Live Report | Dour Festival 2016

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Dour, un lendemain de veille, 10 heures, 2% de pile sur le GSM (comme on dit ici), Mon Fitbit annonce septante sept km au compteur.

Le repli de nos tentes en 128 secondes, sonne le glas de cinq jours dans un autre cosmos, les sets de clôture de Mr Oizo et DJ Paypal résonnent encore dans nos oreilles.

Pour les bénévoles, agents de sécurité, secouristes, techniciens, organisateurs et tous ceux qu’on aura oublié de citer, le festival est pourtant encore loin d’être finit. Quand certains s’affairent à préparer la sortie des festivaliers, d’autres pansent les plaies de 5 jours d’excès…

Certains partagent les dernières bières chaudes sorties d’un frigo-box qui ne tient plus rien au frais depuis 3 jours. Et comme chaque année, c’est souvent en observant les campeurs à l’aube d’une année d’attente, que l’on arrive à cerner cet état l’esprit: entre ceux qui refusent que ça s’arrête, ceux qui ne veulent pas attendre une année supplémentaire. Qu’on l’appel un microcosme, une bulle ou un territoire d’outre vie, que l’on soit jeune, plus vieux, avec une tête fatiguée ou frais comme au premier jour, tous s’accorde à dire qu’un tel festival n’a d’égal.

Cela n’aura échappé à personne, le dispositif de sécurité fut grandement renforcé au dépend de la fluidité de la longue « Marche de l’Empereur » quotidienne entre le camping et le festival: portiques de détection, fouilles plus prononcées…

Un festivalier a de commun avec un enfant son amour pour les nouveaux joujoux, dans le cas présent la nouvelle stage « Cubanisto » planté derrière la « Jupi Dance Hall », en lieu et place du stand auto-tamponeuse de l’édition précédente. Mais à vrai dire, c’est surtout la programmation qui nous a attiré et enjaillé, se prêtant parfaitement à un début de festival dansant et smoothie: S3A (que j’ai d’ailleurs eu le plaisir de rencontrer, vous retrouverez l’interview ci-dessous), Pablo Valentino, Lakuti. Un tirage parfait pour 3h45 de house léchée, mélangeant les rythmes plus techno à notre très chère Disco/Funk, saupoudré de quelques surprises bien beatmatchée comme « Alright » by Kendrick Lamar, fameusement bien rentré par Maxime aka S3A. Car sampler peut être un art… C’est pas moi qui le dit, c’est S3A (Sampling As An Art) qui l’affirme et qui le signe ! À quand le live au Balzaal? #ilyadelexcluquitraine. La touche funky qui traîne depuis le début de la journée perdure, mais c’est avec des rythmes complètement dézingués que le DJ met le feu. Les contre-temps sont maîtrisés à la perfection et les variations sonores déboussolent complètement.

Malgré ce retrait du monde, l’actualité du Jeudi soir n’aura pas échappé à grand monde. Vendredi, lendemain du 14 juillet des « J’aime Nice » étaient projetés les écrans, des hommages ont été prononcé ici est là. Mais n’est pas Dourois celui qui s’arrête de danser. Pas comme si de rien n’était, mais plutôt comme un hymne à la vie. On gardera en souvenir émouvant, la grâce de Jeanne Added. La beauté d’une artiste que le duo Ibeyi nous avait fait découvrir en première partie de leur concert au Philharmonique de la Villette.

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Les Smiles

Un peu plus tôt dans la soirée, nous avons découvert pour la première fois en live Baloji, qui n’a rien d’un novice mais plutôt d’un roublard. Lui qui roule sa bosse depuis bientôt 20 ans au sein du Hip Hop Belge, tout d’abord avec le groupe Starflam (le NTM Belge), puis en solo depuis 2007 avec deux albums qui mêlent habilement musiques Congolaises et Hip Hop. Durant 1h, Baloji conte le récit émouvant d’une enfance et d’une adolescence tortueuse et torturée : la sienne, celle d’un jeune congolais déraciné, élevé en Belgique. Baloji n’a pas crié sous les charts Papaoutai, mais raconte la relation conflictuelle avec « sa famille d’emprunt », et, par la truculence d’un flow incisif, parvient à nous plonger en empathie avec cet enfant sensible aux « portes qui claquent, clinches qui grincent ».

