Montreux Jazz Festival 2015 | Live Report – Jour 2 / Auditorium Stravinsky

Retrouvez la première partie de ce live report par ici.

Visages pâles, poches sous les yeux, le week-end n’a manifestement pas été de tout repos pour les festivaliers. Ce qui n’aura pas suffit à décourager les fans qui, dès la fin de matinée, s’agglutinaient devant l’entrée de l’auditorium Stravinsky. Pour un si beau geste de pèlerinage, la récompense devaient être de taille ! Et pour cause, la programmation nous avait préparé un menu sur-vitaminé : Benjamin Booker et Lenny Kravitz.

A mon entrée dans l’auditorium, je perçois une petite tension dans la salle. Le Montreux jazz festival est avant tout fait de curieux tant les genres représentés sont divers, ce qui parfois se paye cher… Benjamin Booker est loin d’être un artiste mainstream et ce soir là, il en aura dérangé plus d’un ! Set archi-musclé, power trio gonflé à bloc, le Benjamin en a gros sur la patate et il compte bien le crier dans le micro, n’en déplaise aux ménagères.

© 2015 JJFP – Lionel Flusin

Côté style, on perçoit très distinctement une grosse influence venue des racines du rythm & blues, dans ses riffs de guitares et dans la construction de ses titres. Pourtant, il en a fait une version bien personnelle à l’image du message qu’il veut faire passer : violent et brut. En d’autre termes, il faut s’imaginer le fils de Chuck Berry en crise d’ado à côté duquel le professeur de Whiplash crierait « FASTER!, FASTER!« . Résultat: un batteur au bord de l’hystérie et un bassiste qui tutoie la tendinite. La sudation est a son maximum, il faut éliminer les toxines !

Le rendu est assez jouissif, parce que son énergie est communicative. Mais pas assez à son goût semble t’il : lorsqu’il a demandé au public de le rejoindre en chantant son refrain, la mollesse de celui-ci le mettra hors de lui. Il est comme ça benji, faut pas le chercher. On sera donc gratifié d’un bon doigt d’honneur bien mérité et d’un petit « si vous voulez pas être là, cassez-vous ». C’est noté merci !

Forcement la fin de set va être un peu expédiée… Après quelques titres le chanteur va exploser le micro contre son retour, jeter sa guitare à terre et monter tous les potards de son ampli au maximum pour forcer le larsen, au cas où certains n’auraient pas compris le message. On sent alors comme un faux air des Clash… Le public est partagé entre les effrayés et les psychopathes heureux. On vous met un petit aperçu de l’univers du jeune fougueux juste ici:

La pause ne sera pas de trop pour se rincer un peu la cervelle. Parce qu’une petite demi-heure plus tard, nous rentrons dans un tout autre paradigme. Cette fois, c’est le côté glamour du rock qui va frapper. Beaucoup plus de notoriété donc beaucoup plus de monde et d’hystérie dans la salle. A l’entrée de Lenny Kravitz, un tiers des gens était déjà aphone.

Lunettes de soleil, ventilo pour effet cheveux dans le vent, nous sommes embarqués dans les années 90 avec un peu de plaisir coupable: c’est kitch, mais ça envoie. C’est d’ailleurs un vrai show visuel autant que musical, avec des choristes au top qui vous mettent la pêche, une batteuse impressionnante avec laquelle on n’aurait pas envie de se fritter et un guitariste au top du stéréotype : perfecto de cuir, grande touffe de cheveux à la Bon Jovi (« C’est so 80’s! ») et petits mocassins à paillettes et talonnette. Du côté de la star, Lenny fera autant le comédien que le chanteur, mais c’était joué d’avance, c’est quand même Lenny Kravitz bordel ! Un peu déçu tout de même parce que tout au long du set, l’énergie a surtout été portée par ses musiciens assez irréprochables, plutôt que par lui. C’est d’ailleurs assez drôle, ce sera le premier concert du festival où j’ai pu entendre des solos de trompette, de saxo, de batterie. Curieux pour un festival de jazz qu’il faille attendre un concert de rock pour avoir sa dose de solo qui pètent !

© 2015 JJFP – Lionel Flusin

Petit bémol mais qui était tout autant joué d’avance, un tiers du répertoire sera quand même très cheesy et très kitch, on aime bien les revivals 90’s mais faut pas abuser, on a eu le droit à une vraie BO de dépucelage de lycéens. Hormis ces titres, nous avons quand même assisté à des moments bien pêchus et bien classes, avec un Lenny encore en forme donc !

Et à la fin du set, on se dit que ces quelques jours seront passés à une vitesse folle, et qu’on n’y retournerait bien l’année prochaine… Avant de rentrer dans le bruit et la fureur parisienne, je m’offre quand même un dernier petit passage par le lac, c’est beau putain.

© 2015 – Charles Giafferi