Juliette Armanet : « Je ne suis pas un personnage »

En avril dernier sortait Petite amie, le tout premier album de la chanteuse Juliette Armanet. L’artiste y dévoilait un hommage à la variété française, teinté d’une certaine dérision, et porté par une voix d’or. Nous vous parlions déjà de cet opus lors de notre précédente chronique que vous pouvez retrouver par ici. A l’occasion du festival Fnac Live sur le parvis de l’Hotel de Ville de Paris le week end dernier, nous avons eu la chance de la rencontrer, quelques heures avant son concert.


La couverture du premier EP « Cavalier Solitaire », où tu apparais en jean, torse nu et sur un fond bleu, rappelle énormément celle de l’album de Serge Gainsbourg – « L’histoire de Melody Nelson » – où Jane Birkin apparaît dans la même tenue et sur le même fond…

Oui c’était voulu, c’était très seventies.

D’ailleurs, on remarque lors de tes interviews une certaine retenue gainsbourienne… Quel est ton morceau préféré ?

Ah bon ? J’ai toujours l’impression d’être un livre ouvert et de raconter complètement ma vie… C’est très difficile de choisir, « Je suis venu te dire que je m’en vais » mais j’aime tout ce qu’il a fait, avec Adjani, Deneuve ou Birkin, c’était un génie.

Sur l’album, on remarque une alternance entre le masculin et le féminin, notamment avec la chanson « Star triste » qui est chanté du point de vue d’un homme. Est-ce que pour toi la musique a un sexe ?

C’est une très bonne question, il y a des musiques, des sonorités plus viriles que d’autres. Je trouve que quelqu’un comme Prince a réussi à tellement brouiller les pistes et les genres musicaux entre le rap, la soul ou le funk. Rares sont ceux qui arrivent à mélanger le masculin, le féminin et les influences. Stevie Wonder peut à la fois être très féminin, il a une sensibilité inouïe, et hyper virile, mais je ne sais pas si la musique à un sexe. D’une certaine manière, je pense que oui car il y a des textures…

Madonna, par exemple fait de la musique assez virile, alors qu’au début de sa carrière, elle faisait de la musique « lolita pop ». Il y a aussi une façon d’évoluer dans sa musique, comme on est dans une génération qui brouille les genres, j’écoutais par exemple ce matin Perfume Genius et justement je trouve ça beau ces voix, comme Chet Baker aussi, qui sont à la frontière des identités. Quand on écoute vraiment Chet Baker on se rend compte qu’il a une voix féminine, très douce, un peu blanche, je trouve que c’est ce qui fait les projets les plus intrigants, quand ce n’est pas cliché dans l’identité sexuelle.

Tu as pensé au travestissement sur scène ?

Je ne mets pas de talons, pas de robes, tout simplement parce que je ne peux pas jouer du piano, d’ailleurs j’aimerais savoir comment fait Lady Gaga. Là je vais rentrer dans une phase où je vais avoir envie de chercher des costumes et je me pose des questions car c’est un moment très décisif dans ce que je vais avoir envie de raconter comme histoire, sur le spectacle, je ne suis pas encore totalement décidée. La notion de travestissement ne me plaît pas trop parce que j’aime bien rester moi-même sur scène, je ne suis pas un personnage.

J’aime bien l’idée que ça reste moi et qu’après le concert je puisse aller boire une bière le soir, mais j’aime aussi qu’il y ait un vrai spectacle. Peut-être que je n’assume pas assez mon corps pour oser des vraies tenues, car j’adore celles de Prince, même Lady Gaga, c’est incroyable et très beau. Je pense que ça viendra avec le temps, mais il faut un sacré mental. Par exemple Bowie qui a choisi de se transformer tellement, j’aurais peur de me perdre dans toutes ces images de soi. Si il y a trop de coupures entre la scène et sa vie, je ne sais pas comment on peut s’y retrouver intérieurement. Dans mon cas, j’essaie de faire du lien au maximum entre ce que je vis sur scène et ce que je vis dans la vie pour que ça reste réel.

Dans le clip « l’Amour en solitaire », avec cette tenue fleurie et japonisante, on pense à la chanteuse suédoise El Perro Del Mar, l’atmosphère onirique de tes chansons se rapprochant des sonorités nordiques. Est-ce qu’elles t’inspirent ? Je crois que tu es fan de Björk ?

Complètement, mais écoute, tant mieux je ne sais pas, j’ai l’impression que ce que je fais est très californien et français, un peu Bee Gees, Supertramp.

Nous sommes pourtant formel ! Il y a une véritable théâtralité, presque baroque, et ton jeu sur les voix rappelle celle de Kate Bush.

J’ai le souvenir d’avoir écouté une chanson de Kate Bush quand j’étais plus jeune, son gros tube, et je disais tout le temps à mes parents : »oh mais j’adore la chanteuse chinoise, on peut mettre la chanteuse chinoise ? » et du coup je trouve que sa voix est presque agaçante et à la fois fascinante. Ce qui est drôle avec elle c’est qu’il y a une dextérité vocale extrêmement puissante, et j’aime cette utilisation presque lyrique de la voix qui consiste à la travailler jusqu’à l’extrême, chercher de la rondeur dans les aigus, c’est assez technique. D’ailleurs parfois je m’en veux car je compose des chansons dures à chanter en concert, et je me dis que je ne me facilite pas la tâche. Ce qui est sûr c’est qu’elle fait sonner la langue, elle ne se soucie pas du sens. En français on est un peu obsédés par le sens, le réel, et le fait d’oser la musicalité du chant, le faire danser, cela fait oublier le réalisme de certaines paroles et je trouve ça agréable.

Comment t’est venue l’idée de cette reprise de « I feel it coming » de The Weeknd ? Tu nous avais habitué à des titres de chanson française.

Justement cela casse l’idée des icônes des années 70, 80. On était avec les copains de Paradis un soir, ils m’ont fait découvrir cette chanson. Et puis on était heureux, on l’a écouté quarante fois et avec Victor (batteur de Paradis et un des membres de Housse de Racket) on s’est dit que ce serait super de faire une cover. Il m’a envoyé une instru le lendemain, et il fallait que j’écrive quelque chose. Au début c’était un peu une boutade et au final les gens ont aimé, donc voilà je l’ai assumé.

Tu as figuré dans un des films de Jean-Pierre Jeunet « Mic Mac à tire larigot » pour le rôle d’une chanteuse dans le métro, comment cela a-t-il eu lieu ?

J’ai passé une audition pour ce rôle car une des mes amies était directrice de casting, j’ai chanté devant le réalisateur une chanson de Jean Gabin qui s’appelait « La môme caoutchouc » et puis il m’a prise. C’était une très belle expérience, mais je ne me reconnais pas du tout dans le film ; on dirait que j’ai 65 ans.

Pour finir, notre question habituelle : quel est ton cocktail préféré ?

En ce moment, je bois un truc hyper bon, une espèce de jus de carottes mélangé à du jus de pommes, je bois ça le matin et c’est délicieux !

Un grand merci Juliette pour cette interview !

Nous vous invitons à découvrir où redécouvrir son opus, véritable petit bijou de variété française, sur sa page officielle Soundcloud.

Retrouvez également Juliette Armanet sur sa page Facebook.

 

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