Haring: Les artistes belges sont définitivement plein de ressources. Parti légèrement à l’aveuglette sur ce coup là, le producteur Haring nous a mis une bonne claque dans la gueule (« Ohhhh il a pas dit ça »). Et bah si ! Des influences révélatrices, telles que Rone ou Gold Panda, en passant par Floating Points ou encore les expérimentations de Clarke… Tout n’est que délice, envol et oubli. Oubli de ce qu’on fait là, l’espace d’un instant. Des mélodies entêtantes, des rythmes progressifs qui nous déchirent sur les montées interminables… Tout ce que la (bonne) techno moderne peut nous apporter en somme. On notera également quelques notes de House sur le choix des sons de rythmique, qui donnent un relief supplémentaire à une musique dont on a pas envie qu’elle s’arrête. Ouais. Voilà. #GoRedDevils #Waar Is Dat Feestje?

ABRA dit la « darkwave duchess » n’est, cette fois-ci, pas arrivée en retard et/ou n’a pas décidé de fumer une clope ou de se remettre du rouge avant de monter sur scène (cf: son gig au Badaboom). Et rien que pour ça c’est un sourire de gagné. Lumières et tenue vestimentaire mono-chromatiques, beat plus house (le mot est lâché) que ce qu’elle nous avait proposé jusqu’ici, le résultat est tout à fait convaincant et c’est sans doute le déclic qui fait qu’on en arrive à voir le caractère prometteur de l’artiste. Fade 2 Blaq confirme un côté diva qui ne s’affichait pas forcément clairement jusqu’ici, une diva à la Jessie Ware ou Lana Del Rey mais avec une sensibilité beaucoup plus street, qui a grandi avec Aaliyah plutôt que The Smiths. Timidité ou style affirmé, elle passe l’ensemble de sa prestation de profil ou dos au public… Mystère !

Pour notre plus grand plaisir, MCDE, de son nom espagnol complet: Motor City Drum Ensemble « de la casa en la pradera », nous revient à Dour pour la seconde fois. Le jeune pape de la techno/house allemande était bien évidemment la tête d’affiche du festival, et c’est un set de grande classe qui nous a été servi. De la même manière que dans ses nombreuses soirées encensées par la critique, MCDE nous aura passé du son très funky. Pour autant, Danilo Plessow est un homme averti et professionnel. Histoire de ne pas nous refaire la même sauce bicky qu’il y a 2 ans, D. nous a gratifié d’une selecta plus techno jonchée de classique du genre comme Syclops – Jump Bugs. On dit ça on dit rien, mais on quand-même été un peu déçu que le bougre n’ai pas joué une seule galette. Quand les MK2 prenaient la poussière, les CDJ ELLES chantaient.

Tout le monde s’accorde à dire que Max Graef fait partie des meilleurs producteurs électro house internationaux. Et en tant que tel, il est récurrent d’expérimenter de nouvelles choses. Pour Max, c’est monter un vrai groupe de jazz en se calant à la basse. Risqué ? Oui, mais terriblement réussi ! Quelques longueurs peut-être, dues à un léger manque de renouvellement entre les morceaux, mais qu’il est bon de découvrir la face cachée du berlinois. Au-delà des contrées du downtempo et du hip-hop, le groupe se lâche sur les expérimentations sonores, avec le son d’un Fender Rhodes à tomber par terre et les solos groovy d’un guitariste invité sur scène pour les derniers morceaux. Quant à Max à la basse, c’est la preuve-même (s’il en faut encore) que certains producteurs électroniques savent toucher d’un instrument… Belle confirmation de talent en tout cas.

Après une grande période C2C et quelques remixes dont lui seul à le secret, 20Syl est de retour avec Mr. J. Medeiros sur le projet AllttA. Mélange de leurs influences, d’électro et de rap, AllttA s’annonce comme le prolongement naturel des carrières de ces deux artistes. Le Duo a fait ses premiers pas au Dour festival et à Solidays cet été pour le plus grand plaisir de leurs fans. Pour être franc, on les a loupé, le planning du dimanche était juste trop ouf… Session de rattrapage en vidéo.

La transcendance 

Il y a des signes qui ne trahissent pas, comme une Jupiler stage qui s’annonce déjà complète à l’aube du set de Four Tet. Et les premiers coups de basse donne l’espoir d’avoir un live hypnotique. Bien à l’aise dans ses bottes de DJ, le producteur anglais a alors balancé une techno lourde et écrasante qui, il faut le dire, convient à merveille à un festivalier à 02h30 du matin. Evidemment, c’est l’ambiance et le dancefloor qui l’a emporté et ce n’est pas un mal non plus. Quand Four Tet fait quelque chose, il le fait bien et cette techno, quasi minimale, sonne à la perfection. 

