamment que c’est un album taoïste de punk-rock pastoral. Et ça, ça nous parle.

Le disque s’ouvre sur un premier morceau qui n’en est pas vraiment un puisque c’est du spoken words entre une confession et une histoire qui nous est racontée, sans musique. Cette introduction inattendue met en lumière l’importance du song writing qui est souvent labyrinthique chez The Hotelier et met en place un certain nombre de thèmes et d’images qui vont traverser l’album. Le titre du morceau désigne un endroit précis et qui pourtant reste bien mystérieux : un point perdu au bord d’une rivière dans une forêt d’un parc national entre le Vermont et le New Hampshire. Nous voilà donc transportés dans une nature apaisée, bercée par les mots du bassiste et chanteur Christian Holden.

On entre ensuite dans le vif du sujet avec « Goodness, pt. 2 » et sa batterie à laquelle se mêle le chant presque crié. La guitare s’insinue avec quelques notes pincées puis la voix allonge la note et la basse fait son apparition. Tout est en place dans un minimalisme qui vole en éclat quand tout explose dans une jolie tradition emo-punk avec des riffs qui grincent, une batterie qui déferle et des variations qui amènent une synthèse intéressante jusqu’à la fin suspendue à la caisse claire.

Déboule alors sur les chapeaux de roue « Piano Player » avec une guitare et un rythme steady. Un chant choral un peu distancié introduit la voix solo avant le sing along de la répétition de « sustaaaiiiiin » et les exhortations du chanteur. Ce morceau assez long appelle aux pogos en live. Après un retour au calme relatif, les chœurs scandent de plus belle et on répète avec Christian « I don’t know if I know love no more » inlassablement.

Nous revoici à l’orée du parc national mais le long de la Farm and Wilderness Road et non loin d’un lac. Ce nouvel interlude géographique nous offre quelques accords égrainés sur une guitare sèche qui s’enrichit progressivement de picking et d’une chorale enregistrée de loin. On y entend des quintes de toux et des petits woohoo finaux. La transition est toute faite vers « Two Deliverances ». C’est une composition assez classique du punk-rock qui nous accueille. Puis une montée de batterie nous prend par la main pour nous mener jusqu’à une partie en guitare-voix avant une reprise du pattern. Une partie plus dense vient nous titiller avec un chant intense puis un retour à l’ordre qui prépare un final bruyant et énergique. On effleure le screamo et on vous voit bouger la tête devant votre écran.

Avec « Settle the Scar », la complexité de l’écriture musicale explose avec l’entrée de la batterie accompagnée par des mélodies à la guitare qui se superposent sur une pointe de cymbales. Un rythme binaire envahit l’espace pour laisser une place de choix à la voix. Se met en place une alternance entre passages noise et une simplicité précise dont les transitions sont maîtrisées. Punk, indie rock et emo se mêlent avec maestria avant un morceau très doux qui répond au nom de « Opening Mail For My Grandmother ». Il s’ouvre sur des power chords et un chant posé, autour desquels s’accumulent des patterns de guitare. Le chant choral est tronqué et Christian se joue des silences dans un morceau très narratif et descriptif.

De nouvelles coordonnées géographiques nous amènent dans le Massachussetts, quelque part entre Boston et Springfield. On entend une guitare sèche et des murmures presque imperceptibles comme si c’était un essai pour une version démo. Lorsqu’on parvient à distinguer les paroles, elles reprennent le thème de la track d’ouverture qui se perd dans les bruitages.

« Soft Animal » débarque ensuite avec sa distorsion sur les guitares et une grosse ligne de basse qui portent le chant. Les chœurs et les cris sont une invitation directe au sing along et c’est sans aucun doute qu’on chantera à gorges déployées le refrain : « Fawn doe, light snow / Make me feel alive /Make me believe that all my selves align / Fawn, doe, light snow / Spots on brown of white / Make me believe that it is all alright » la prochaine fois qu’on verra The Hotelier en live. On le promet sur la batterie qui cascade et martèle le morceau !

On embraye avec « Sun », un morceau assez long qui donne des frissons. Le guitare-basse-batterie du début est heurté et le chant éreinté dans des phases plus lentes. Les mélodies et les riffs soutiennent les passages noise et les « sun » répétés et repris en chœur. Les guitares-voix livrent un chant mélodique qui nous retourne avant un break ambient. Le retour du chant se fait tout en douceur puis avec une densité instrumentale progressive qui tend jusqu’au cri qui referme le titre.

Retour au pop-punk avec « You In This Light » et son architecture rythmée. Ça va chanter et pogoter sur les « You in this light feels like a thing I can’t remember ». Break à la batterie avec juste les lignes mélodiques à la guitare avant l’explosion et l’enchevêtrement des instruments, des voix et des cris. Et c’est sur un solo de batterie déstructuré que s’éteint le morceau pour laisser la place au piano-voix qui introduit « Fear of Good ». Le ton est plus lyrique sous la casquette du singer songwriter pour un court moment qui nous mène vers le dernier long titre du disque.

« End of Reel » s’ouvre sur un riff entêtant et un chant profond. Le morceau prend un rythme alangui avec la montée tranquille des accords et le retour de la ligne mélodique qui orne le chant. Puis un peu de screamo accompagné de percus. La chanson respire entre les silences liés aux déflagrations par la basse. Encore une fois, The Hotelier nous montrent toute la maîtrisent qu’ils ont dans la composition d’un morceau, car c’est ça aussi et surtout l’emo, une complexité des architectures et des variations. Et c’est de nouveau sur une fin suspendue que nous laisse le groupe. La boucle est bouclée.

Goodness est donc ce qu’on pourrait bien vulgairement appeler un « album de la maturité » parce que c’est le troisième, parce que c’est un travail d’orfèvre et parce qu’il se fonde sur des principes philosophiques qui ouvrent la musique à d’autres horizons. On a pu en avoir un aperçu live chez nos copains du Klub il y a quelques temps et on a hâte que The Hotelier reviennent défendre ce troisième opus en Europe, cet automne probablement.