Stéphane Amiel ou le féminisme chill

Stéphane Amiel - CC_BY_SA_FélixBrunot

Détendu. C’est le mot qui caractérise le mieux Stéphane Amiel. À peine fait-il la moue lorsqu’un camion d’éboueur couvre sa voix d’un doux bruit de verre pilé. Il faut dire qu’après vingt ans aux commandes du festival Les Femmes s’en Mêlent, ce pimpant quadragénaire a les nerfs solides.

« Des modèles masculins, y’en avait des tonnes et donc dès qu’il y avait une fille, ça apportait quelque chose d’exotique presque, en tout cas de différent. » Tout commence en 1997. Biberonné aux Kate Bush, Anne Clark et autres Björk, Stéphane Amiel décide de monter une association, Bandido, avec un pote pour monter des petits concerts seulement avec des artistes féminines. La première édition à lieu le 8 mars, lors de la fameuse journée de la femme, ce sera la seule. « Une journée pour évoquer tous les sujets concernant la place de la femme dans la société, ce n’est pas assez. Mais il faut une étincelle, et après que ça s’étende ». Johnny n’aurait pas dit mieux.

Si au fil des éditions Les Femmes s’en Mêlent s’agrandit, le principe reste toujours le même : se faire l’écho tant de la voix que des engagements des artistes féminines qui montent sur scène. Dans la prog’ de ces vingt dernières années on a ainsi pu voir Le Tigre, JD Samson, Lesbians on Ecstasy ou encore Barbi(e)turix (auquel Le Limo a consacré le premier volet de sa série sur le féminisme dans la musique). « L’idée c’est de se dire : on n’est pas la même chose, on a pas la même orientation sexuelle, mais ce n’est pas ça uniquement qui nous définit », affirme Stéphane Amiel entre deux gorgées de café. « Moi, j’ai envie que ça soit détendu du genre. »

Pas besoin nécessairement d’être artiste engagée pour participer aux Femmes s’en Mêlent. Stéphane Amiel le dit lui-même, « c’est né sans présupposé politique aucun, à part de se dire ça n’existe pas donc faisons-le. » Depuis ses débuts, il conçoit la scène comme un espace de parole ouvert à toutes … et à tous. En 2013, le festival organise une soirée spéciale « Free Pussy Riot ». À la demande de Cata Pirata, la chanteuse de Skip&Die, Stéphane Amiel accepte de faire venir les Femen, le temps d’une performance … qui n’aura finalement jamais lieu. Mais qu’importe, aux Femmes s’en mêlent tout est possible car « l’important c’est que ça vienne de la scène. » 

Le féminisme au masculin

À la question : « Te considères-tu comme féministe ? », Stéphane Amiel hésite. « Quand j’ai commencé je ne savais pas qu’un mec pouvait être féministe. Je pensais que c’était juste une histoire de femmes, ce qui était vrai à l’époque. » Pas facile dans les années 1980/90 de s’imposer lorsqu’on est une femme et qu’on cherche à percer dans le monde de la musique. « Les filles doivent déplacer des montagnes parce que tout autour d’elles, c’est entouré de mecs. Les maisons de disque à l’époque, c’était que des garçons. Ceux qui tiennent les salles, c’est que des garçons. Les producteurs, c’est que des garçons. »

Alors, à force de n’entendre parler que de Kate Bush comme petite copine idéale ou bien de Björk, obligée de se justifier parce qu’elle travaille avec un ingénieur du son masculin, Stéphane Amiel décide de prendre les choses en main. « C’est une initiative qui me tient à cœur et qui a sa place parce que je me rends compte qu’il y a de la diversité, de la qualité féminine qui n’est pas assez mise en valeur », regrette-t-il. « Je me suis dit plein de fois que j’étais un usurpateur. Mais enfin, je ne parle pas à la place des femmes. Je leur laisse un espace. »

Un espace qui devrait encore s’agrandir dans les années à venir. « Moi je me pose d’autres questions sur le festival : je n’ai pas beaucoup de diversité, par exemple j’ai très peu d’artistes black. » Aux Femmes s’en Mêlent, Stéphane Amiel est seul maître à bord. Un luxe qui lui permet de repartir de zéro tous les ans. Et s’il espère à l’avenir attirer des grands noms comme PJ Harvey, M.I.A et bien sûr Björk, pour lui l’enjeu est ailleurs. « J’adorerais faire des choses nouvelles, comme une rencontre Virginie Despentes, Kate Tempest », confie-t-il.

Pour l’organisateur, il s’agit de fédérer et non de dénoncer. Le féminisme n’est pour lui ni une guerre, ni même une bataille, mais quelque chose qui s’impose pas à pas, dans notre société. Stéphane Amiel se pose en observateur avisé, plus qu’en acteur engagé, de ces soubresauts qui agitent le monde de la musique. Et, il en est persuadé, « ce ne sera pas ma génération, mais celle de mes enfants qui ne se posera même plus la question. » Il est 11h passé, Stéphane Amiel se lève et dit, avec une pointe d’ironie dans la voix, « j’ai rendez-vous chez Born Bad Records … encore un label où ce ne sont que des garçons. »

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