Tremblez camarades, les jeunes russes se mettent au garage !

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Hey Poutine tu ferais bien de te méfier : s’ils ne parlent jamais de politique, l’arrivée de groupes garage sur la scène rock de ton pays pourrait t’emmerder bien plus durablement que 10 générations de Femen ! Tu ne les connais peut être pas encore, trop occupé que tu es à balancer des bombes un peu partout, mais ces jeunes à slim, casquette et ironie affichée ressemblant (presque) aux rockeurs en herbe des states ou d’Angleterre pourraient ébranler la jeunesse de ton pays. A Saint-Petersburg, ville conservatrice s’il en est, on voit d’un mauvais oeil l’arrivée de ces jeunes adepte du do-it-yourself et des guitares saturées. Alors si t’as pas encore mis tes meilleurs agents sur le coup, si tu veux pas te retrouver avec une armée de branleur, tu ferais bien d’écouter les alertes de tes administrés. Gare à toi, le rock est là !

Avertissement au président mis à part, et toujours en quête de nouvelles pépites, le Limo s’est intéressé de plus près à ce mouvement et vous propose une liste non exhaustive des meilleurs groupes à suivre. Pour les paroles, elles sont en russes mais pas de panique, faites comme d’habitudes, c’est à dire semblant de comprendre ce qu’ils disent à travers la reverbe (oui, surtout vous les fans de Temples).

 

Mama

 

Le chanteur Костя Кайро n’a rien a envier à Mac DeMarco et cultive le cool comme d’autre la connerie (coucou la manif pour tous). Son groupe de garage s’inspire largement des anglais pour créer ses mélodies mais garde le chant russe, gardant donc un héritage culturel important pour le plaisir de nos oreilles. Les artistes de Saint-Petersburg ne sont pas forcément réputés pour leur humour et joie de vivre alors, même si le rock garage possède ce côté léger et je m’en foutiste, la mélancolie reste présente dans le son que nous présente le groupe. Sur fond de crise, Костя Кайро nous entraine dans son monde, dur et un peu hostile il faut le dire, où le rock a connu son apogée dans les années 80 avant de disparaître. Mama redonne vie à cette scène prolifique et emporte le public dans une folle virée rock’n’roll avec la gravité d’un gamin qui a déjà vu beaucoup trop de choses.

 

 

 

Verbludes

 

Signé sur le label indé Saint Brooklynsburg, Verbludes nous propose un son plus gentil et plus pop, sans ôter quoi que ce soit à la qualité du garage proposé. Une sorte de Allah Las qui aurait avalé les Magic Kids – ou un truc comme ça. La guitare nous renvoit aux années fastes où Pete(r) Doherty nous proposait des chansons mignonnes à la « What Katie Did » avec son pote Carl pour nous faire croire que de grands sensibles se cachaient derrière ces têtes de mauvais garçons. Le clip, montage hétéroclite de bouts de films nous embarque dans la vie du groupe et arrive à proposer quelque chose de différent. Les images sont cools, la musique aussi, et pour une fois on y croit. Ils ont vraiment l’air d’en avoir rien à foutre, sans ce malaise qu’arrivent à créer les groupes français ou anglais genre « je fais le mec ironique ». C’est un film de potes pour les potes (et ceux qui voudraient le devenir) et on ne va pas chercher plus loin. C’est rock quoi !

 

 

Summer Coma

 

Avec Summer Coma, le garage fait son entrée dans la Russie qui trippe et qui rêve d’un monde rempli de licornes (sous LSD, m’voyez…). Le son du groupe est caractéristique du surf-rock : les envolées psychédéliques, le chant qui se perd dans les guitares, le batteur qui ne lâche sa cymbale sous aucun prétexte… La formule n’est peut être pas neuve, mais l’émotion qui en ressort est quant à elle bien réelle et rafraîchissante. A l’heure où le psyché est (parfois) réduit à des festivals hors de prix pour faux rebelles en mal de sensation, le groupe arrive à nous faire comprendre que leur son existe pour décrire une réalité et non en créer une qui serait plus badass. Bref, en ce début d’hiver, on se laisse embarquer avec délectation dans ce coma qui nous fera oublier les emmerdes jusqu’au retour de notre ami le soleil.

 

 

Kazuskoma

 

Avec КАЗУСКОМА en russe dans le texte, on rentre dans le dur. Oubliés la pop mignonne et le psyché dépressif, et bienvenue dans le stoner-hard-psyché-rock (oui tout ça). Le groupe mélange les genres et ça lui réussit plutôt bien. Rompre avec les codes bourgeois, se rebeller, refuser une société traditionnelle… le rock commence en Russie comme partout ailleurs, et Kazuskoma est en tête de file. En tout cas c’est comme ça qu’on le ressent, vu qu’on comprend pas les paroles et que tous les liens qu’on trouve sont en russe. Ne reculant cependant jamais devant les obstacles propres au journalisme d’investigation, selon google trad les chansons du premier album s’appellent « Résurrection », « Il suffit de ne pas regarder » ou bien encore « Perdre votre esprit », ce qui, couplé à l’émotion dégagée, nous conforte dans l’idée d’un groupe engagé et souhaitant revendiquer un monde meilleur à leur échelle. Thèse, antithèse, synthèse frère !

 

 

Eloignés de la scène internationale, ces groupes russes apportent la fraicheur et l’imagination qui manquait cruellement au garage depuis quelque temps. Sans faire dans le bashing gratuit, être livré à soi même quoi qu’il arrive entraîne ces groupes sur une pente créatrice bien plus intéressante que la majorité des groupes qui se sont proposés à nous ces 2 dernières années. Ils ne font de la musique que pour se faire kiffer, ce qui leur donne d’ores et déjà une longueur d’avance. Comme d’autres sombrent dans la drogue, eux sont tombés dans le rock et se font des shoots réguliers afin de mieux oublier leur quotidien. On retrouve là l’essence même de la musique, la relève tant attendue des galériens de Manchester dans les années 70, et ça fait plaisir !

 

Peace !

 

Bonus : le label indé Saint Brooklynsburg

On vous invite quand même à regarder tout ce que fait ce label garage à souhait. En plus de produire de la musique, il produit des mini-films et invite des artistes à s’exprimer quel que soit le canal utilisé. Plus qu’un label, Saint Brooklynsburg est un monde parallèle où tous rêvent d’habiter, une sorte d’idéal de vie à atteindre. C’est donc un passage obligé si on veut bien comprendre le mouvement.