Interview | Benjamin Booker ne veut pas être qu’un simple témoin

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© Neil Krug

Beaucoup de blues, un soupçon de punk et des guitares en cascade, c’est tout ce qu’on aime dans la frange rock du Limo. C’est également ce sur quoi repose la musique de Benjamin Booker qui est de retour avec Witness, un deuxième album très réussi qui rugit et qui ronronne aussi. On y retrouve sa voix rocailleuse, ses riffs racés et ses textes plein de soul pour notre plus grand plaisir. On a eu l’occasion de le rencontrer et d’en apprendre un peu plus sur la manière dont il a façonné ce nouvel opus.

Nous avons découvert ta musique en se prenant une belle claque à Solidays il y a deux ans… 

C’était un festival assez difficile pour nous. Ce n’était pas notre meilleure prestation. Nous jouions dans trois festivals ce weekend-là, en seulement deux jours, dans trois pays différents et Solidays était le dernier de la série. En arrivant, nous étions déjà fatigués, mais nous aurons plus d’énergie la prochaine fois ! Oui, nous étions vraiment crevés, je m’en souviens.

Tu es arrivé sur scène avec un t-shirt Patti Smith et ta clope au bec, tu as attrapé ta guitare et tu nous as bluffés…

J’adore Patti Smith, j’ai lu son premier livre, Just Kids, qui est probablement un de mes livres préférés de tous les temps. Je l’ai lu quand j’ai commencé la musique et elle raconte qu’elle a passé des moments difficiles en s’installant à New-York. Ça fait du bien en tant que musicien de voir que ce n’est compliqué pour tout le monde au début mais que ça peut s’améliorer.

Tu as renouvelé la grande famille du rock avec ton premier album intitulé Benjamin Booker, quelles étaient tes principales influences et ont-elles changé pour ton nouvel album Witness ?

La dernière fois, j’utilisais des références anciennes de quand j’étais plus jeune, quand j’étais adolescent peut-être, ce genre de musique. Il y a un groupe américain qui s’appelle This Bike Is A Pipe Bomb qui a été une immense influence. Ils viennent de Floride, où j’ai grandi. Ils mélangeaient le folk et le punk et c’était une référence majeure du premier album. Mais cette fois, pour Witness, j’écoutais des trucs vraiment différents, beaucoup de choses des seventies, de l’afro-funk, en particulier de la musique nigériane. J’écoutais aussi l’album de Sly and the Family Stone intitulé Fresh qui est sorti en 73 qui m’a beaucoup influencé aussi. Le nouvel album est beaucoup plus cotonneux mais si on écoute bien les percussions, il est secrètement funky.



Tu t’inspires d’autres références comme la littérature ou le cinéma ?

Tout à fait ! Ce qui a déclenché le projet du nouvel album, c’est la lecture du livre de Don DeLillo, White Noise (Bruits de fond), qui a eu une très grande influence. Et il y a eu aussi l’essai de Jean-Paul Sartre, La Nausée, tout ça a changé ma façon de percevoir le monde.

On sent dans ta musique une certaine tension. Est-ce que tu es un homme en colère, Benjamin ?

(Rires) Non ! La dernière fois, quand je préparais le premier album, je pense que j’étais en colère et beaucoup plus confus. En prenant de l’âge et en apprenant plus de choses sur tout un tas de sujets en général, je me sens bien plus en paix, plus détendu. Avant, j’habitais à la Nouvelle Orléans mais j’ai déménagé en Californie et ma vie est très différente maintenant, même si je ne sors pas beaucoup.

En parlant de la Nouvelle Orléans, c’est devenu le berceau d’une nouvelle génération de musiciens. Tu penses que ça joue un rôle dans ta musique ?

Je pense que ça a beaucoup joué dans le premier album. Quand tu vis là-bas, c’est tout autour de toi : de la musique partout, tout le temps. Il y a une station de radio qui s’appelle WWOZ qui passe beaucoup de musique locale des années 1950 à maintenant. Mais sur le nouvel album, je pense que ce rôle s’est probablement atténué. J’ai écrit tous les titres à Mexico donc elles ont une vibe différente.

Il semble que la politique tient une place importante sur ce nouveau disque…

Hm, honnêtement, j’ai l’impression que la presse s’en est servi à des fins marketing d’une certaine manière. Je ne pense pas que ce disque soit une prise de position politique ou personnelle et ça m’énerve un peu, je dois dire. Je m’intéresse surtout aux individus, à leur manière de vivre et de surmonter les épreuves. Je ne pense pas du tout à la politique en écrivant mes chansons.

Est-ce que tu aimerais parfois que ton ampli puisse monter jusqu’au volume 11 voire plus ?

En fait, Witness a été enregistré sur plein de petits amplis et s’appuie plus sur la nuance que sur le volume. Parfois quand on débute, on compense le fait d’être nouveau avec du gros son. Cette fois-ci, je me suis intéressé à ce que je pouvais faire avec un son plus concentré, plus précis. On fait moins de bruit qu’avant mais on se concentre plus sur le son, la tonalité et la nuance.

D’ailleurs, il y a de superbes choeurs sur certains titres…

Oui, on a fait appel à de très bons chanteurs, j’ai toujours voulu avoir des choristes sur mon album. Ils rendent tout ce qu’ils touchent bien meilleur.

C’est l’heure maintenant de la question du Limo : si tu étais une boisson, tu serais quoi ?

Je serai du whisky et du Lagavulin en particulier, qui est mon préféré. Je le bois avec juste un glaçon, c’est un whisky très fumé. Je l’ai découvert quand on a joué au festival de jazz de Montreux en Suisse. C’est ce que je commande toujours au restaurant maintenant. En Suisse, il le surnomme le « bear hug », l’accolade de l’ours.

Cheers !

Le jeune bluesman apaisé viendra présenter son nouvel album, Witness, à la Maroquinerie le 10 novembre. On vous conseille de garder un oeil attentif sur Benjamin Booker et de ne pas manquer cette occasion de l’entendre en live. Du coup, comme on est sympa, on vous fait gagner des places juste ici.

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