De Four Tet à Derwin Schlecker aka Gold Panda, le pas ne parait pas évident. Et pourtant. Sur l’échelle de Richter de l’émotion, on pourrait caler les britanniques dans les même hauteurs. On l’écoute dans un premier temps comme on pourrait regarder un tableau. Sa world musique révèle son pouvoir d’ailleurs et nous emporte dans une toute autre culture. Elle suit son cours lorsque l’imagination prend le relais, pas besoin de scénographie, on s’évade et devine des paysages hors de territoires connus.

Il y avait quelque chose de différent se dégage de la mélodie de Konono N°1  qui alterne entre un sentiment de sécurité et tourbillon de chaos envoyé par le beat des instruments traditionnels congolais. C’est ça le pouvoir de la musique, quand elle est égale à elle même, elle vous emmène là où vous ne l’attendez pas : une nouvelle sensation, un nouvel endroit pour un moment exclusif.

La Redbull Elektropedia Balzaal, aka Le Temple des Rêves, l’Old Trafford des scènes de festivals, complètement redessiné et qui nous coupe le souffle chaque fois qu’on y monte, même après 5 jours. La scénographie de ce qui est l’un des plus grands dancefloors d’Europe est époustouflante avec ces immenses écrans qui enserrent la foule par devant et sur les côtés, le tout surplombé par des terrils qui créent cette ambiance à la Mad Max. Dans cette ambiance, de grandes figures du mouvement techno nous ont percuté avec la puissance sonique d’un réacteur d’A380. On a rarement ressenti à ce point que la musique pouvait nous balayer ou nous engloutir. De beaux noms s’y sont relayés pour nous mettre en transe, à en oublier de nous badigeonner de crème solaire: High ContrastDamian LazarusDanny DazeMaceo PlexMind AgainstKollektiv TurmstrasseDope DODPopof liveKerri ChandlerMaya Jane ColesJohn TalabotLen FakiBen Klock.

Les Bonnets d’Âne

Il y a des artistes dont on attend parfois énormément en live, pour leur capacité à faire dans le transe-genre. D’autant plus quand leur actualité est flatteuse: Mbongwana Star. Auteurs de l’album From Kinshasa? très bien accueilli par la presse en 2015. Le collectif kinois nous a livré une prestation plutôt incompréhensible.

A l’instar des Jurassic 5 ou autre Wu-Tang Clan, Mobb Deep c’est le genre d’affiche old school qui fait plaisir à voir sur une programmation, du classique comme on l’aime. Sauf que, l’interaction ne se fait pas et une question se pose: est ce que le peuple de Dour connaît vraiment la discographie du duo ?
Au contraire d’Asap Ferg, qui semblait avoir plus de retour de la foule mais qui nous a saoulé son monde avec ses avec abus de gunshots. Jusqu’au point de non retour, quand celui-ci nous cale un « What’s up Germany ? »… Sérieux ?

The Prodigy, tout comme Snoop Dogg l’an dernier, faisait partie des têtes d’affiche que l’on coche juste par nostalgie d’une grandeur passée. On connait les risques du pari mais on se lance quand même, car il arrive que la magie réopère. Il y a d’autre où parfois on se demande, j’espère à tord, « Cette nouvelle tournée, c’est par par pur esprit artistique ou par obligation fiscale? ».  Surfant sur une réputation scénique qui n’est plus à prouvé, Liam Howlett, Keith Flint et leurs complices ont impressionné le monde entier pendant pas mal d’années. Le danger pour ses légendes, où il faut regarder et écouter pour évoluer, c’est de se laisser aller à de vieilles recettes. L’énergie y était mais il manquait ce quelque chose, ce Gui cueilli à la serpe d’or, pour faire la différence.

Dans la liste pourrait aussi y figurer Netsky et Ta-Ku, pas au top de leur forme, ou peut être programmés à un mauvais moment de la journée.

The Headliners

Dour c’est aussi des headliners. Nécessaire à la survie d’un festival qui brasse autant de genres, tant en terme de population qu’en terme de programmation. Il y a des grands artistes qui rassemblent tout ce beau monde grâce à un lien générationnel, une nostalgie ou tout simplement un talent reconnu de tous.

