Plongée au cœur de l’Africa Bass Culture, premier festival de musique électronique d’Afrique de l’Ouest

MJC Larlé - Isa Electropique & Kampire © Axel Vanlerberghe

Deuxième édition cette année pour le festival Africa Bass Culture (ABC) qui s’est tenu au Burkina Faso, du 1er au 12 mars à Ouagadougou et du 17 au 19 à Bobo Dioulasso.

Un évènement unique en son genre dans cette région du monde, qui a pour ambition première de faire se croiser les musiques électroniques et les musiques africaines, mais aussi de faire bouger les lignes en proposant des collaborations entre des artistes africains et européens, pour une programmation riche et variée où la découverte est reine, et le public est roi.

Le festival est organisé par l’association Ouaga Jungle qui accompagne des musiciens burkinabés mais aussi Ouaga Lab, premier FabLab de l’Afrique de l’Ouest, qui travaille sur l’éducation numérique. Dans cette optique, des sessions workshops et ateliers tous publics ont été également organisés.

Mais au lieu de continuer dans le pompage de dossier de presse (par ailleurs très intéressant), nous avons décidé de vous emmener en plongée directe dans l’ambiance de ces chaudes soirées, grâce au récit de nos deux envoyées spéciales (qui habitent en fait à Ouagadougou) Mélissa et Adeline. Celles-ci nous racontent leur première semaine au festival, faites de concerts, de rencontres, et surtout de fêtes qui sortent des sentiers battus. En toute subjectivité bien sur. Entre la MJC à Larlé (village du Festival), au Maquis à Tanghin / Gounghin, à L’Institut Français, place à une semaine très animée pour la ville de Ouagadougou.


 

On l’attendait le second festival ABC (du 1er au 12 mars) à Ouagadougou ! Résident(e)s longue durée ou burkinabé(e)s bien ancrés en terre intègre, on est heureux d’accueillir encore une fois cette bouffée d’air frais dans Ouagala-chaude. ABC n’est donc pas un acronyme pour un jeu d’enfant adressé aux 4-6 ans, c’est le festival Africa Bass Culture, seul rendez-vous de la musique électronique en Afrique de l’Ouest.

Une fois par an, on a donc la chance de ne pas écouter seulement du « Coller la petite » ou du « Chop my Money », et surtout de voir se mélanger sonorités traditionnelles à des vibrations électroniques venues d’un peu partout : Ouganda, Afrique du Sud, France, Mali, Ghana, Mozambique, Côte d’Ivoire, Niger, RDC. Ainsi, même sous 45 degrés à suer à chaudes gouttes, on a vécu ce festival comme une vraie une bouffée d’air frais, entièrement gratuite (il faut donc le voir pour croire).

Le concept du festival ABC, c’est en fait un camion sonore doté d’une scène interne, qui se balade dans des lieux posés et parfois insolites de Ouaga. En journée, c’est par exemple dans une gare routière, où se mêlent vendeurs ambulants, poulets braisés, bus des années 80 fumants et passagers en attente, que le camion s’est installé en fin d’après-midi aux sonorités du collectif Trickarts DJ, qui a mis la grosse ambiance.

Plus tard c’est dans un Maquis (version burkinabé du bar) fourré dans un 6 mètres (version burkinabé d’une rue en terre) que la soirée d’ouverture a battu son plein avec BATUK.

Venu directement d’Afrique du Sud et du Mozambique, c’est au milieu des Tontons (version burkinabé de l’homme de + 30 ans) savourant la source de fraîcheur au Burkina, la bien nommée Brakina (version burkinabé de la bière) et du public hétéroclite, que les gens se sont littéralement enjaillés sur les sonorités électroniques aussi novatrices que puisant directement à la source des lointaines contrées africaines, le tout animé par les mélodies vocales de leur chanteuse à l’énergie presque transcendante.

Le lendemain, un dimanche après-midi des plus calmes (encore un !), le camion s’est installé sous les manguiers. Près du barrage, à côte des femmes et des hommes qui cultivent, « sous les manguiers » est le lieu dominical incontournable des Ouagalais.

Les sonorités lorgnaient plutôt vers le dub et le reggae, histoire ne pas trop violenter les oreilles de ceux qui se sont couchés tard la veille, et de préparer en douceur les oreilles du lundi. Le public de la veille a d’ailleurs répondu présent – formant en quelque sorte une grande famille ABC, au milieu d’oreilles curieuses entendant certainement pour la première fois ce type de sonorités.

Puis c’est à la MJC Larlé, un quartier de Ouaga, que le camion a finalement posé son moteur, ses 4 roues, sa scène et son âme pendant une semaine. La MJC Larlé, ce n’est pas la MJC de Port le Duc, c’est plutôt un lieu de passage pour les enfants, les jeunes et les moins jeunes, mais aussi de leurs maters, plus communément appelées Tanties. Le 8 mars (jour férié en terre intègre), comme à la nuit tombée, ces dernières étaient bien présentes et en nombre pour bouger sur l’asphalte de la MJC Larlé.

Le festival prenait ainsi à certains moments des tournures presque expérimentales comme ce moment passé devant la performance impressionnante issue de la collaboration entre le DJ Nantais Praktika et le groupe Konkondo Zaz – mené par Sahab Koanda et très connu au Burkina – pour une sorte de percu-metal-beats à base d’instruments 100 % récup, et de meuleuse électrique… Énorme !

Puis toutes les tanties ont commencé à faire vibrer leurs booty avec le duo français Samifati, qui grâce à un violon et de la musique électronique inspirée de la world et de la bass musique, a réussi à séduire le public en moins de quelques notes (planantes).

Une centaine de jeunes burkinabés se sont ensuite retrouvés quasiment en transe devant la scène où jouait Isa, du collectif d’Abidjan Electropique. La DJ ivoirienne nous a en effet offert un set 100% vinyle d’électro très variée, mêlant les genres et les inspirations avec une bonne humeur sonore communicative.

Et la soirée de se terminer en apothéose avec la prestation de Midnight Ravers, l’excellent projet de Dominique Peter, également batteur du groupe de dub lyonnais High Tone, accompagné de la chanteuse Malienne Fatim Kouyaté. Les deux ont réussi à captiver la foule pendant plus d’une heure grâce à un combo électro-mandingue qui collait à merveille avec le lieu, les gens… bref, l’ambiance.

Et quand on voit que les tanties – tontons – enfants – blancs et noirs étaient finalement encore tous présents tous ensemble et ce, jusqu’au milieu de la nuit de la dernière soirée pour danser sur de la dubstep, on ne peut s’empêcher de penser que l’afro-électro à un sacré avenir sur le continent ! Donc vive l’ABC, vive la musique électronique et arrêtons (un peu) de coller la petite !


Plus d’infos sur le festival par ici.

Et pour ceux qui en voudraient encore, terminons avec le podcast enregistré par Midnight Ravers pour l’occasion. Cheers.

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