Label(le) Interview #3 | Atelier Ciseaux w/ Rémi Laffitte

Rémi Laffitte, boss d'Atelier Ciseaux promène son toutou qui va bien

Vous avez peut être du le remarquer : c’est avec un enthousiasme constant que l’on suit les sorties du label Franco-Canadien Atelier Ciseaux (LenParrot, Vesuvio Solo, Dreamboy, Promise Keeper…) depuis quelques temps. Et celui-ci vient justement de sortir un split 45 tours d’indie pop assez fofolle avec le Lyonnais François Virot et les Montréalais de PHERN. Double raison de nous réjouir donc : on a beaucoup aimé ce disque, et on a sauté sur l’occasion pour poser des questions un peu bizarres à Rémi Laffitte, ouvrier en chef derrière ce label “indé pour de vrai”. Qui fête ses 9 ans d’existence cette semaine. Cheers. 


Commençons donc par ce split EP qui nous met en joie, encore ici pour deux (principales) raisons :

Déjà parce qu’on adore François Virot, compositeur et musicien Lyonnais aussi rare que génial qui fabrique de la pop extrêmement bonne au sein des groupes Chevreuil (à la guitare) et Clara Clara (à la batterie), mais aussi en solo. Son premier disque Yes Or No, sorti en 2008, était d’ailleurs un bonbon mélodique au taux de pureté très élevé. Puis il a fallu attendre l’année dernière avant la sortie de son deuxième album, Marginal Spot, véritable joyeuseté pour tout amateur de musique pleinement réussie (dans sa globalité – pardon). 

On est donc très heureux de le retrouver sur ces deux nouveaux titres. Construit sur ces désormais habituelles batteries galopantes, « Choochoo » est bordé par des saillies de guitares claires comme des ruisseaux de montagne et des bouquets de mélodies solarium, qui réconfortent toujours autant. Le deuxième morceau, « Legal Rough », nous a tout simplement fait beaucoup triper, avec son rock fourré d’effets de style drolatiques et entêtants.

Ensuite parceque le split est partagé avec un supergroupe Canadien qu’on ne connaissait pas du tout, PHERN, apparemment composé de membres d’autres supergroupes toujours Canadiens, qu’on ne connaissaient pas non plus. Une cool découverte, qui prouve qu’on est toujours pas des journalistes, désolé, mais qui nous donne envie d’en être alors que l’on cherche rapidement une formule un peu pétée afin de synthétiser ces deux titres. Que l’on se permet donc de qualifier de faussement dégingandés, et même, de précisément relâchés. Le groupe semble effectivement s’attacher a composer une orfèvrerie bancale qui « saute aux oreilles », la construction patiente et fétichiste de petites notes dissonantes s’occupant de les picoter. Du doux bizarre très agréable, mais surtout très cohérent sur ce disque, car encadré par ces deux morceaux de Francois Virot, tels des biscuits sucrés refermés sur une confiture sonore certes un peu amère, mais très gustative. On sait, on vous a donné faim avec nos conneries, alors à table :

On ne sait pas vous, mais on a toujours trouvé que c’était cool, les splits albums. En effet, la collaboration, le partage, les tournées de groupes qui s’apprécient, la cohésion artistique, c’est toujours chouette. Et pour faire d’une pierre deux coups tout en coupant la poire en deux, on a très logiquement soumis Rémi Laffitte, taulier barbu du label Atelier Ciseaux, à des questions “splitées”. C’est à dire des questions divisées en deux, sur un même sujet. Vous n’avez pas tout compris ? Ce n’est pas bien grave. Allez hop, place à la première « Interview Splitée » de l’histoire des interviews au concept un peu foireux, mais qui font plaisir. Car dans la vie il faut savoir rire tout seul, et se toucher au bon endroit / au bon moment.

Déjà pour commencer logiquement en parlant de cette dernière sortie : quel est ton lien avec : Francois Virot / Phern ?

