ITW Ulrika Spacek | L’art simple et beau de la « guitar music » à l’anglo-saxonne

On était allé les voir à La Route du Rock l’été dernier, alors qu’ils tournaient avec leur premier album The Album Paranoia. Les anglais d’Ulrika Spacek avaient alors su nous charmer à coups de mélodies aériennes, de guitares entêtantes et de voix qui se perdent dans les méandres de ton âme. Un mix d’influences diverses, aussi bien rétros que modernes, qui nous ont fait rentrer dans leur univers aussi agréablement que l’apparition du soleil estival sur le festival breton à ce moment là.

On vous en parle aujourd’hui car les Ulrika Spacek reviennent la semaine prochaine avec Mimi Pretend, leur second opus qui sortira chez Tough Love Records le 2 Juin. L’occasion parfaite de nous entretenir avec Rhys Edwards (voix, guitare, synthé). On a parlé avec lui composition, shoegaze et renouvellement de la scène musicale, et c’était fort intéressant. On vous laisse donc découvrir tout ça.


 

Vous sortez votre second album le mois prochain, seulement un peu plus d’un an après le premier. Comment est-ce que vous expliquez cette rapidité ? Grosse inspiration, volonté de rester présents…?

Rhys Edwards: Ca s’est vraiment fait dans la continuité de la fin du premier album. On a commencé à bosser dessus pendant l’été 2015, puis plus sporadiquement, par phases, pour finalement le terminer l’été dernier, entre les festivals où on s’est produit. C’était sympa de repartir sur les chapeaux de roue après avoir achevé l’album-début.

Comment est-ce que vous décririez le passage de l’un à l’autre ? Vous avez remarqué une évolution dans votre son ?

Pour nous il y a une différence assez nette entre les deux. On a commencé avec le titre d’ouverture “Mimi Pretend”, et on est parti de là. On a vite décidé qu’on voulait quelque chose d’assez ornemental, avec des guitares décoratives. C’est cette optique qui a en partie influencé le titre de l’album. Même si le processus d’enregistrement s’est fait plus ou moins comme pour le premier disque, on voulait quelque chose d’un peu plus raffiné pour le second. C’était une manière de faire en sorte que les gens puissent tout de suite savoir lesquels de nos morceaux appartiennent à cet album en particulier. Contrairement au premier album, on a utilisé plusieurs micros, ce qui nous a permis de créer un son plus riche.

 

Comment s’est passé la composition ? C’était un travail collaboratif ? Et si oui, est ce que ça a toujours été le cas ?

On fait de la musique comme on ferait du collage, dans le sens où l’on découpe des petites idées qu’on assemble par la suite. Comme pour le premier album, Rhys (Williams, guitare) et moi avons commencé à écrire de notre côté, et on a ensuite modifié les morceaux ensemble. Ca marche bien pour nous de fonctionner comme cela, d’abord en développant, puis en contractant les morceaux que l’on compose. Ca permet de ne pas être trop concentré sur la même chose tout le temps, ainsi qu’une meilleure réflexion sur le son. C’est certain aussi que de pouvoir s’appuyer plus sur le sens musical des autres membres du groupe a enrichi l’album, et on en est très content.

Vous vivez et composez dans une galerie d’art, KEN, reconvertie en studio/maison. Est-ce que ça veut dire que l’art sous toutes ses formes vous inspire dans votre musique ?

Oui, on aime à penser que toutes les facettes du groupes sont pensées par le biais de l’art. Par exemple, faire la jaquette de l’album nous-même assez tôt dans le processus de composition a vraiment eu un impact dans la construction d’une ambiance et d’une direction esthétique. Le tout se connecte parfaitement à la musique. Au même moment on a commencé à collecter des clips vidéos pour les utiliser pendant les lives, de manière à ce que tout soit vraiment lié.

Quelles sont vos plus grandes influences et inspirations musicales ?

On en a beaucoup. On a des goûts assez similaires, ça tombe bien. La plupart du temps, si quelque chose plait à quelqu’un, ça sera aussi le cas pour les autres membres du groupe. On s’inspire de beaucoup d’époques différentes, et on a l’intime conviction que la nôtre se définira comme ça, comme un mélange d’influences de différents moments et courants musicaux, même si ça ne saute pas encore forcément aux yeux aujourd’hui. On est la première génération de musiciens qui a eu accès à internet, avec tous les avantages et inconvénients que ça représente.

