Le gentil guide des disques “tendrichoux” #2 – Automne 2017

Un cas typique de vandalisme au XXIè siècle

L’arrivée de l’hiver ayant déjà dû faire de vous des êtres humains beaucoup trop pâles et sensibles, allons dans le sens des poils synthétiques de la fourrure sur votre doudoune fabriquée par des enfants, et plongeons ensemble dans ce gentil guide des disques tendrichoux sortis cet automne. Des albums qui nous ont touchés, calinés, calmés mais aussi il faut le dire, un peu secoués, par leur tendresse parfois mouvementée. Car il faut toujours se méfier de l’eau qui dort, et comme le dit l’adage : « la musique calme c’est pas que pour s’endormir en cuillère derrière des êtres humains (ou des gros coussins) ».



Au programme de ce guide : de la synthé musique bonne et touchante, de la folk minimaliste pour feux de camps, de la folk pop baroque pour feux de banquiers, du post rock pas rock mais très doux, de la country pop pour poney urbain, et de l’ambient scandale pour sieste de vandale. En vous souhaitant un excellent scroll !

Marc Melia – Music For Prophet

C’est qui ?

Ben c’est écrit : Marc Melia. Un artiste originaire de Majorque, exilé à Bruxelles, tombé amoureux il n’y a pas si longtemps des sonorités synthétiques. Et on peut dire qu’elles lui vont très, très bien. Il a sorti au mois de novembre un premier album sur Les Disques du Festival Permanent, le label de Gaspard Claus, et plus précisément dans une sous-section de celui-ci, curatée par le fameux Flavien Berger (qui dit être tombé sous le charme de Marc Mélia au hasard d’un concert). Un disque qui compile des morceaux composés ces dernières années, tous joués sur un unique synthétiseur, le Prophet (d’où le titre du disque…).

C’est pour qui ?

A première vue : pour tous les fétichistes du synthétiseur. Mais pas que, car ces morceaux à la beauté très accessible voient bien plus loin que leur supposée niche rétro futuriste.

Pourquoi c’est kiki ?

Parce que quand beauté rime avec simplicité, ça fait une expression poussive, déjà, mais surtout de très belles choses. Et dès les premières notes de “Yurimon” on se sent tout de suite à notre aise, fin prêts pour le voyage musical qu’on attendait depuis le début de cette année. Franchement, des albums qui s’écoutent aussi agréablement, avec l’évidence du plaisir de la première écoute, c’est quand même assez rare. D’autant plus quand ils sont aussi minimalistes. Un synthétiseur analogique aux belles textures sonores. Un vocodeur bien utilisé, qui évite l’écueil du “coucou je suis un robot !”. Des mélodies qui se suffisent à elles-mêmes, qui tombent là où il faut. Et notamment dans la zone de notre cerveau qui active les pensées lumineuses et confortables, nappées d’un doux voile de souvenirs. Et de références bien sûr. Mais c’est bien l’instant présent que ce disque fait résonner admirablement, ce qui nous donne envie d’écrire en majuscule : VIVE LA MUSIQUE DOUCE ET INSPIRÉE JOUÉE AVEC AMOUR BORDEL !

Le plus tendre moment : “Fata fou”
Sorti sur Les Disques du Festival Permanent le 10 novembre 2017.

 

David Allred – In A Town You Wouldn’t Know

C’est qui ?

David Allred est un chanteur et compositeur de folk originaire de l’Oregon. On l’a découvert cette année grâce à sa collaboration avec Peter Broderick pour le beau projet de folk expérimentale Allred & Broderic. Puis on a écouté son précédent disque Woods, qui nous a déjà fait passer de très beaux moments au coin du feu, le beaume au coeur. Il est revenu en solo cet automne avec un nouvel album, In A Town You Wouldn’t Know. 

C’est pour qui ?

Pour tous ceux qui aiment les jolies chansons au charme authentique, qui donnent envie de chanter pour ceux, qui sont loin de chez eux (désolé).

Pourquoi c’est kiki ?

Parce que le genre de la folk n’est ici pas vraiment perturbé, mais tellement joliment travaillé… Avec bien sûr une touche contemporaine. Piano, guitares, field recording, et des petits accompagnements suffisent à un disque qui commence de façon très limpide et mélancolique, puis se permet quelques amertumes harmoniques, pour revenir toujours plus près d’ambiances qui donnent envie de récolter du bois en compagnie de son âme sœur, sous un ciel étoilé, tout en sifflotant la plus belle mélodie que l’on connait. Et la suite, même si on la connait peut être aussi, on laisse David nous la raconter.

