Nick Waterhouse, jazzman premier de la classe

Nick Waterhouse - CC_By_SA_FelixBrunot

Sur la terrasse balayée par la pluie de La Maroquinerie, on s’attend à voir arriver un sosie de Woody Allen période Manhattan : petites lunettes rondes, col pelle à tarte. Pourtant, ce grand gars qui s’avance vers nous avec sa chemise à carreaux, son Levi’s un peu loose et sa barbe mal taillée est bien Nick Waterhouse. Bien loin de l’image du chanteur de jazz un peu hautain, le Californien nous prouve qu’il n’est pas resté bloqué dans les sixties.

Ce petit côté « retour vers le turfu », Nick Waterhouse le cultive depuis sa plus tendre adolescence. Avec quelques potes il s’essaie au rythm’n’blues et forme un groupe, Intellegista. Mais c’est en solo que le bluesman continue son aventure. En 2010, il se lance avec Some Place, un titre vintage jusque dans sa confection puisqu’il s’agit d’un quarante-cinq tours autoproduit. Pour ses trois albums suivants (Time’s All Gone, Holly et Never Twice), il signe sur le label Innovative Leisure fondé par un autre crooner Californien, Hanni El-Khatib.

Aussi anachronique qu’elle paraisse, la musique de Nick Waterhouse fait écho au temps présent. Dans ses chansons, le songwriter parle de l’amour, de la mort et du destin, – autant de thématiques universelles -, sur des airs endiablés de doo woop. Lorsque l’on tend l’oreille, l’on s’aperçoit qu’un spleen profond, dur et urbain hante les morceaux du chanteur Californien. S’il est un mélomane et un songwriter acharné, Nick Waterhouse est loin d’être du type artiste torturé ou bien poète maudit. Scrollez sans peur, cette interview ne donne pas le blues !

Nick Waterhouse – CC_BY_SA_FelixBrunot

Quand était-ce la dernière fois que tu as écouté une chanson du XXIe siècle ?

C’est à dire après l’année 2000 ? Et bien… je suis sans cesse assailli par toutes les chansons que j’entends dans l’espace public. Donc je dirais, dans la station essence où nous nous sommes arrêtés sur la route pour venir ici. J’étais dans un taxi à Londres en train de contempler la normalité de cette ville. Ça m’a rappelé ces titres country que l’on entend aux États-Unis où le chanteur entonne : « Je suis un mec simple qui aime conduire des camions ». Et quand j’étais un enfant il chantait une chanson qui faisait : « Je me suis payé mon premier verre d’alcool quand j’avais quinze ans ». J’écoutais et je me disais, c’est exactement ce qu’est un hit aux États-Unis. Mais pour répondre à ta question, la semaine dernière j’ai écouté War on Drugs.

Ton dernier coup de foudre musical ?

Mmmh… Angel Olsen. Je l’aime vraiment beaucoup. C’est un phénomène, tu vois. Je suis tellement intrigué par la manière dont son esprit fonctionne, simplement en l’écoutant.

Quel est le dernier disque que tu as acheté ?

J’ai acheté ce 45 tours que je recherchais depuis très longtemps, Nobody’s Gonna Hurt You de Donna Dee. J’ai travaillé dans un magasin de disques dont je suis en quelque sorte l’actionnaire, je leur ai donné beaucoup d’argent… en fait, je leur ai donné tout mon argent cette année parce qu’ils allaient fermer ! J’ai payé quelques-uns de leurs loyers parce que je crois en l’avenir de ce magasin.

Quelle est la dernière guitare que tu as acheté ?

J’étais vraiment excité d’avoir trouvé un modèle de guitare basse Fender 6 datée de 2007, c’est comme une basse-baryton. Je l’ai acheté dans un magasin que je hais à Los Angeles, c’est là que les metalleux vont, mais elle était accrochée au mur et elle était à 250 dollars donc je ne pouvais décemment pas dire non.