Vous avez joué en première partie de Slowdive à Glasgow fin mars. Ca fait quoi de passer avant des pionniers du shoegaze ?

C’était vraiment une super expérience. Avant tout, ça nous a permis d’apprendre à les connaître en tant que personnes. Quand on était ados et qu’on a commencé à écouter du shoegaze, Slowdive a vraiment eu un impact chez les gens de notre âge. Je pense que ça témoigne de la force de leur composition. Pouvoir participer à leur concert comeback était une chance, et ça fait plaisir de voir que le public était au rendez-vous pour les accueillir comme il se doit.

Pour vous, le live et l’interaction avec le public, c’est un moment important ? Vous avez remarqué des différences entre les publics selon les villes/pays ?

Oui, pour nous c’est la façon la plus naturelle d’interagir avec notre public. Internet a complètement changé la manière dont les groupes se connectent avec leurs fans. Peut être qu’aujourd’hui tout le monde commence à en être un peu las ceci dit. On aime assez l’idée d’une sorte de zone grise de mystère entre l’artiste et le public. Il y a beaucoup de groupes qui utilisent internet pour s’afficher en permanence, et même si c’est vrai qu’au vu du fonctionnement actuel des choses ça aide à se créer une identité, ça nous correspond pas trop. On préfère séparer le privé du public. Du coup oui, on aime se produire en live et rencontrer notre audience, et oui, il y a des différences selon les pays et les villes, mais on ne voudrait pas renforcer de vieux stéréotypes, haha.

Comment décririez vous votre son ? On vous range tour à tour dans des catégories comme celles du psyché, du shoegaze, parfois même du garage. Vous vous reconnaissez dans ces étiquettes ?

Je me surprends souvent à décrire notre son comme de la ‘guitar music’, ce qui est totalement vague et pas franchement utile. Je comprends d’où viennent ces étiquettes mais j’ai l’impression qu’aucune ne parvient vraiment à résumer l’intégralité de ce qu’on a envie de faire.

 

Est-ce que vous pensez que ces genres (le psyché et le shoegaze) doivent se renouveler ? Vous avez l’impression qu’une nouvelle scène émerge avec une base de fan pour la soutenir ?

A mes yeux oui, à plusieurs titres, mais pas sûr que les gens en aient déjà conscience à l’heure actuelle. L’avenir sera toujours plus apte à mettre des mots sur ce genre de choses. On a lu récemment que la guitar music était dans une “phase jazz”, au sens où le public de base n’a jamais été aussi restreint, composé d’aficionados qui apprécient leurs savoirs sur le sujet et le fait qu’ils puissent reconnaître les références. Je pense qu’il faut se rappeler que le jeu n’est pas forcément de reconnaître les influences mais plutôt de voir comment ces références (de pleins d’époques et de genres différents) s’inter-connectent. C’est là que se trouve l’art et où on peut voir de l’innovation. Il y a beaucoup de groupes qui copient ce qui a été fait avant eux, pour nous c’est sans grand intérêt. C’est important de reconnaître le fait qu’il existe encore des groupes de guitar music qui apportent quelque chose de nouveau, c’est juste que pour l’instant ça passe encore un peu inaperçu.

Vous allez pas mal tourner cet été, une date en particulier que vous attendez avec impatience ?

On a vraiment hâte de jouer le nouvel album en live. Notamment, on attend avec impatience notre premier trip en Europe de l’Est, où on va jouer au OFF Festival en Pologne. On a aussi l’honneur de se produire au Montreux Jazz Festival. Après ça, on sera en tournée en Europe et au Royaume-Uni pour recommencer à jouer dans des salles obscures.

Des découvertes musicales/des recommandations pour les lecteurs du Limo ?

Syd Kemp, Brooch, JC Flowers, The Psychic Markers et Cavern Of Anti-Matter !

Ok merci, allez, on s’écoute tout ça : 





Et pour finir, la question classique du Limonadier: si tu étais une boisson, tu serais quoi ?

Selon Drinkify, il existe un cocktail appelé ‘The Ulrika Spacek’. Apparemment c’est 12 cl d’Arrack, 12 cl de Lemon Sour, le tout servi dans un verre haut. Je n’ai jamais goûté, ceci dit.

Ok super merci à toi ! Cheers 🙂

 

Pour écouter l’album et acheter le disque, c’est par ici.

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