Primavera Sound 2015 | Live Report

On a mis une semaine à s’en remettre. On était le weekend dernier à un des meilleurs festivals européens : le Primavera Sound Festival à Barcelone. Pour son quinzième anniversaire, le festival proposait une programmation toujours aussi séduisante et éclectique où tous les genres se mêlent. Comme chaque année, les concerts se déroulaient au Parc del Forum pendant les trois jours du festival mais aussi au cœur de la ville pour les concerts d’ouverture et de fermeture ainsi que les concerts gratuits au parc de la Ciutadella.

Le Primavera Sound est un colosse : sur le site du festival sont installées dix scènes pour accueillir aussi bien les grosses têtes d’affiche que les groupes espagnols inconnus au bataillon. Il y en avait pour tous les goûts donc. Mais vous imaginez bien qu’autant de scènes, autant de noms, autant de styles, nous obligeaient à faire des choix — parfois déchirants.

Nous fîmes fi des concerts d’ouverture et arrivâmes le jeudi 28 mai 2015 au Parc del Forum. Après avoir pris possession de nos bracelets, nos cartes et nos programmes, nous nous sommes dirigés vers l’Auditori Rockdelux, une salle à l’entrée du parc qui accueillait Peter Gordon et les morceaux instrumentaux d’Arthur Russel. Le début du set, un peu obscur pour les néophytes dont nous faisions partie, s’est vu bousculé pour les deux derniers morceaux aux airs de disco endiablé qui ont réveillé les spectateurs confortablement assis sur leurs sièges. Une drôle d’entrée en matière mais qui attisa les feux de la fête.

On a profité du soleil pour se balader et partir à la découverte du festival aux sons pop-rock des espagnols de Perro et pop psyché des catalans d’Ocellot. À nous la réalité augmentée sur le stand Adidas, les tote-bags offerts par Ray-Ban et un verre de Martini pour profiter de la vue !

N’ayant pas fait la queue pour obtenir de précieux tickets pour Panda Bear à l’Auditori — et grand bien nous en a fait vu la bousculade ­­— nous avons pris la direction de la scène Pitchfork qui fait face à la mer pour danser sur la pop ensoleillée de Twerps. Se sont succédés aux extrémités du festival les sets de Baxter Dury et de Yasmine Hamdan mais fidèles à notre poste devant la Pitchfork, nous sommes restés pour écouter le set assez décevant bien que noisy de Viet Cong.

En suivant la ribambelle de gens qui portaient un t-shirt Sonic Youth, on s’est retrouvé devant le set de Thurston Moore, assis dans l’herbe à remuer la tête au son indie et ronflant des guitares. On a vu la fin du set d’Ought en se rendant sur la scène Adidas pour bouger nos fesses sur les vibes R’n’B de Kelela à la voix envoûtante. On a ensuite préféré économiser notre énergie et ne pas traverser tout le festival pour aller voir Antony and the Jonhsons et on a bien fait.

L’heure suivante nous a effectivement réservé un programme survolté : jouaient côte à côte le groupe emo Brand New qui a ouvert la saison des pogos et Tyler, the Creator qui a offert une prestation digne de sa réputation. Après quelques bleus et une bonne bière pour se rafraichir, on renonçait à courir voir les Black Keys pour aller écouter Chet Faker sur les marches de la scène Ray-Ban et profiter de ses morceaux qui mêlent électro, soul et jazz pour reprendre des forces.

En effet, on s’est ensuite attaqué à un gros morceau : Sunn O))), un groupe étrange de drone metal. Après vingt minutes de guitares assourdissantes et de bruits intenses, le groupe commença à entonner des chants qui relevaient plus de l’invocation satanique. On a pris peur et on est parti. La team électro tardive a pris le relai et a passé la nuit avec James Blake, Jungle et enfin Gui Boratto pendant que nous allions au dodo.

Le deuxième jour a commencé un peu tard puisqu’on a choisi l’option plage et baignade mais on est arrivé à temps pour entendre le massacre de Julian Casablancas + The Voidz sur la grande scène, une horreur avec beaucoup de distorsion dans la voix. Mais heureusement que Patti Smith qui jouait le légendaire album Horses était là pour relever le niveau et montrer ce que c’est que le rock’n’roll, le vrai.

On s’est laissé porter par la voix de Damien Rice le temps de quelques chansons avant de courir voir la fin du set de Perfume Genius et de retourner sur la scène Adidas pour pogoter avec The Hotelier (dont on vous parlait ici). Pour se remettre de ces émotions, rien de tel que d’aller écouter un set de Garden City Movement (dont on vous parlait ici) sur la micro scène du stand Ray-Ban Unplugged. Puis, à Ride on a préféré le Hip-Hop acéré de Run The Jewels. Sans faire de détour par le concert d’Ariel Pink, on est allé voir le très impressionnant set de Death From Above 1979 et son batteur-chanteur-en-salopette.