Avec François, c’est une vieille histoire qui date – déjà – de 9 ans, quasi jour pour jour. En octobre 2008, nous avons sorti son premier album Yes or no en vinyle (et en CD chez le défunt label Clapping Music). Même si ça a été parfois un peu compliqué, on ne pouvait pas rêver mieux comme première référence.  

Pour les Montréalais, c’est plus consanguin. En 2015, nous avons sorti l’EP Zoo du Québec du groupe Moss Lime dans lequel jouait Hélène de Phern. Un après-midi, Hélène m’a écrit pour me parler du split avec François et de leur projet de tourner ensemble au Canada…

Es-tu d’accord avec nous si on te dit que François Virot : fait de la musique exceptionnelle / n’est vraiment pas assez connu ?

Comme le soulignait, entre deux savonnages, Tyler Durden dans Fight Club, « vous n’êtes pas un flocon de neige merveilleux et unique ». J’ai un peu de mal, pour être honnête, avec cette notion d’« exceptionnel/le ». Pour moi le plus important est de proposer quelque chose de sincère.

Evidemment, et c’est le cas pour le reste de notre catalogue, j’aimerais que sa musique soit plus diffusée et accessible. Si demain un des morceaux de Virot devient le nouveau « Despacito » et casse les internets, je n’aurais pas l’impression d’avoir trahi la cause indépendante. Ce qui compte, encore une fois, c’est la manière de faire.

Comment : est né le label Atelier Ciseaux / ça va aujourd’hui ?

Ce label aurait pu être le sujet d’un roman d’anticipation écrit dans la Drôme à la fin des années 90.

J’ai « toujours », enfin depuis ma post-adolescence, eu envie de monter un label. Quelque part Atelier Ciseaux a toujours existé dans mon imagination, pas forcément sous ce nom ni derrière ce logo. Avant de lancer le label j’ai eu pas mal d’activités liées à la musique mais découvrir, en 2007, le premier album de François Virot (encore lui !) a été l’élément déclencheur, le « now or never ».

Pour toi le support physique c’est : important / très important ?

Bien sûr, c’est super important. Si nous proposons des cassettes ou des vinyles, c’est avant tout parce que ce sont des formats que nous aimons et que nous souhaitons défendre, et non pas parce que nous essayons d’appliquer des techniques – crapuleuses – de BEP vente ou de ronger la hype jusqu’à la moelle.

C’est sans doute un peu « old fashioned » mais pour moi, écouter un album sur vinyle par exemple ne demande pas la même implication qu’en streaming. Il y a une espèce d’immersion imposée, avec le support physique, que j’apprécie et qui correspond tout simplement à ma façon d’écouter de la musique.

Les débats sur les réseaux sociaux à propos des formats sont usés et souvent menés par des personnes qui ignorent le fonctionnement, l’essence d’un label indépendant. Le support physique sera toujours au centre du label mais ce n’est pas pour autant que je suis un fondamentaliste de l’objet. Aujourd’hui, nous avons la chance de pouvoir écouter de la musique un peu partout, via différents supports (physiques ou digitaux), alors pourquoi s’en priver ?

Certains imaginent que le format cassette, ou vinyle, offre une certaine crédibilité indépendante ou qualitative, mais l’essentiel c’est la musique et l’intention qui se cache derrière. On pourrait, sans aucun problème, sortir un CD, du digital ou même une clef USB pimpée.

Monter et faire vivre un label indé c’est : motivant / fatiguant ?

Atelier Ciseaux, c’est un rêve d’ado – aux cheveux longs – qui s’est réalisé. Bien sûr, c’est grisant de monter son propre label et surtout de le gérer comme tu l’entends, mais cela demande de la rigueur et un certain goût du combat.

Gérer les pressages, les groupes, s’occuper de la promo, de la distribution, préparer les envois… ce n’est pas, contrairement à ce que certains pensent, une activité ludique « plaisir et détente » du dimanche après-midi.

Cela demande du temps, de l’énergie… parfois tu dors mal, t’es stressé et tu fumes un peu trop. Il faut être super motivé et passionné.