Où as-tu joué dernièrement ?

Hier, nous avons joué à Moody Field et à Suffolk en Angleterre pour un festival. Et la nuit d’avant on a fait un super concert à Londres au Nells Jazz & Blues qui a ouvert récemment et je disais à certains de mes amis que c’était génial parce que j’avais l’impression d’être à la maison. Cela me faisait penser à mes premiers concerts à San Francisco et Los Angeles, où c’était du mauvais son, le public dansait, des groupes qui tirent parfois la tronche… Ici, j’ai parfois l’impression d’être juste observé.

Nick Waterhouse – CC_BY_SA_FelixBrunot

Quel est le dernier featuring que tu as fait ?

C’était en 2015 maintenant, je travaille sur de nouvelles choses à présent. Mais l’histoire derrière « Katchi » c’est que je traînais au Texas en compagnie de Leon Bridges. J’ai squatté son canapé pendant une semaine et un jour on a été chez un de nos amis, c’est la photographe à l’origine de la photo de couverture de mon nouvel album. Elle a également pris beaucoup de photos pour lui. Elle nous a fait des massages parce qu’elle a suivi une formation au métier de masseuse, et Leon était étendu sur la table et a dit : « she give me katchi » et j’ai pris ma guitare et j’ai immédiatement chanté « she give me katchi ». Puis nous avons écrit une chanson de dix minutes. C’est le genre de truc où tu es intrigué par le concept et où tu racontes une histoire en essayant de te relier à tes émotions les plus primaires.

Le dernier vinyle que tu aimerais vendre si tu y étais vraiment obligé ?

Si je devais vendre toute ma collection ? C’est vraiment pas facile comme question ! C’est drôle, parce que quand je pense à ma collection de disques, j’ai tellement de disques qui ont beaucoup de valeur pour moi. Ce n’est pas juste les chansons, mais aussi la période à laquelle elles se raccrochent et aussi parce qu’elles m’ont été données par des amis. Je pense que le tout dernier disque dont je me départirai serait Part Time de Jackie Ross parce que c’est le seul 45 tours pour lequel j’ai aligné plus de cent dollars. Et je l’ai acheté le jour du krach boursier de 2008. Je me souviens l’avoir acheté et deux heures après, l’information était partout. Je pensais, l’argent est sans valeur maintenant. J’avais mis trois jours à me décider. Ce n’était pas juste parce que je voulais ce titre, mais parce que Dick du magasin de disques avait ce 45 tours, il n’avait jamais rencontré quelqu’un d’autre qui l’avait, il l’avait mis dans une compilation et je trouvais l’arrangement tellement cool ! Ça dit tellement sur la manière de mixer, la façon de placer la voix, les percussions et ensuite la guitare qui n’est pas l’instrument lead mais qui est là quand-même.

La dernière track que tu aimerais écouter avant de mourir ?

Ce serait Baby, Baby all the Time par Nat King Cole. Mais je veux encore bien me sentir pendant que je l’écoute « Once I had a gal/As sweet as she could be », oui c’est ça.

Quel est le dernier livre que tu as lu ?

Denis Johnson, Already Dead. Il vient d’ailleurs tout juste de mourir. C’est vraiment étrange, j’ai acheté le livre et il est mort. J’ai un don. C’est un roman gothique californien. Ça traite de cette énergie sombre présente dans le nord de la Californie. Il était influencé par Raymond Carver, c’est un peu le même type de désespoir typique de la côte ouest dont je suis familier en tant que natif alors que les gens associent souvent la Californie à une certaine forme de superficialité.

Si tu étais une boisson, un cocktail, tu serais quoi ?

Je suis une boisson. Je suis une boisson vivante, c’est en moi. Un « Waterhouse » est un cocktail que j’ai créé, c’est comme une version côte-ouest du Manhattan. Donc c’est urbain et tropical à la fois. C’est comme un Manhattan parfait mais avec une touche de fruit. Servi frais.

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