Force est de constater qu’en 2016, il y a encore peu de producteurs qui ne tombent pas dans l’électro facile et commerciale, voire la techno « made in Berlin ». Il y en a qui résistent encore, et Mr Oizo le fait plutôt bien. Son son est gras, efficace, entraînant à souhait, et il maintient éveillés les zombies du dimanche sans aucun problème. Il faut dire qu’entre « Positif », tube qui a fait danser le terre entière en 2008, le petit « Opr » de Gesaffelstein tout bien placé, et tout un tas d’autres morceaux inconnus au bataillon mais foutrement bien mixés, il ne nous laisse pas une minute de répit. Et s’il y a des passages légèrement moins bourrins que d’autres qui nous permettent de reprendre nos esprits, on a le plaisir de pouvoir admirer un jeu de lumières parfait et complètement hypnotisant.

Il aurait pu atterrir dans la catégories ci dessus, mais les Pixies, dont la réputation scénique a quelque peu fondu au soleil depuis leur réformation, furent loin d’être parfait, et on regrette encore de ne pas avoir vu à une autre époque. Malgré tout la communion est inévitable sur des « Woohoo » sans fin de Where is my mind.

Birdy Nam Nam était aussi très attendu, le quatuor  français composé de Crazy B, Dj Pone, Little Mike et Dj Need, est arrivé un par un et commencent leur set assez lentement. Ils ont gardé en réserve leurs grands classiques The Parachute Ending, Abesses et autres Trans Boulogne Express, Jaded Future et Defiant order. En soi un très bon live de Birdy Nam Nam qui n’a pas laissé le public indifférent grâce à notamment aux duels entre les différents djs.

Freaky Dance !

La bougeotte on l’a eu, et avec le sourire, devant les potos Flavien Berger & Jacques, Auberger de son nom famille, nouvelle star sur les réseaux sociaux. Capable de bricoler une house avec un panel d’objets que l’on imaginerait jamais sur scène. A la foie ludique et farfelue mais pour autant très efficace. Invité sur de nombreux événements depuis quelque mois. Il le fut aussi sur les différentes scènes à Dour, successivement invité par Salut C’est Cool et Flavien. Nous avons du nous armer de patience pour l’interviewer. C’est en fin de cette journée folle qu’il a finalement prit en main notre caméra pour sa « Selfinterview ». Voici le résultat :

Flavien, nouvelle coqueluche du public français, n’a pas tardé à devenir celle du public belge. Un public déjà plus que conquis, qui n’arrête pas de crier pendant les balances, la consécration. Alors quand le concert démarre par un 88888888 d’une violence ultime et par Le Soleil Rouge méconnaissable, on peut être sûr que le public est content. Mais quand Jacques le rejoint sur scène pour le Bleu Sous-Marin, faire des solos de guitare blues à n’en plus finir en sautant partout… là tu as un public en feu. Alors quand en plus, Jacques revient jouer de la guitare, de l’extincteur et de la boîte métallique sur Rue de la Victoire et Gravité, tu as un public en folie furieuse. Alors quand Flavien descend dans la fosse se faire un bain de foule jusqu’au fond du chapiteau sur La Fête Noire, le public frôle la démence. Alors quand le concert se termine par Léviathan et que les Salut C’est Cool se ramènent à la demande de Flavien pour foutre une dernière fois le bordel sur la scène du Labo et que la quasi-totalité des personnes sur le côté de scène les suivent… on a un public en hystérie totale qui parle déjà du meilleur concert de tout le festival.

Ca n’aura pas échappé aux habitués du festival, la trap est de plus en plus présente sur le festival, et vient agrémenter un linup qui a toujours été « hipopisant ». Lunice et Lefto (un grand merci à ce dernier pour la petite pause buvette selfinterviewé, à retrouver ci-après), en ambassadeurs avérés du mouvement, ont chacun démontré que la trap est l’avenir pour un festival de plus en plus jeune, amateur du style. Le temps d’une revue annuelle des gros titres des Kanye West, Young Thung et autres Drake et surtout Kendrick Lamar (Alright est LE titre hip-hop le plus entendu sur la plaine ce week-end), on se serait presque cru sur South Beach.

Enfin, un mot sur l’Anglais Leon Vynehall qui mixe prods house et tubes en tous styles. On avait déjà pris notre claque ce printemps à la Concrete, sur un set qui s’était terminé dans une véritable trance(spiration) de très bon goût. Si vous voulez ambiancer une soirée, il est LE DJ. À l’instar de la « Cubanisto » mercredi soir, son passage du samedi soir, toujours sur le même stage, est apparu comme une lichette d’energy drink. Symbole d’un superbe moment de communion, ce fut le seul moment sur les 5 jours où tout notre groupe était présent. Un grand merci à toi Leon, c’était ouf !

