Interview & Première – Dézaulait

Ecouter quelque chose d’exceptionnel peut réveiller toutes sortes d’instincts – et pas forcément les plus nobles. De nos jours, il est de bon ton de partager tout ce qui nous passe sous les yeux ou par la tête sur les réseaux sociaux. Et si pour une fois on essayait de garder certaines choses pour nous ? Genre au lieu de cliquer sur « Partager », on se les gardait rien que pour nous, ne serait ce que pour quelques jours ?

C’est un peu ce qu’on a ressenti avec Dézaulait, dont le Soundcloud a été un jardin secret dans lequel on s’est rendu lorsqu’on voulait écouter quelque chose de pur et de beau. Quelque chose qui nous redonne foi dans la possibilité de trouver de vrais artistes uniques parmi ce magma de son où tout fini un peu par se ressembler.

Après quelques mois de mûre réflexion, on est finalement prêts à le partager avec vous. Du coup, on a demandé à Dézaulait, alias Stan, de nous laisser diffuser son nouveau morceau en exclusivité sur le Limonadier. Et au passage, de répondre à nos questions.

La voici donc, brillante comme des nénuphars dans un bassin de reflets, et avec un (tout petit) pincement au cœur alors qu’on la rend publique – « Les Nymphéas »:

Salut. Avec ton blaze ‘Dézaulait’ qui maltraite l’orthographe – de quoi est ce que tu cherches à te faire pardonner ? Est ce que c’est une référence aux sonorités plus mélancoliques qu’on peut entendre dans ta musique, comme les basses et les cuivres qui font un peu B.O. de film noir ?

Bonjour. Je n’avais pas vraiment pensé à ça. Le nom m’est simplement venu comme ça. Peut être dans un élan de mélancolie. Si tu écoutes attentivement, tu verras que les sonorités lugubres n’apparaissent pas uniquement sur Cinema Noir mais également dans certains de mes autres morceaux. Peut être que dans mon inconscient j’ai choisi « Dézaulait » pour avoir un nom qui évoque la même pesanteur morose qu’on retrouve dans mes morceaux. Bref, ce nom m’a plu.

Dis nous en un peu plus sur ce morceau, « Les Nymphéas ». Un beat qui te réveille. Un solo de guitare bien efficace. Un nom mystérieux. Une structure qui se construit puis qui s’effrite à nouveau. Un saxo. De quoi s’agit il ?

Tout repose sur un sample. Vinylla Ica, un ami, m’a trouvé ce sample. Je dois avouer que mon apport sur ce morceau est en fait assez réduit. Le nom fait référence à la fameuse série de peintures du même nom de Monet. Ce sont de très beaux tableaux, mais malgré tout pour moi, au fond, ils ont quelque chose de triste. Un peu comme quand tu es ébloui devant quelque chose de si beau que tu es dépassé par un trop-plein d’émotions.

"Matin" Claude Monet, 1914-1918
« Matin » extrait de Les Nymphéas, Claude Monet, 1914-1918

 

Tu as bossé avec une chanteuse qui s’appelle Courtney Beavers qui a une voix sublime. Comment en êtes vous arrivés à travailler ensemble ? Comment vous êtes vous rencontrés ? Comment s’est déroulé l’enregistrement ? Est ce qu’elle chante par dessus un mix finalisé, ou est ce que vous enregistrez simultanément ?

Courtney et moi on s’est rencontré sur Soundcloud. On s’est tout de suite senti relié du point de vue de notre production artistique. Elle vit en Californie du Sud et moi en Belgique. On travaille de manière différente. La plupart du temps je crée quelque chose et par la suite elle chante quelque chose par dessus. Après, je masterise la chanson, les voix et si nécessaire je modifie les instru.

 

 

Les gens qualifient ta musique d’ « élégante » et de « propre » (bon OK parfois ils disent aussi plus simplement que ça « défonce » et que c’est « relax »…). Est ce que tu dirais que cette esthétique sonore est un peu une tendance du moment, comme si la musique « lounge » avait pris en maturité et était devenue cool ?

Les gens utilisent toutes sortes de mots pour décrire ma musique ou pour exprimer ce qu’ils ressentent lorsqu’ils écoutent ce que je fais. Je n’en sais rien si la musique chill est tendance ou pas. Je pense qu’en général, les gens aiment ça parce que c’est agréable à écouter. Ce dont je suis convaincu, c’est que progressivement, les gens recherchent de plus en plus à écouter des trucs inconnus et des artistes locaux.