Je ne suis pas en train de me plaindre, ce projet, mené avec sincérité et conviction, est sans doute l’une des belles plus aventures de ma vie.

En tout cas, si en montant une structure comme celle-ci tu cherches autre chose que de défendre des valeurs / projets qui te tiennent à cœur, c’est sans doute que ton conseiller Pôle Emploi t’a mal orienté.

Un label qui t’a donné envie : de créer le tien / de tout arrêter pour monter une entreprise de promenade sur Poney handicapés en Camargue ?

Des labels comme Dischord ou Sub Pop (à ses débuts) m’ont donné envie de m’intéresser à ce qui se cachait derrière ces logos noir et blanc. Même si ces « modèles » m’ont influencés sur un plan éthique, dans les faits ce sont des rencontres dans le milieu Punk DIY qui m’ont réellement donné l’impulsion pour en faire quelque chose de concret.  

Un avis sur l’industrie de la musique en 2017 : positif / moyennement positif ?

Pour éviter le blanc, j’ai utilisé le fameux joker « appel à un ami ». J’ai consulté – pour la première fois – la page wiki de l’industrie musicale. L’histoire, depuis le début de ce siècle, se résume en quelques dates et mots clés comme  « crise », « Hadopi », « condamnations » ou « Itunes ». Par contre – et c’est ennuyeux -, aucune information sur 2017…

C’est sans doute un peu bas du front comme réaction. Je suis désolé si tu attendais une réponse de type « haine et smileys qui sourient à l’envers » mais ce n’est pas un sujet qui me passionne et sur lequel j’ai envie de m’exprimer.

Mais bon, même si je ne côtoie pas ce milieu, je compatis; pas facile de passer de l’opulence à la « précarité ».

Peux tu nous donner une sortie sur AC : qui te rends nostalgique / qui te donne envie de te lever le matin et de continuer à scroller tes mails ?

On va éviter de radoter en parlant – encore – de notre première sortie. Hum… je choisis le split 45 tours Jeans Wilder sorti en janvier 2010.

Ce disque c’est celui d’une époque, celle du « révolutionnaire » Myspace. La tendance actuelle, et cela se comprend, est à la moquerie vis-à-vis du réseau mais il a joué un rôle important pendant les premières années du label. Il nous a permis de découvrir et d’échanger avec pas mal de groupes.

C’est comme ça que j’ai découvert la musique de Jeans Wilder et dès le premier message, tout est allé super vite.

Ce disque nous a également permis de sortir de notre quartier même si nous avions travaillé juste avant avec un groupe de Los Angeles, Lucky Dragons. Dès l’annonce de sa sortie, nous avons reçu des messages de shops, de médias, de curieux dispersés sur la map. Pareil pour les commandes, quand tu écris pour la première fois « Japon » ou  « Mexico » sur un paquet, cela te fait forcément quelque chose.

Il y avait quelque chose de très spontané et d’excitant…

Une cover d’un de vos disques : dont tu ferais bien un poster pour ta cuisine / qui mériterait d’être en galerie d’art ?

La pochette de l’album, To The Floor, de JOEY FOURR. Une paire de fesses sur fond rose qui aurait pu habilement illustrer l’une de mes précédentes réponses… Un album de pop-licorne-bizarre, captivant et nonchalant.

Un clip d’un de vos groupes qui : t’as excité comme un jeune puceau  / t’as ému tout seul devant ton ordinateur (et un cendrier pas vidé depuis une semaine) ?

Le clip de VESUVIO SOLO pour leur méga tube « Avion ». Cela fait bien trop longtemps que je n’ai pas pris un vol en direction de Montréal. Et puis l’ambiance « dépanneur », beaucoup de bons souvenirs.

Un genre musical que tu écoutes : trop / pas assez ?

Le hip hop auto-tuné et la musique classique.

Un morceau parfait pour : se réveiller trop tôt / se coucher trop tard ?

