Le pétard, outil marketing pour les rappeurs ?

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Le pétard, que ce soit seul ou à plusieurs, sur le toit d’un immeuble ou dans la cave d’un crew (grosses bagouzes aux doigts, casquette vissée sur la tête), chaque occasion est bonne pour s’en rouler un petit. Et nombreux sont ceux qui élèvent la voix pour la célébrer : la drogue douce est devenue un incontournable du rap. Qu’elle vienne du Maroc ou d’Amsterdam, des barres d’à côté ou livrée à domicile par hélico, elle est clairement omniprésente chez les rappeurs.

 

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« Si t’as pas fumé un pétard à 20ans, t’as raté ta vie »

(Booba à sa remise du prix Nobel d’économie)

 

Fumer un gros pétard face caméra, ce phénomène n’est pas nouveau. Tupac, pilier de l’univers hip-hop, faisait déjà l’apologie du joint dans son titre « High ‘til I die », quand Doc Gynéco roulait ses trois feuilles en Seine Saint-Denis. Mais à quelles vertus les rappeurs associent-ils le joint ? Comment celui-ci participe-t-il du langage symbolique qui œuvre à forger l’univers du rap ? Tous sont unanimes, écrire ses textes complètement fonsdé fait tomber les barrières étroites de l’esprit conditionné par la société environnante. OK. Et il y a un rapport quasi mystique entre le chanteur et la source de ses inspirations. OK d’accord. La weed, elle crée de la distance entre le sujet et la réalité. Si tu veux, c’est la muse 2.0 des artistes d’aujourd’hui. Mais nul n’a eu besoin d’attendre le rap pour s’en rendre compte. Et Woodstock en est un parfait exemple.

De ce fait, alors que le rock cherche à s’éloigner de cette image, pourquoi le rap continue-t-il, et avec de plus en plus d’insistance, à surfer sur la vague du « je fume donc je suis » ? Les comptes insta et snap leur facilitant la glisse (pour les fans, on vous conseille de mater les photos de ce magnifique #weedporn). Si la consommation d’herbe n’est pas – encore ? – légale en France, le joint fait clairement partie de la culture populaire, sans aucune restriction du terme. Il est vrai, la culture urbaine se l’est appropriée, et de manière presque ostentatoire, alors qu’on nie encore parfois fumer de la beuh dans certains autres milieux. Et c’est pourquoi l’univers du rap, peut-être l’un des styles musicaux le plus en phase avec son époque, se met très régulièrement en scène autour du bédo.

Il semble donc que le pétard soit un facteur de rapprochement, de partage entre les membres d’un même collectif, ainsi qu’avec les fans : le joint, tu ne t’endors pas dessus, tu le fais tourner à tes potes. Bien plus qu’un maillon indispensable au processus de création, il renforce le sentiment de solidarité qui anime un collectif. Il est d’ailleurs assez rare de voir le rappeur fumer son pétard seul : les featurings, les clips vidéo, ainsi que les références au crew dans les textes sont là pour le rappeler. Le rap, c’est un univers, c’est un état d’esprit, et le pet’ en serait l’une des clés d’entrée.

 

« Arrêtons de nous faire la guerre, mec. Fumons plutôt un blunt  » Tupac

 

La beuh n’est alors plus simplement la bonne copine qui t’aide à forger tes lignes, c’est la carotte au bout du bâton qui réunit toutes les têtes nécessaires à l’élaboration de ton son. C’est celle qui t’assure également une visibilité dans les médias, et auprès de ton public. Fumer un bon gros spliff, c’est se promettre une nuit pleine de déconne et d’enjaillement.
Parce que la weed est le sujet du titre que tu écoutes en ce moment même, tu deviens acteur de l’univers décrit dedans, et tu t’ambiances deux fois plus : t’es relax, chéper, tu zones sur les bancs en bas de la tess, ou tu te prends pour ce richou de Wiz qui roule ses billets de 100. Tu vis le truc, tout en étant à l’ouest quoi.