 
On entend souvent parler de l’idée de « mettre à jour » le jazz. Est ce que ça te parle ?
 

 

J’ai jamais entendu cette expression, mais je vois ce dont tu parles. Dans une certaine mesure, c’est un peu ce que je fais. Mais j’essaie de faire un peu plus que de dépoussiérer des vieux morceaux de jazz. J’utilise des éléments provenant d’autres musiciens parce que je ne joue pas moi même. Mais je n’essaie pas de rénover leur musique, plutôt de m’en servir pour créer la mienne. Les gens pourront reconnaître des samples sur certaines des chansons, mais j’essaie d’éviter que ça arrive.

On a du mal à se remettre de la beauté du passage de piano sur « Courtesy ». Peux tu nous parler un peu de ce morceau ?

C’est un morceau sur la courtoisie que peuvent avoir les gens. Certaines personnes oublient ce que c’est, et je le ressens quotidiennement.

Peux tu aussi nous en dire plus sur « Diamonds and Pearls » ? S’agit il d’un vieil enregistrement de piano ou d’un effet réalisé lors de l’enregistrement ?

Le sample que j’ai trouvé pour « Diamonds and Pearls » est tiré d’un vieux disque d’un trio de jazz. Je me souviens plus du nom. Je suis quelques chaînes Youtube qui uploadent des vinyles plus ou moins récents. Je pense que ça doit venir de là.


Tu utilises un éventail de samples très variés. Tu t’inspires de choses qui viennent de films, de radio, de trucs que tu entends… ou est ce que ça vient surtout de toute la musique que tu écoutes sur le net ?

Je pense que c’est une saine combinaison des deux. Les choses qui m’entourent peuvent m’inspirer beaucoup. Les films et internet sont clairement une source d’inspiration. La plupart de mes amis font de la musique, et on s’échange beaucoup de trucs les uns les autres.

Tu as une piste qui s’appelle « Make Her Smile ». Est ce que tu dirais que c’est la raison principale qui te pousse à faire de la musique ? (attention question piège)

« Make her Smile » porte sur une femme qui compte beaucoup dans ma vie et qui est la raison principale de mon envie de me lancer dans la musique il y a quelques années de cela. Dans ce morceau, j’essaie de lui expliquer mes pensées et ce que je ressens pour elle.

 

Quel équipement est ce que tu utilises ? Est ce que tu es un geek de l’équipement ou est ce que tu te contentes de ce qui marche pour toi ?

Pour faire de la musique, j’utilise n’importe quoi, tant que ça me convient. Ça va des sons enregistrés avec mon téléphone, aux potes qui jouent de la gratte ou un sample de sax, en passant par des morceaux que je pianote moi même sur un mini clavier. Pour être honnête, je m’y connais pas tant que ça en logiciel ou en instruments. J’espère qu’en faisant plus de musique avec d’autres artistes je finirai par en apprendre plus sur les aspects théoriques de la musique.

Toute cette histoire a démarré à Gand, en Belgique où tu vis. La scène musicale là-bas, ça donne quoi ?

Gand a une super scène musicale. Il y a des concerts de jazz, de rock, de hiphop, mais aussi des beats d’avant garde et des DJ sets. Malheureusement je n’ai pas encore joué à Gand, mais j’espère que ça va venir bientôt. En fait, j’ai joué à Paris avant de jouer à Gand ! C’est un peu bizarre comme les choses peuvent se goupiller parfois.

Peux tu nous partager trois morceaux que tu écoutes beaucoup en ce moment ?

Descansado – Armando Trovajoli
 
 
 
Parra for Cuva – Swept away (feat. Anna Naklab & Mr. Gramo)
 
 
 
Moods & SIAM – Organic
 

 

Y a t’il des nouvelles qu’on doit attendre de toi bientôt ? Des concerts ? Des sorties ?

Gardez un œil sur mon Soundcloud et mon Facebook.

Et enfin la question classique du Limonadier… Si tu étais une boisson, que serais tu ?

Je serai clairement un café noir.

 

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(Sans titre) extrait des photos persos de Dézaulait, qu’il a gentiment partagé avec nous.