Club Cheval enchaîne en live. Le label Bromance, c’est toujours dansant et ça fait longtemps à Dour. Un set à la Totally Enormous Extinct Dinosaurs, qui a fait zouker l’équivalent d’un Zénith complet.

En ce dimanche début d’après midi le trio de G.O. néerlandais Bombay, était d’astreinte pour le réveil musculaire des plus courageux en ce 5e jour. Sur scène Mathias Janmaat, bouge de droite à gauche, saute partout, comme possédé par sa propre musique. Le groupe dégage une énergie clairement communicative. Love your ennemies, Bored, petit passage psychédélique avec Shackels and ChainsLighten Low, le titre avec lequel on avait le plus de mal à accrocher sur CD, nous revient en pleine figure. En live, on se laisse plus facilement emporter, on ressent plus facilement les émotions qui s’en dégagent : La magie d’un concert !

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Faites demi-tour dés que possible

Floating Points en version live band c’est l’assurance de voir LE best live de la soirée. Le producteur anglais de musique électronique a l’habitude de surprendre à chaque live, on le sait. Mais là, une batterie, deux guitares, une basse et sa sainteté Sam Shepherd aux claviers analogiques : comme déjà l’impression que ce concert allait approcher la perfection… Et bah voilà. Après une longue introduction planante, les premières basses résonnent et font vibrer l’ensemble des corps présents. Et les yeux se ferment, doucement, comme contraints par une ambiance lourde et apaisante. Et les montées mélodico-rythmiques démarrent ensuite lorsque le laser présent au centre de la scène commence à dessiner des motifs sur l’écran rond du fond. S’en suit un déluge d’inventivité, de talent et de musicalité. Entre jazz et IEM (Intelligent Electronic Music), Floating Points aura atteint le « point Pink Floyd », comme j’aime l’appeler, en quelques minutes seulement. Un concert exceptionnel donc, où rien, oui rien, n’aura été fait de travers. La perfection en somme.

Il y a deux ans, on eu la chance de voir Theo Parish sur la « Dance Hall » avec son Footwork. DJ Rashad, pionnier du genre, devrait être le premier à dressé l’étendard du Footwork sur la plaine hennuyère en 2014. Mais l’histoire en a décidé autrement, il est décédé trois mois avant. Deux ans plus tard DJ Paypal, est venu accomplir la démarche initié, et le bilan est le suivant : aussi perturbant que fascinant, relativement dansant.

WTF !

Il y a toujours dans un festival une série d’artistes programmés complètements fous. Dour, ne déroge pas à la règle, avec chaque année sont lots d’artistes qui laissent les uns perplexes ou d’autres hilares : « C’est complètement WTF ». En tête de gondole: les Peaches et leur chorégraphie déguisé en vagin à en terminer le set nue ou presque.

On ne sait pour quel raison, mais les objet gonflant sont souvent bien représentés sur la plaine: crocodiles en laisses , dauphins de compagnies, pataugeoires de fortunes et poupées gonflables. C’est dernières n’ont pas échappé aux  rappeurs d’Odezenne (n’y voyez aucun préjugé). On vous laisse admirer le travail avec le gif ci-dessous.

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On pourrait aussi discuter de la prestation de Salut C’est cool… Mais on y reviendra plus tard.

Le message

Mass Hysteria, du métal ? Donc violent ? En fait pas vraiment… Les Parisiens sont devenus (ou étaient déjà ?) un groupe capable de créer une bonne ambiance au sein des métalleux, mais qui n’a jamais vraiment brillé pour beaucoup par ses compositions. À l’opposé de l’image du metalleux anarchiste rongé d’idées noires, Mass Hysteria fait, parfois, dans le navrant. Sans doute du fait des discours du chanteur Mouss, niais au possible. Celui-ci nous déclare que l’amour est la plus belle des drogues, que la haine doit stopper partout dans le monde… Oui, le fond est beau, ça fait du bien, la forme est un peu étrange, et le discours sied plutôt bien à un genre qui se veut plutôt violent surtout au lendemain d’un énième attentat.

Les gars sûrs de la de la Machine à Feu

Comme dit plus haut, la culture Hip-Hop a toujours eu une grande place ici, et la trap en prend, elle, de plus en plus. Peut être la raison de la création d’une nouvelle scène. Curieux, nous sommes allés à la découverte de Woodie Smalls, le Belge de Sint-Niklaas. Vif et dynamique, peu impressionné par la masse attroupé devant la scène de la Boombox, il nage comme un poisson rouge dans un showcase bruxellois.

