Entretien, Rag(e) et paillettes

Rag © Donatelle Liens, Marie Rouge, Chill O

Dans le cadre de la série de portraits des meufs qui ne se laissent pas marcher sur les pieds, Le Limo a rencontré Rag, en charge du pôle événementiel de Barbi(e)turix. Ce collectif engagé vise à promouvoir la culture féministe et lesbienne via un fanzine, mais aussi des soirées comme la Wet For Me.


Rag et sa clique

 

« Je suis pas la gouine de service ». Dans la cale de la péniche l’Antipode, Rag sirote quelques verres de blanc bien mérités. « C’est avant tout une question de sensibilité. J’ai toujours aimé la musique électronique, j’ai toujours aimé organiser des soirées ».

Il faut dire que, suivant l’expression consacrée, Rag a du clito. Aux manettes du pôle événementiel de Barbi(e)turix depuis 2007, la riot girl a su insuffler son professionnalisme et son flair. C’est à coup de paillettes et de prog’ de qualité que ses soirées se sont taillées une réputation qui, avec la Wet For Me, dépasse de loin la communauté lesbienne.

Car ce que Rag privilégie avant tout c’est la qualité, avec un grand Q… « Quand je fais une programmation, je vais essayer d’inviter une super star et d’autres artistes moins connus ». Pour la prochaine édition qui aura lieu le 14 janvier à la Machine du Moulin Rouge seront présentes, entre autres, Charlotte de Witte, Louisahh ou encore Catherin. « J’aime mettre le nom de la superstar en plus petit parce que c’est important de donner de la visibilité à des personnes qui n’en ont pas encore ».

Wet For Me

Altruiste, Rag est aussi et surtout une artiste engagée. « Par le métier que je fais et ces soirées, t’es militante et féministe de nature » affirme-t-elle. La musicienne que nous avons rencontrée le 17 novembre dans le cadre d’un apéro-discussion organisé par l’association A nous la nuit, a d’ailleurs rappelé devant toute l’assemblée qu’on ne disait pas DJette mais bien DJ. Le monde de la nuit demeure encore invariablement fermé aux femmes. Ce ne sont pourtant pas les noms qui manquent, d’OK Lou à Miss Kittin en passant par Paula Temple ou Peaches, les artistes féminines s’imposent petit à petit dans les prog’ des plus grands clubs. Et si comme le rappelle Rag dans une tribune publiée sur le site du Huffington Post, « aujourd’hui les hommes n’ont plus le monopole des platines », elles continuent à pâtir du manque de visibilité.

Les Wet For Me font à ce sens figure d’acte militant. Et si elles sont aujourd’hui un franc succès, imposer ce type de soirées a parfois relevé du parcours du combattant face à des programmateurs peu réceptifs. « Les personnes qui m’ont donné ma chance, ce sont majoritairement des femmes » assène Rag, qui en a vu d’autres. Car dans le monde des musiques actuelles, en grand partie masculin, dur dur pour une nana de se tailler une place. Et c’est là tout le propos de Barbi(e)turix qui, de par son site web et son fanzine, se donne pour mission, depuis 2004, de rendre (encore plus) visible les femmes dans l’industrie musicale.

Cet engagement fait écho au cheminement personnel de Rag. De ses premiers pas dans la musique, la DJ garde en effet un souvenir amer. Saxophoniste à ses débuts, elle confie s’être souvent sentie comme une « extraterrestre », parce que seule fille dans un groupe de garçons. « Quand on avait envie d’être DJ pour une femme il y a quinze ans, il n’y avait aucun repère ». La bande son de la vie de Rag pourrait être « Je marche seule » (voilà, vous l’avez dans la tête maintenant, hin hin).

Mais c’est sans compter sur la détermination sans faille de la riot girl. « J’ai réussi à m’approcher de filles qui organisaient des soirées, de filles qui étaient DJs et qui m’ont appris les techniques. ». Rag mène ainsi de front sa passion pour les musiques électroniques et un job de manager chez mk2. « J’ai toujours eu le cul entre deux chaises. Au boulot je répondais à mes mails pour essayer d’organiser des soirées ».

Rag et Barbi(e)turix c’est ainsi une longue histoire d’amour entamée en 2007, avec cette envie intacte de donner un grand coup de latte dans les clichés. « C’est nouveau le fait que les lesbiennes soient un peu fashion, qu’on puisse parler avec humour d’amour, de cul, de loose aussi ». Le féminisme par la fête, voici ce que prône le collectif. Et aux accusations de verser dans le « féminisme mignon », Rag répond qu’ « il y a autant de féministes qu’il y a de féminisme. Et c’est important qu’il y ait un féminisme qui soit aussi mignon, dans le sens où mignon ne veut pas dire condescendant ».

De la « camionneuse lesbienne chiante qui fait la gueule » au féminisme façon « vieux de la vieille », Rag énumère les stéréotypes comme pour mieux leur tordre le cou une fois pour toute. Et si l’on ne devait garder qu’une seule image d’elle, ce serait celle d’une Barbie… hérissée de piquants !

Crédits photo de couverture : © Donatelle Liens, Marie Rouge, Chill O