Lucy Dacus — No Burden (debut LP)

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Lucy Dacus No Burden

No Burden, disque sans fard et sans fardeau.

 

Depuis un moment, on a retrouvé le goût et l’énergie de digger la scène pop-rock des Amériques (on t’aime toujours le UK, tkt). La dernière pépite qu’on y a découverte est une brune aux yeux bleus et aux lèvres carmin qui répond au nom de Lucy Dacus. Ce qui nous a séduit ? Une voix profonde et des guitares pesantes, des références classiques et une singularité qui s’exprime aussi bien par du up-tempo énervé que par des ballades escarpées qui jalonnent son premier album, No Burden.

Lucy Dacus No Burden album

Repérée par NPR, Pitchfork ou encore le SXSW, elle se produit en première partie de Daughter et fait partie de la jeune et saisissante génération de Julien Baker et consorts. C’est donc d’indie rock que nous allons parler, de morceaux hantés aux accents du sud des Etats-Unis qui se dévoilent sous le patronage (matronage ?) de Courtney Barnett, Sharon Von Etten, Angel Olsen ou Jenny Lewis. Alors, oui, c’est une jeune femme qui fait du rock, et non, ce n’est pas un cliché de Barbie formatée ou de féministe hystérique. Mais trêve de bavardage, on ne plaisante plus, on écoute :

« I Don’t Wanna Be Funny Anymore », premier single du disque s’ouvre sur des power chords auxquels se mêlent des percus simples mais efficaces et la voix de la jeune chanteuse qui demande « Is there room in the band ? I don’t need to be the frontman / If not, then I’ll be the biggest fan ». Nous, après moins d’une minute, on l’engage direct. La ligne mélodique bien épaisse tenue par la guitare finit de nous convaincre. Puis « Troublemaker Doppelgänger » débarque avec une section rythmique robuste et un riff incisif. Phrasé envoûtant et désabusé, quelques harmoniques et un storytelling affairé, le morceau s’appuie sur une savante architecture. Vous êtes sûrs qu’elle n’a que 20 ans ?

Changement d’atmosphère avec « Green Eyes, Red Face » et ses quelques accords mélancoliques. « I’ve got plenty of affection / I’d be glad to show you sometime » nous dit Lucy qui commence à nous montrer l’étendue du spectre de sa proposition dans No Burden. Après un break convaincant à la guitare, elle pose tout un tas de questions auxquelles on n’a pas vraiment de réponse mais on sait maintenant que ses montées vocales sont maitrisées. Place au second single « Strange Torpedo », plus pop. Avec une acuité déconcertante, elle nous décrit une situation qu’on connaît tous : un ami qu’on aimerait bien aider mais qui n’écoute jamais nos conseils pourtant si avisés. On oscille entre la frustration agacée et l’impuissance désemparée. Le refrain nous reste dans la tête et on se surprend à le chantonner dès la première écoute. Allez, soyons sympas et partageons cet air entêtant avec vous :


«  Dream State… », première moitié d’un dyptique arrive avec un guitare-voix sans fioriture. «  And then the water came / and wash it all away / It left me with nothing to say » et pourtant on est suspendu aux lèvres de Lucy Dacus. Après un refrain qu’on retrouvera à la fin de l’album, on explore un registre un peu plus folk et des percus aux balais. La tempête qui ouvre le morceau s’éteint dans une répétition troublante et un lancinement presque électronique. Le charme continue d’opérer avec la ballade folk « Trust ». Tout en délicatesse, la jeune songwriter nous glisse « If beauty is the only way / to make the nightmares go away / I plant a garden in your brain / and let the roots absorb the pain » et on la croit sur parole.

Avec « Map on a Wall », on reste dans le registre de la confession avec des guitares nonchalantes et des percussions discrètes. Pas d’effusion, pas d’esbroufe, juste de la simplicité qui fait du bien. La section rythmique s’emporte et nous emporte vers la fin du titre assez long qui se développe et se nuance avant de laisser la place à « Direct Address ». On y retrouve un chant plus enlevé et une ambiance plus pop pour aborder les relations amoureuses. « I don’t believe in love at first sight / It’s hard enough for me to not fall in love with every person I see », un sourire nait au coin de nos lèvres avant que de jolis chœurs nous accompagnent vers la sortie du disque.

No Burden se clôt donc sur la seconde partie du diptyque entamé plus haut avec « … Familiar Place ». D’abord une ligne mélodique épurée puis la voix maintenant familière de la chanteuse s’élèvent, accompagnées par un rythme engourdi. On retrouve le refrain délicat « Witout you I am surely the last of my kind » qui nous décide à garder précieusement ce disque d’une douceur chaleureuse et pourtant loin de l’apathie.

Ce premier album joue, avec une profondeur étonnante, les funambules au bord du gouffre. On s’abîme dans une écoute attentive bercée par une douceur étonnamment suave. La minutie du songwriting crée une instabilité, une ambiguïté entre la musique et le texte qui nous intrigue. Lucy Dacus ne veut pas faire de sa musique un fardeau et le fait sans fard. On est conquis et on a hâte de la voir en live sur le Vieux Continent, mais visiblement ce n’est pas prévu pour tout de suite. Alors, on prend notre mal en patience.