Toujours à Bombox, c’est au tour de Jay Prince d’arriver tout en sautillant, devant un public réactif dès ses premières rimes. Le gars de East-London n’a pas hésité pas à stopper régulièrement la musique pour entamer des passe-passe avec le public, parler quasi-parfaitement français. L’artiste était content d’être là, et le public le lui rend bien le temps du traditionnel selfie.

Il aurait pu figurer plus haut avec les headliners, mais non le doute n’est pas permit avec lui. On ne le présente plus, il avait même fait une courte apparition l’an passé à l’occasion de la venue de Tony Allen. Oxmo Puccino, le rappeurs « amoureux » comme il se qualifie lui-même, fait l’étalage de toute sa maîtrise et n’hésitant pas à mouillé sa chemise (au propre comme au figuré). Pour se mettre le public, certes déjà conquis, dans la poche. De balade lyrique en balade instrumentale, il nous transmet une belle énergie. Venu accompagné d’un band aux origines très éclectiques, ils assurent leur présence scénique, armé d’une bonne humeur contagieuse, tout en imprimant un rythme nonchalant.

Yung Lean débarque ensuite sur scène accompagné d’un des membres du crew (avec un magnifique sweet rouge clinquant), et c’est parti pour une heure de show. Il pose son flow pendant que Yung Sherman assure les instrus, Yoshi City, Ghostown, Motorola, Kyoto : toutes ses plus grandes tracks y passent. Le public semble conquis et reprend en cœur ses lyrics. Certes, la voix de Yung Lean en live n’est pas sensationnelle, mais il sait comment s’y prendre, on assiste à un concert très intense et physique. Le public donne tout. En à peine une heure le public est déjà tout transpirant et essoufflé. À 18 ans seulement, le natif Södermalm s’est construit une solide fan base et un univers bien à lui. Avec un premier album plutôt à la hauteur et deux précédentes mixtapes qu’on connaît par cœur, on espère le revoir très vite sur les pleines du Balzaal.

L’overdose

Pour certains, c’est le manque d’actualité combiné à une présence presque annuelle au festival comme Django Django. Pour d’autres, c’est peut-être une simple redondance ressentie par des habitués du festoche, peut-être un peu trop blasés d’avoir déjà tout vu (c’est peut être le problème avec Dour): Deluxe, Gramatik. Mais pour ce dernier, Salut C’est Cool, c’est tout simplement une overdose et une incompréhension de la démarche des programmateurs. Quel est l’objectif ? C’est quoi le projet ? Pourquoi programmer 4 jours d’affilée, sur la même scène, le même groupe, pour la même purge de 3h ? L’art est quelque chose de subjectif (j’ai pas réinventé l’eau tiède jusque-là). Mais infliger au public un grand n’importe quoi pendant 12h de set scénographique (si on peut appeler ça un set scénographique): un mélange de dessins de gosses sur Paint saupoudré de faux pamphlets, de 3 mecs qui gigotent dans tout les sens accompagnés par un « DJ » incapable de beatmatcher ses propres tracks… Il y a comme qui dirait quelque chose que nous n’avons pas saisi, et l’ingénieur du son en fonction ce jour-là ne nous contredira pas (c’est là que je me dis que j’aurais vraiment du prendre une photo de sa tête).

Bref, c’est peut être le retour de bâton de 27 années de programmation au top de l’éclectisme, se renouveler sans perdre les anciens tout en gagnant le cœur de la nouvelle génération. C’est la balance que l’équipe du festival réussit malgré tout à ne pas trop faire basculer d’un côté ou de l’autre. 27 ans c’est un âge charnière, à l’approche de la trentaine symbolique, souvent synonyme de chamboulement, comme un petit rejeton…
Ainsi soit-il, le Divin à enfanté Dour et l’élu se nomme BXL Mon amour.

« Attendre 365 jours avant de retrouver notre communauté de mélomanes du Dour Festival, cela fait long. C’est pourquoi nous voulons vous revoir. Nous avons décidé d’organiser pour vous une soirée à Bruxelles, le samedi 29 octobre, pour retrouver l’ambiance des nuits chaudes du Festival de Dour. »

Rendez-vous pris pour le baptême fin octobre. SEE YOU THERE!

DOUR, ON T’AIME!

Crédit GIF/Photo: cafebabel.fr/ & insta @shoelayce
Crédit Video: Couac Prod. & Luyens & Sourdoreille

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