Une Gueule De Bois Dont Vous Êtes Le Héros

Samedi soir. Ou dimanche matin, tu ne sais plus trop. En tout cas, c’est la nuit. La rue dans laquelle tu te trouves est déserte, la lumière jaunâtre des réverbères forme un halo tremblant autour des bulbes poussiéreux. L’air est calme, immobile. Le ciel est clair. Si tu ne voyais pas si flou, tu verrais peut-être même des étoiles.

Sauf que là, tout de suite, pas le temps pour chercher la Grande Ourse, Sirius ou leurs copines. Non, là tout de suite, tu dois gerber.
Plusieurs options s’offrent à toi :

1) Tu cours jusqu’à la poubelle la plus proche :

ou

 

2) Tu n’as pas le temps ni l’énergie de courir et tu dégobilles tes 7 mojitos (et ta dignité) agenouillé entre deux voitures :

Chancelant, tu te redresses. Ces mojitos qui passaient si bien à l’aller sont beaucoup moins sympa dans le sens inverse. Tu t’essuies la bouche avec ta manche, parce que soyons réalistes, dégueulasse pour dégueulasse, pourquoi s’emmerder à chercher un mouchoir. Tu t’adosses à la façade d’un immeuble, plissant les yeux pour lire le nom de cette rue paumée. Après une longue minute de concentration intense, tu obtiens une image (à peu près) nette et là, bonne nouvelle, miracle : tu ne sais pas trop comment, mais tu es en fait juste devant ta porte d’entrée. Là aussi, tu as plusieurs choix :

3) Tu as de la chance, ta porte s’ouvre avec un badge :

ou

 

4) Tu n’as pas de chance et il faut maintenant te souvenir du code de cette foutue porte :

Le battant s’ouvre avec un léger grincement, ambiance Chambre des Secrets. Tu pénètres dans le hall de l’immeuble, rempli d’une joie sans borne à l’idée de retrouver ton lit tout bientôt.

5) Si tu as la chance de vivre dans un immeuble récent doté d’un ascenseur (ou d’habiter au rez-de-chaussée), va au n°7

 

6) Si tu vis dans une vieille bâtisse dont le charme ancien t’avait séduit à la visite et qui possède un escalier interminable :

On est sympa, on t’épargne la description de la lutte que représente l’introduction de la clé dans la serrure : tu as fini par entrer chez toi, c’est l’essentiel. Lentement, comme la loque imbibée d’alcool que tu es, tu te traînes jusqu’à ton lit et t’écroules face la première contre l’oreiller. Mauvaise idée, la chute brutale sur le matelas amène avec elle une nouvelle vague de nausée…

Accroche-toi moussaillon, la traversée de la nuit (ou ce qu’il en reste) sera longue. A toi d’en choisir la suite :

7) Tu plonges instantanément dans un coma éthylique après avoir tant galéré pour rentrer :

8) Tu es contraint de ramper jusqu’à la salle de bain/les toilettes/la corbeille à papier pour vomir encore un petit coup :

Ta bouche est sèche, un truc aride et franchement monstrueux, entre relents d’alcool, vague arôme des pâtes carbo d’avant soirée et odeur de tabac froid. L’antichambre puante de l’Enfer quoi. Objectif : se laver les dents. Soulager ton foie meurtri et boire de l’eau. Se sortir la tête du cul. Pas forcément dans cet ordre. Tu roules sur le côté et commets alors une erreur de débutant : tu bats des paupières. Et là, c’est le drame. Tu n’es pas trop certain de ce que ton corps essaie de faire, entre mouvement brusque pour te couvrir les yeux, tentative de te jeter sur les rideaux pour chasser la clarté haïe et gémissement de révolte guttural. Le résultat c’est que tu souffres. Non seulement parce que ton cerveau proteste face à cet afflux de lumière (à vue de nez il est au moins 14H) mais en plus tu t’es joliment ramassé sur le sol. Comme une merde. Ça t’apprendra à faire des gestes brusques alors que tu as encore 3 grammes d’alcool dans le sang.

9) Si tu abandonnes à cet instant et que tu décides de finir ta vie là, sur le sol de ta chambre :

C’est ici que s’achève ton aventure. Dommage, on avait plein d’autres sons cool pour t’aider à te remettre. Fallait pas renoncer.

