Interview : Benjamin Francis Leftwich et le sens du rock

Benjamin Francis Leftwich
Benjamin Francis Leftwich by Pip for Dirty Hit Records

On l’a rencontré dans les backstages un peu crados du Point Éphémère, Benjamin Francis Leftwich est un chanteur folk très sympa que vous connaissiez peut-être depuis son premier disque Last Smoke Before the Snowstorm sorti en 2011. Son absence des radars musicaux s’explique, entre autres, par la disparition de son père. Il est de retour fin 2016 avec After the Rain donc on est allé lui poser quelques questions sur son nouveau disque, son processus d’écriture, la vie en tournée et pour savoir si la folk et le rock’n’roll étaient destinés à mourir.


Pour commencer, comment décrirais-tu ta musique en seulement trois adjectifs ?

Honnête, brute et belle.

Cinq ans sont passés depuis ton premier disque, est-ce que After the Rain est un nouveau départ ou plutôt une évolution dans ta musique ?

Je pense que c’est une évolution. En musique, j’ai un peu peur des nouveaux départs. Je sais ce que j’aime, je connais mon histoire, je connais de mieux en mieux ma voix en mûrissant donc je pense qu’une évolution décrit mieux cela qu’un nouveau départ. C’est définitivement un album très honnête et il est plus coloré dans sa dynamique en terme de production et d’écriture, comment les choses s’arrangent entre elles. Je pense surtout que la notion d’honnêteté change quand on grandit. Quand j’avais 19 ou 20 ans, je me disais « voilà, c’est honnête, c’est moi sur la page, j’y arrive bien, bam c’est fait. » mais quand on grandit, on apprend à revoir ses défauts et ce que l’honnêteté veut dire.

Donc, un album plus mature ?

Oui, je pense mais il en serait de même pour n’importe qui dans n’importe quel domaine quand le temps passe, qu’on est investi dans ce qu’on fait et quand on connaît son histoire, ce qui n’est pas le cas de tout le monde.

Quelles sont les influences les plus importantes de ce dernier album ?

Perdre mon père, ça a été quelque chose. Quand ça arrive, ça affecte toute ta vie, la façon d’appréhender l’amour, soi, la musique, le sexe, les amis, tout. Je vois la disparition de mon père comme une route au milieu du désert d’où partent plein de chemins différents, qui pour moi sont des chansons. Toutes les chansons ne sont pas directement à propos de ça mais ma vie entière, le processus d’écriture et d’enregistrement de l’album ont évidemment été modelés et influencés par ça.

Côté musique, j’ai commencé à écouter beaucoup plus de hip hop et de rap, j’écoute que ça en ce moment. Et je pense que dans la façon dont je travaille le phrasé du chant, je travaille le groove et la musicalité de la chanson. Je travaille avec des samples et des boîtes à rythmes aussi.

L’amour de ma sœur a été une grande influence également, je ne fais pas de distinction entre la vie personnelle et ma vie musicale donc ce qui m’affecte personnellement affecte aussi ma musique.

Comment se passe la tournée ?

C’est génial ! Je suis en tournée depuis mars dernier et jusqu’à mars prochain. On a tourné au Royaume-Uni, en Europe puis aux Etats-Unis et au Canada et on revient en Europe pour quelques festivals. J’adore ça, j’adore me produire en live. La scène, c’est où je veux et j’aime être. Je suis très reconnaissant quand les gens viennent me voir après les concerts. C’est ma maison depuis que j’ai la vingtaine, j’y suis dans ma zone de confort.

Quels sont tes souvenirs les plus marquants ?

Simplement rencontrer des gens et découvrir de la musique. J’aime beaucoup le Canada, c’est très beau, j’aime les gens là-bas, la culture, la musique et la nature. Quand on monte sur scène tous les soirs, chaque soirée est différente, tout dépend de l’énergie qui se dégage de la salle et de ce qui se passe avant ou après le concert. Il y en a certains qui sortent du lot pendant cette tournée : Vienne et Madrid, je ne sais pas bien pourquoi mais je n’y avais jamais été avant.

