Live Report | Cabaret Vert 2015

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Dancefloor au Maroilles sur son lit de festival écolo.

Limp Bizkit, Jurassic 5, les Chemical Brothers à …Charleville-Mézières! Comme si les amours de collège nous invitaient à une boum dans le garage du mec qui n’avait jamais d’amis. 15 ans après.

On est donc allé faire un tour dans la capitale des Ardennes françaises pour en découdre avec les années 2000, et y avons découvert l’un des meilleurs festivals de l’été.
Avant tout, il s’agit sans doute du plus beau site de festival : au cœur de la ville, mi-urbain mi-champêtre, un décor fait-maison, éclairé par les fabuleuses créations luminaires de TILT.

photo1 La première impression que procure l’entrée dans le square Bayard, est d’être invité dans le jardin d’un amoureux de festival culturel. Pour une fois, la qualité de la programmation va de pair avec une réelle démarche écologique, et un esprit local et artisanal que les grosses machines ont forcément perdu : pas de branding à outrance (pourtant Charleville a eu droit à sa «Caisse d’Epargne Arena»), bières et restaurations locales, esprit associatif. Un festival fait par des festivaliers. Certains font la déco, d’autres servent de la Jenlain et de l’Oubliette, d’autres veillent à la sécurité des gens trop saouls, et d’autres enfin parcourent l’étendue du Cabaret, le sourire aux lèvres, voguant d’une découverte régionale à une tête d’affiche multinationale. Une grande famille.

On s’est donc pressé dès le jeudi pour ne pas manquer Etienne Daho, en faisant un crochet planant par Son Lux. Heureux de ne pas avoir raté le clou de cette programmation et d’avoir lancé un circle pit sur « Weekend à Rome », nous avons transité juste à temps pour voir la silhouette élégante de Benjamin Clementine se poser sur la scène des Illuminations. C’est bien la grâce qui nous emportera pendant les prochaines heures. Nous sommes restés sur notre faim à la fin du set de Shamir qui, après un décollage envoûtant, s’est essoufflé en pointant les limites de l’ego trip. Entre temps Christine and the Queens avait offert un live plein, irréprochable. Même ceux qui n’apprécient pas le personnage applaudissaient comme s’ils étaient aux Victoires de la Musique.

Nous avons évité de voir Paul Kalkbrenner pour la 17e fois, et avons pris la claque du week-end devant le nouveau projet de Ty Segall, comme pour casser bien joyeusement cette escalade de volupté trop sage : Fuzz, trio californien psychédélique, soit trois monstres infatigables pourvoyeurs de gros rock. Tout abasourdis, on a laissé les excités du camping devant le dubstep subtil et léger de Gramatik en écoulant nos derniers Bayars (même la monnaie est locale) contre des bières artisanales et des hotdogs de sanglier. Après toutes ces délices gustatives et auditives, on était bon à aller tranquillement reprendre des forces avant la grosse journée du vendredi.

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Après un bon p’tit déj servi par Artisan du Monde, on aurait bien voulu capter les vétérans punk The Toy Dolls ou découvrir la jeunesse électro-rock de A-Vox, mais on a du faire un tour en ville (downtown Charleville), et on n’est arrivé que pour se délecter de l’aftrap locale de Black Industrie. La décision d’aller se placer pour attendre Jurassic 5 est venue après une overdose de misogynie et sur le refrain « Nan mais Allo ! », inspiré de la célèbre citation. Chaleureux et énergiques, les gangsters eco+ rémois étaient malgré tout un bon moyen de se chauffer les oreilles avant de se rendre aux antipodes du hip hop, à la source West Coast. Au milieu de la scène, un vinyle géant arbore le blason des tontons californiens. « Imagine il marche vraiment ! » plaisante mon voisin déjà bouillant. « Ah ! Ah ! t’es con ! », je lui réponds, m’attendant à un set paresseux, dans la lignée de Snoop à Dour ou du Wu au Zénith.