Autres options :

10) Tu te relèves vaillamment et tu vas prendre une douche BIEN FROIDE :

OKAY, ÇA Y EST T’ES RÉVEILLÉ. OUI, TU PENSES EN MAJUSCULES PARCE QUE PUTAIN ELLE ÉTAIT FROIDE CETTE DOUCHE. MAINTENANT, CAFÉ.

ou

 

11) Tu es une meuf healthy qui a plein de followers sur Instagram et qui préfère boire une bonne tasse de thé #BBDétox :

 

ou

 

12) T’es un mec trop stylé qui prend soin de son corps trop stylé, un petit thé glacé et hop tu gardes ton swag, stylé !

Pendant que tu sirotes ton breuvage aromatisé Doliprane 1000 et saupoudré de Citrate de Bétaïne, ton cerveau fatigué réalise deux choses. Tout d’abord, il se dit que tu te fais trop vieux pour ces conneries. Ensuite il se rend compte que tu es à poil dans ta cuisine, tasse à la main, face à la fenêtre, encore tout ruisselant de la douche.
Mais on va dire que tu t’en fous, le voisin tu voulais te le faire de toute façon, tu savais juste pas comment l’aborder. Maintenant au moins il sait que tu existes (clin d’oeil appuyé). Pas sûr qu’aujourd’hui tu sois à ton avantage ceci dit, alors il ne te reste plus qu’a croiser les doigts. Tant que tu es dans la cuisine, ton estomac se manifeste par un grondement sépulcral. Ça fait même trembler le liquide dans ta tasse dis donc. Maintenant que tu y penses, c’est vrai que tu as rendu ton dîner et ta moitié de la planche de charcut’ de l’apéro avec tes mojitos tout à l’heure.

13) Si tu te lances dans une orgie réparatrice pour éponger ce qu’il reste d’alcool dans ton tube digestif malmené :


(Force pas trop quand même, cf. le clip)

14) Si tu renifles suspicieusement un morceau de brioche avant de te tourner vers le lavabo pour un troisième vomi :


(on espère que le voisin/la voisine est parti(e), sinon c’est mort pour le rencard aux chandelles)

Nourri ou pas, il reste toujours le marteau-piqueur dans ta tête, la lourdeur de tes membres et surtout la fleeeeeemme. Du coup, ni une ni deux, tu remplis une nouvelle fois ta tasse et hop, tu files jusqu’au canap’. Mode larve abjecte et inutile enclenché !
Tu serais presque bien, si tu n’étais pas si mal. En jetant un œil autour de toi, tu remarques ta veste abandonnée sur le sol hier soi… ce matin. Avec un peu de chance, ton téléphone est quelque part dans une poche. Comme toute bonne feignasse qui se respecte, tu ne te lèves pas, non, à la place, tu te contorsionnes des orteils pour saisir la veste et l’amener jusqu’à toi.

15) Si tu es un petit génie qui a pensé à mettre son téléphone en sécurité dans une poche qui ferme, va au n° 17

 

16) Si tu as à peu près autant de chance dans la vie que les deux cambrioleurs de Maman j’ai raté l’avion et que ton téléphone à 600 boules est porté disparu :

Il ne te reste plus que tes yeux (rouges et bouffis) pour pleurer. Tu ne peux même pas appeler Orange pour suspendre ta ligne parce qu’on est en 2016 et que plus personne n’a de ligne fixe. L’aventure s’achève ici pour toi. Retourne te coucher, ça vaut mieux.

17) T’es un génie, t’as ton portable :

Tu surfes donc tranquillou sur les réseaux sociaux, en essayant d’ignorer le sentiment de honte qui t’envahit à chaque nouvelle photo dramatique de la soirée d’hier. C’est drôle, tu ne te souviens de RIEN. Ni des shots enflammés sur le bar, ni d’être monté sur ledit bar pour twerker après les shots (tu supposes que le twerk a eu lieu après le mètre de shots mais soyons réalistes : rien n’est moins sûr). On dirait que tu as changé de t-shirt à un moment de la soirée, mais pourquoi ? Après étude d’une autre dizaine de photos, il semblerait que tu te sois changé parce que tu étais trempé. MAIS POURQUOI ? Et à qui appartient ce t-shirt ? Le mystère s’épaissit. Gogo-gadgeto-potos : Envoi d’un message à tous tes contacts pour savoir qui au juste a glissé du LSD dans ton verre hier et avoir, si possible, un compte-rendu moins imbibé de la soirée. La bonne nouvelle c’est qu’on est en mesure de t’aider à reconstituer le puzzle de ta nuit (à peu près). La mauvaise nouvelle c’est que tu viens de découvrir le sens de l’expression “ignorance is bliss”.

18) Si tous tes potes étaient trop chéper pour faire office de CSA et censurer ton imagination débordante :


Finalement le coït au milieu de la piste de danse c’était peut-être pas la meilleure idée que t’aies eu.