Des artistes comme Bon Iver ou James Vincent McMorrow ont pris le tournant de l’électronique alors que Mumford & Sons ou Bear’s Den ont pris celui de l’électrique, tu penses que la folk des singer-songwriters est en déclin ?

Non, pas du tout. Je pense que c’est quelque chose qui a toujours été là. Quand Mumford & Sons ont percé, ça a lancé un truc mais il y a toujours eu des artistes pour faire de la folk et il y aura toujours quelqu’un pour le faire. Il est plus question de faire de bonnes chansons. J’aime beaucoup le nouvel album de James Vincent McMorrow, je le trouve génial et la production est putain de cool. Mais ce qui est top avec ce disque, c’est que les chansons sont extra. Certaines personnes se désintéressent de la production quand ceci ou cela n’est plus à la mode, c’est vrai dans certaines franges de l’industrie musicale, mais une bonne chanson reste une bonne chanson, acoustique ou pas. J’adore le nouveau Bon Iver, je pense que « 8 Circles » est une excellente chanson.

Tu vas continuer à composer avec ta guitare acoustique ou aller plus vers la production pour tes projets à venir ?

Je pense que la guitare acoustique sera toujours au cœur de mon écriture et aura toujours une place dans mes projets. Beaucoup de ce que j’écoute est très tourné vers la production et cet album est définitivement un pas en avant. Je serai en studio à partir de janvier, j’ai hâte.

Tu écris quand tu es en tournée ?

Un peu. J’ai des idées et je pense beaucoup à ce que je veux raconter. Je bricole des démos mais je n’ai pas vraiment le temps d’écrire, c’est plus facile à dire qu’à faire.

Qu’est-ce que tu écoutes en ce moment ? Qu’est-ce que t’as découvert récemment ?

Il y a Travis Is A Tourist en tournée avec moi, il est top. Avant il y avait Steve Jacobson puis George Cosby. J’écoute principalement Vince Staples et je le trouve incroyable. J’aime beaucoup le compositeur Yann Tiersen, il est français non ? J’écoute son dernier album avant de dormir, je l’adore. Et j’adore Patrick Wolf aussi même si il n’a pas fait grand chose récemment. Son album Wind In the Wires est superbe. Beaucoup de choses, un bon mélange.



C’est toi qui décides qui fait ta première partie ?

Oui, à chaque fois. C’est très important pour moi de choisir comment on fait un concert ou pas. C’est une vraie chance de partager sa musique avec plein de gens et Travis est vraiment un mec super. J’insiste pour choisir mes premières parties.

Et si tu pouvais choisir n’importe qui, tu prendrais qui ?

J’aime beaucoup une chanteuse londonienne qui s’appelle Laurel. On discute de faire des concerts ensemble, ce serait vraiment génial parce qu’elle a un putain de talent.

Est-ce que tu penses que le rock’n’roll est mort ?

Non ! Je pense que le terme a été trop fantasmé et pensé comme des choses qu’on n’a pas véritablement vécues. Faire des tournées en avions et en bus, rencontrer plein de gens, prendre de la drogue tout le temps, ça fait partie de la vie en tournée. Mais si tu choisis ça, tu le fais complètement. Si ça booste ta créativité, fonce mais sinon ne le fais pas. Certains groupes ont essayé d’être rock mais c’est juste pourri et ils finissent par annuler des concerts et laisser tomber les gens. On passe de supers moments en tournée et puis des moins cools aussi, c’est ça le rock’n’roll. Ce n’est pas quelque chose dans laquelle on entre et on sort, c’est plus un style de vie, un mode de pensée.

Et pour finir, la question du Limo : si tu étais une boisson, tu serais quoi ?

De l’Amaretto et du Coca. Très sucré mais si tu ne fais pas attention, tu vas être bourré hyper vite et ça te fout en l’air.


Merci à Benjamin d’avoir répondu à nos questions, à Victoria de nous avoir mis en contact et au Point Ephémère de nous avoir accueillis. Gardez l’œil et l’oreille ouverts pour ne pas manquer d’avoir des nouvelles de Benjamin Francis Leftwich.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here