 

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Mais alors, le rap incite-t-il les jeunes – malgré lui ? –  à consommer ? Les artistes les plus populaires comptent des millions de followers et font office de modèles de réussite pour beaucoup d’entre nous, à l’instar de ces joueurs de foot à qui l’on reproche fréquemment de ne pas faire preuve d’exemplarité. De vrais enjeux sociaux se dessinent alors en filigrane derrière l’image – anodine pour certains, éminemment provocatrice pour d’autres – du bédo. S’il y a un réel rapport d’identification au rap de la part d’un public en demande de transgression, la weed appartient au langage symbolique qui s’y apprête.

 

« J’fume de la drogue, j’suis dans le game » – Kaaris (« Nador »)

 

Dès lors, le cannabis n’est plus uniquement le moyen de revendiquer une coolitude assumée, mais devient un objet marketing pour le rappeur : fumer dans son clip, c’est être subversif, c’est s’auto-accoler une étiquette de chanteur transgressif. Fumer de gros pétards, c’est s’assurer que le public va être intrigué par ton clip, le partager en masse sur les réseaux sociaux, ou même le critiquer ouvertement. Quoi qu’il en soit, tu buzz.

Les grosses stars américaines l’ont bien compris et surfent sur cette tendance : le oinj est un outil publicitaire indéniable. On comprend mieux pourquoi Snoop Dogg, et dans son sillon Wiz Khalifa, en ont fait une véritable marque de fabrique et de promotion. Le mimétisme est certain : reste à savoir si ce sont les chanteurs qui jouent avec les codes de leur public, ou bien si c’est le public qui cherche à singer son artiste fétiche. Ainsi le joint considéré comme un atout marketing, il est aisé de comprendre le succès de la chaîne YouTube de Snoop Dogg WestFestTv, show dans lequel le rappeur prône le pilon à tout bout de champ – se targuant même d’avoir bédavé dans les toilettes de la Maison Blanche -.

 

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Alors est-ce que tout cela fonctionne ? Sur nous, visiblement. Pourquoi ? Parce que de manière involontaire, la théatralisation de l’acte même de fumer, ainsi que celui de l’état procuré  – sisi tu sais, juste avant la fonsdale – tel qu’ils sont présentés à travers les textes et les clips vidéos (nous noterons l’importance de l’image, sans laquelle tout marketing reste difficile) créent une envie, un désir, ne serait-ce que d’essayer, chez le public. Et parce-que cette imagerie nous plait, tout simplement.

Se pose alors réellement la question, en tant qu’enjeu sociétal de fond, de l’incitation à la consommation de weed ou de shit : le joint peut-il seulement rester un petit plaisir coupable ? En ces temps où il semble que le rap met davantage en avant le fait de vendre plutôt que de consommer (en tout cas une certaine frange du rap, autant influencé par le rap d’Atlanta et son culte du gangstérisme que par la réalité du terrain, nos sociétés libérales et la ghettoïsation inhérente à celles-ci), on va répondre : OUI. Dans le sens où c’est quand-même beaucoup plus sympa d’être défoncé, de foutre un prisme psychédélique sur la vie et de réfléchir à des rimes à la con, plutôt que de devenir un commercial de la drogue. Et dans l’idéal, sans être naïfs non plus. Et oui les amis, sans trafic, pas de défonce. Ou alors légalisez nous cette merde !

Dubitatifs ? Voici une petite playlist non exhaustive pour vous convaincre des bienfaits de la drogue douce sur votre genre musical préféré :

 

Smoke Weed Everyday Snoop Dogg
– On my levelWiz Khalifa
Pack the PipeThe Pharcyde
How To Roll A BluntRedman
Because I got highAfroman
Pass me da greenMaster P
Weed Song Bone Thugs N Harmony
Best Thang SmokinBerner
– Passe le oinjNTM
Suis-je Deen Burbigo
– FonsdarA2H
Amsterdam City Gang Alkpote

 

De rien ! Peace 😉

 

Crédits images : comptes Instagram de Wiz Khalifa, Snoop Dogg & Deen Burbigo
mailonline.co.uk