19) Si tu as eu le temps de mettre en oeuvre un certain nombre de conneries, mais que t’as quand-même eu la présence d’esprit de te tirer avant de commettre le pire :

Ça papote, ça papote, les potos se foutent gentiment de ta gueule. Si seulement tu pouvais leur mettre la hchouma avec tes propres anecdotes d’hier soir. Sauf que non, Alzheimer, fais-toi une raison. Ah les copains, c’est chouette tout de même. Vous vous amusez si bien ensemble, attablés au soleil avec quelques verres… Tiens-tiens. Il est déjà 18h, ton estomac gargouille, ta gorge est un peu sèche… Il fait encore jour dehors et la brise semble si douce. En plus en fin d’aprèm’ le dimanche, il n’y a rien à la télé (à part Michel Drucker mais là, bon, si tu considères Vivement Dimanche comme une option acceptable c’est qu’il est temps de mettre fin à l’aventure).

BONUS : Si tu es un bobo Parisien trop intelligent pour t’abaisser à posséder une télé mais que tu n’arrives plus à te souvenir de ton mot de passe Netflix. Tu files directement au dernier paragraphe de l’aventure (fin alternative).

DONC, pour résumer : ennui mortel toute la journée, mal (enfin) légèrement refluant, amour démesuré pour tes copains qui te manquent soudain fort beaucoup. La tentation est forte de mettre le nez dehors, planqué sous d’immenses lunettes de soleil pour dissimuler ta face de spectre, et d’aller descendre une petite binch (ou deux) accompagnées d’un petit goûter “plateau de fromages à partager”, pépouze au soleil avec les coupains. Sauf que oui mais non parce que n’oublie pas : l’alcool absorbé hier, il était pas gratuit. Si tu n’avais pas ignoré la dizaine de tickets de carte bleue qui est tombée de tes poches quand tu cherchais ton téléphone, tu ne te serais pas laissé surprendre.

20) Si tu réalises qu’entre sortir maintenant et pouvoir manger demain, il n’y a qu’une seule solution raisonnable : dirige-toi, toi aussi, vers la dernière partie de cette aventure (fin alternative)

 

21) Si tu décides de faire péter ton découvert et de dire bonjour à des agios astronomiques en allant boire un verre malgré la faillite (#jesuisenterrasse yakoi) :

Tu es une espèce rare. Kamikaze ou courageux, on ne sait pas trop, mais tu as réussi l’exploit de mettre un pied dehors un dimanche de gueule de bois. FÉLICITATIONS, TU RESSORS VICTORIEUX DE CETTE ÉPREUVE !!! C’est cadeau, rien que pour toi champion : tu peux recommencer l’aventure du début !

FIN ALTERNATIVE POUR LE LOOSER QUE TU ES

Ta vie c’est de la merde. Tu réunis officiellement les quatre F : Faim, Flemme, Fatigue, Froid (t’es toujours à poil sur le canap’ on te rappelle). On est au début du mois et t’as déjà dilapidé ton salaire en cocktails. Demain c’est lundi, il faudra aller travailler, ou chercher du travail, dans tous les cas, quelle horreur. Tu es coincé chez toi, privé de potes, de séries, de fun. Tes voisins du dessus sont rentrés de leur expédition dominicale au château de Versailles avec leurs deux mômes. Ça galope bruyamment au-dessus de ta tête et à en juger par les cris perçants, ça joue aux cowboys et aux Indiens. Ça te donne envie de leur faire voir The Revenant, tiens, et de proposer une reconstitution de la bataille du début, histoire de bien leur faire comprendre la teneur des relations colons/indigènes à ces petits cons. Tu pues le seum (tu pues tout court en fait, il faudrait reprendre une douche), ta tête te fait de nouveau souffrir, tu n’as plus de Doliprane, la pharmacie de garde est même pas dans ton arrondissement… BREF, tu as touché le fond, comme la grosse épave bien pleine d’alcool que tu es, indéniablement. Il est temps d’en finir. De mettre fin à tes souffrances. On te laisse choisir :

22) Tu hésites un peu quand même avant de passer à l’acte :

ou

 

23) Tu n’hésites pas :

Quoi qu’il en soit, c’est ici que s’achève la grande aventure de la gueule de bois. Tu es un peu ému, il faut dire que cette journée a été riche en sensations (et en remontées gastriques). Il est enfin temps de retourner comater quelques heures avant d’affronter ton ennemi juré : le lundi. Force et honneur soldat, on recommence le week-end prochain.

Cheers 😉