Quand Cut Chemist et Nu-Mark arrivent en terrain conquis et lancent la sauce, je ne décroise pas les bras. Mais quand les quatre MCs s’installent sur scène, c’est la classe américaine qui s’impose. Cette heure de monuments du hip hop, conclue par « What’s Golden », a mis tout le monde d’accord. Et, oui, le vinyle géant fonctionne réellement, et ce n’est pas la dernière surprise instrumentale que les deux DJs nous réservaient. Jugez plutôt :

Soleil, « free hugs », drapeaux bretons, il y avait tout pour être heureux. Et la soirée avait à peine commencé. Si le rock psyché de Wand faisait pâle figure le lendemain de Fuzz, Dan Deacon a payé sa tournée de pépites acidulées, et The Shoes, qui jouait presque à domicile, nous a bien diverti avec ses visuels toujours inventifs, parfois blasphématoires (un hommage à Michael Jackson qui n’a pas fait que des heureux), et un son qui épousait parfaitement les courbes du soleil couchant. Ratatat, qu’on aime toujours autant en studio, a trop déçu en répétant la formule habituelle, et en n’excitant pas assez la jeunesse qui est allée attendre Zeds Dead, décadenasseurs d’hostilités avant Les Chemical Brothers et Mr. Oizo.

La foule entassée dans la brume électrique était prête à vivre le moment de grâce du festival, et dès les premières mesures de « Hey Boy, Hey Girl » les 90 000 violons étaient accordés. Mais après deux coupures de courants, et un milieu de set déroutant, les deux maîtres ont perdu une partie de leurs élèves, et l’excitation collective est retombée, vidant le parterre de ses mélomanes les moins téméraires. Il fallait pourtant être patient (et surmonter la peur d’une troisième coupure, synonyme d’incident diplomatique) pour assister à l’un des plus grands moments du Cabaret Vert 2015 : les frères chimiques ont sorti deux robots géants, cracheurs de lasers et ont fini par tout faire exploser. On était sur les dents, et on s’est quittés sur le cul.

A cause du retard nous n’avons eu que les miettes de l’Oizo. Bien dommage parce qu’on aurait bien repris du rab. Tant pis, ça aura économisé des forces pour Limp Bizkit. Dodo.

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On a profité du samedi pour découvrir les autres richesses du Cabaret Vert : le Temps des cerises et ses sound systems, l’espace BD qu’il aurait été dommage de louper, le Chapiteau aux Images, le Temps des Freaks dans une ambiance à la Big Fish, le Village Associatif avec ses fanfares punk et ses grillades de sanglier, et surtout, la crêpe au Maroilles, qui nous a fait oublier d’aller voir le trio de John Butler. Si c’était à refaire, j’opterai pour le Maroilles. Toujours. Avec une Chouffe.

Côté concerts, Algiers ne nous a pas convaincu, et Selah Sue qui jouait devant ses amis belges nous semblait un choix bien étrange pour « ouvrir » Limp Bizkit. En revanche, Jungle a encore une fois transformé le dancefloor en champ d’amour electro/disco. Un vrai bonheur.

On a revu Rone pour la quinzième fois de l’été avec un plaisir non dissimulé. Puis est venu le moment que beaucoup attendaient : la casquette à l’envers et la voix fluette de Fred Durst. Du lourd, comme prévu. Mais un léger foutage de gueule sur la set list, composée à 40% de moments Itunes : passer Daft Punk et 50cent en guise d’intermèdes anormalement longs, pendant que Wes Borland fait une pause goûter, ça a tendance à casser le rythme infernal qu’on nous avait promis. Autre moment gênant, la reprise de Nirvana, après celle de Rage Against The Machine, dont personne n’avait besoin. Mais finalement, tout le monde a eu sa (petite) dose de nu-metal à l’ancienne et la plupart des hits (de « Rollin » à « Take a Look Around »).

Du coup, on n’a pas vu Skepta, mais on a croisé la route de Vandal qui porte bien son nom : une méga free party où les dernières forces ont été livrées, dans la sueur et la poussière.

A notre grand regret, nous avons du repartir le lendemain, et avons manqué Tyler the Creator. Triste sort d’une programmation qui le plaçait le dimanche avant Hubert-Felix Thiéfaine et Fakear. On a repris un covoiturage (puisqu’on est tous éco-responsables maintenant) et sommes rentrés, bien décidés à revenir faire un tour en 2016.

Tant que le Cabaret conservera cette douceur tarifaire, cette qualité de programmation et cet esprit familial, on sera là.

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