Alt-J prenait le relai sur la grande scène Heineken avant de laisser la place à l’équipe électro de nuit qui comptait ce soir là Jon Hopkins, Ratatat et The Soft Moon dans ses rangs.

Le troisième jour commença sous le soleil du parc de la Citadelle avec les concerts gratuits de The Hotelier (oui, on est allé les voir une deuxième fois) et Ex Hex que nous avions raté la veille. Un cocktail survitaminé pour bien commencer la journée. De retour au parc du Forum, on se dépêchait d’aller faire la queue pour voir une nouvelle fois Patti Smith mais à l’Auditori cette fois et pour un set acoustique de spoken words paraissait-il. Mais que nenni ! La grande dame arriva et le groupe enchaina « Dancing Barefoot » et « Pissing in a River ». Le ton était donné et le public ne restera pas longtemps assis devant la succession des tubes comme « Because the Night » et « People Have the Power ».

Après toutes ces émotions, direction le camion de glaces et le set americana folk de Kevin Morby. On s’est accordé ensuite une sieste au soleil près de la mer au son de DIIV puis de Neleonard, un groupe du coin. Nous voilà requinqués pour affronter les papas du post-rock emo d’American Football. Cependant leur prestation était assez décevante car teintée de désinvolture et d’ivresse. Mac DeMarco commençait alors sur la grande scène à l’autre bout du festival.

Un peu éreinté, on est passé faire un coucou à Tori Amos sur la scène Ray-Ban et on s’est retrouvé à la Ray-Ban Unplugged devant un phénomène étrange. Ils s’appellent Single Mothers, le guitariste est arrivé en flip flop de piscine, il manquait une dent de devant au chanteur et quand ils se sont mis à jouer, le bassiste a commencé à cracher sur le public pendant que le chanteur braillait du screamo. On s’est donc enfuit !

Nous n’avions pas le courage d’aller voir les bêtes de scène de Foxygen alors on s’est assis devant la cold-wave industrielle et expérimentale de Einstürzende Neubauten (dites le cinq fois très vite pour voir).

On a ensuite traversé le festival en direction de la scène Heineken pour assister un set magistral d’Interpol qui ayant dépassé la limite de temps, se sont vus couper les lumières. Mais c’était sans compter sur les fans qui ont tous brandi leur téléphone pour éclairer symboliquement le groupe. Après deux chansons en extra, la régie lumière s’est décidée à rallumer pour le final en apothéose.

Venaient ensuite les Strokes sur la scène Primavera, juste en face. Enfin, avec vingt minutes de retard… Casablancas nous a encore servi une catastrophe et ne connaissait pas ses paroles. Heureusement que le groupe peut compter sur ses plus fidèles fans pour chanter à gorges déployées. Ceux qui n’ont pas pu supporter le carnage se sont réfugiés auprès de Dan Deacon ou de John Talabot ; on a choisi d’aller voir la tumultueuse Tune-Yards et de danser sur ses airs qui sont faits de bric et de broc, au son de la voix de Merill Garbus aux accents afro-pop.

Shellac nous a ensuite donné un aperçu de son talent avant que l’on enchaine avec le phénomène Health qui compte parmi ses membres une créatures sexy et possédée en la personne de son bassiste aux cheveux si longs. On sautait partout, on dansait, on s’échauffait. Car venait ensuite le set très attendu de Caribou sur la scène Ray-Ban. Après une mise en bouche un peu longuette, le Canadien enchaina « Odessa », « Can’t Do Without You » et « Sun » devant un public déjà en transe pour ce final grandiose.

Les plus courageux, et nous en faisions partie, restèrent pour le traditionnel et mythique set de DJ Coco qui nous a envoyé du remix de David Bowie, d’Arcade Fire, des Stone Roses, de Robyn, des feux d’artifices et avec qui on a regardé le soleil se lever sur le Primavera Sound. Il était temps d’aller se coucher.

On regrettera de ne pas avoir vu SOAK, My Brightest Diamond ou Torres pendant les concerts de fermeture. Toutefois, la majeure partie des concerts a été captée et les vidéos sont disponibles sur le site d’Arte.

Si notre récit vous a convaincu d’aller au Primavera, sachez que les dates de l’édition 2016 sont déjà annoncées : du 1er au 4 juin ! Et que les premières places seront mises en vente demain. Oui, demain ! Si vous avez peur du gigantisme du festival, vous pouvez vous tourner vers le NOS Primavera Sound, le petit frère, qui se déroule à Porto autour d’une programmation tout aussi enthousiasmante.