« Don’t Come Home Today » de GOOD MORNING. Un bon moyen de se décoller les yeux en douceur et d’annoncer le mood de la journée à venir…

« Headache » de GROUPER. Parce que WOW !

Un autre pour : faire la vaisselle en slip / organiser un lancer de kebabs dans son salon ?

« Bank Account » de 21 Savage. 3.41 minutes pour transformer tes assiettes sales en volant doré de Lowrider !

Une ville idéale pour : mater des concerts ? / rester au chaud près de son ordinateur qui farme du bitcoin et télécharger toute l’industrie du cinéma ?  

Montréal pour le côté détendu. Et puis rentrer à pied d’un concert par -20 degrés ou sous une tempête de neige, c’est une ambiance que j’ai beaucoup aimé.

Pour rester au chaud, le Cap Ferret déserté. Le coin est super beau et en plus, avec un peu de chance, tu peux croiser à la pizzeria du coin, un trader en chaussettes-claquettes capable de te causer investissement et bitcoin.

Si tu devais nous conseiller : un film de moins de 2H / une série beaucoup trop longue ?

« L’été de Kikujiro » de Takeshi Kitano qui dure moins de 2H si tu zappes le générique de fin. L’histoire d’un ancien yakuza qui décide d’aider un gamin à retrouver sa mère. Un film doux et touchant avec une très belle BO.  

Même si ce n’est pas vraiment une série, Koh-Lanta. Malgré ma « passion » pour le programme, il est sans doute temps d’arrêter définitivement le camping sauvage.

Attention ! Nous attaquons ici la partie méta-jeux-de-mots-pourris de l’interview :

Un split (dans le sens séparation) de groupe qui t’a rendu : triste / heureux ?

La disparition d’Amanda Woodward, le groupe et non pas l’héroïne « super badass » de la série télévisée Melrose Place. Sa musique, ses paroles, son histoire, « Sans-vie.com »

Et d’ailleurs, une reformation qui t’a rendu : heureux / dubitatif ?

Je ne suis pas très branché reformation. Par contre, je me pose encore des questions à propos de celle du gouvernement en juin dernier…

Un jeu vidéo parfait pour jouer : en split screen avec des potes / online avec des pré-adolescents russes qui t’insultent ?

Sans aucune hésitation Super Mario Kart ! Parfait pour tester, à coup de carapaces, une amitié…

Dans la filmographie de M. Night Shyamalan, tu préfères : Incassable / Split ?… (ndlr les deux se déroulent dans le même univers –  ceci est bien un gros spoil d’enfoiré)

« My name is Daniel Lugo, and I believe in fitness. All this began because it was time to push myself harder, otherwise I was looking at another forty years wearing sweatpants to work » (No Pain No Gain)

Un endroit idéal pour : déguster un banana split / fumer un bon split ? Il est possible de juste répondre “mouai” à celle-ci.

Tu peux fumer un bon Banana Split pour 10 balles au Grand Saint Nicolas, 5 Côte Garenne à Romans-sur-Isère. La Drôme !

Fin de la partie méta-un peu gênante.

Peux-tu nous donner un groupe : à suivre ces prochains mois / à éviter absolument car nocif pour le bien-être des êtres humains mais aussi de la faune et de la flore ?

Les Australiens de GOOD MORNING ! J’ai eu le plaisir de les faire jouer fin septembre à l’Espace B. Ultra cool, un groupe de slacker rock au coeur tendre, insouciant et hypnotique, qui met une petite claque sur les fesses – trop photographiées – de Mac DeMarco.

Effectivement, on y était, et c’était bien cool ! Terminons avec la question tradition du Limo. Si tu étais : une boisson sans alcool / avec alcool ?

Une bouteille de Sanpellegrino bien fraîche et un Gin Tonic maison.

Ok, merci pour : tes réponses / ta patience… 

 

Le split François Virot / PHERN, 39ème sortie d’Atelier Ciseaux, dont les chouettes covers ont été réalisées par Sarah Hååg & Myriam Barchechat, se chope par ici.

 

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