Le plus tendre moment : “Rain drop”
Sorti le 23 septembre 2017.

 

Odessey & Oracle – Spéculation

C’est qui ?

Trois jeunes gens originaires de Lyon, jouant une musique d’inspiration plus toute jeune (la folk, la pop psychédélique) entre douceur acoustique, complexité harmonique et envolées synthétiques. Ils avaient sorti un premier très bel album en 2015, portant en son sein un imaginaire riche et coloré (comme leurs pochettes, bravo). On s’était d’ailleurs très bien entendu avec ces toutes ces jolies mélopées en cavale. La preuve. Après deux années entre labeur créatif et amertume politique, ils sont revenus cet automne avec un nouveau disque, intitulé Spéculation

C’est pour qui ?

Déja pour ceux qui aiment la musique complexe et profonde, les structures alambiquées mais agréables, la chaleur sonore qui demande un peu d’effort. Oui, comme une activité physique… le plaisir de la mélodie faisant son chemin de la plus fine des façons, pour devenir une dopamine indispensable. Egalement pour ceux qui aiment le mélange des genres, les morceaux surprenants, qui déjouent les attentes. Et qui aimeraient que la musique dise plus de choses sur notre époque. Car une douce et lumineuse révolte plane tout au long de cet album. 

Pourquoi c’est kiki ?

Alors on est un peu embêté dans le sens où le terme “kiki” n’est pas vraiment idéal (haha) pour désigner une musique entre imagerie moyenâgeuse, revendication métaphorique, et spéculation optimiste. Mais en même temps, pourquoi la musique engagée ne pourrait pas être tendre ? Et pourquoi critiquer farouchement l’élite serait interdit dans la musique de bon goût, tissée avec soin ? La démarche en tout cas, nous plait. Mais tendridoux public nous sommes, c’est bien la beauté de ces chansons malicieuses, la construction savante de petites histoires qui partent dans tous les sens, les belles voix intemporelles, et le fait d’avoir envie d’y revenir, qui nous fait à nouveau craquer. On leur dit bravo !

Le plus tendre moment  : “L’horizon Tombe”
Sorti le 10 novembre 2017 sur Les Disques Bongo Joe.

 

Balmorhea – Clear Language

C’est qui ?

Balmorhea est un groupe de “rock qui prend son temps” (pour ne pas dire post rock) originaire du Texas, et qui balade ses ballades (on est bon, on sait) instrumentales depuis une quinzaine d’année. Ils ont sorti ce nouvel album le deuxième jour de l’automne, et tel une gentille créature totem dans un manga japonais, il nous accompagne depuis, perché sur nos oreilles. 

C’est pour qui ?

Pour les puristes des bonnes choses (le premier degré sincère, l’iode, les grands espaces, la mélancolie qui fait du bien, les orages contemplés de loin). 

Pourquoi c’est kiki ?

Parce que toutes ces guitares, claviers et cordes célestes qui s’entrecroisent au dessus de plaines électroniques… c’est tellement réconfortant. Une douce oeuvre qui donne dans la moelleuse mélodie. Vous savez, celle qui se marie si bien avec quelques coups d’oeil jetés vers le ciel par dessus le manche d’une guitare, pour retomber à chaque fois vers l’horizon rougeoyant bordant une mer sombre qui vient de se calmer. Car ici, point de déflagration inhérente au genre (un peu éculé) du post rock. Même si on peut l’entendre par touches lointaines, la fureur appartient bien au passé depuis longtemps. Et parce que des albums de cet acabit, qui flirte avec la musique cinématographique sans se vautrer dans la facilité pompière, sont assez rares pour être célébrés. 

Le plus tendre moment :  “First light”
Sorti le 22 septembre 2017 sur Western Vinyl.

Honey Harper – UNIVERSAL COUNTRY

C’est qui ?

Un autre projet du Canadien William Fussell, qui nous avait déjà tendrichement touché cette année avec sa pop classieuse confectionnée sous son alias PROMISE KEEPER, revient ici complètement transformé. Car en tant qu’Honey Harper, il joue cette fois-ci une sorte de country au ralenti, en marche sur le chemin de la pop song parfaite. 

C’est pour qui ?

Pour tous ceux qui n’ont pas peur d’aimer les choses un peu hors des modes, hors du monde. Mais tout a fait à leur aise dans le cadre. Toujours cinématographique, le cadre, bien évidemment. 

Pourquoi c’est kiki ?

Parce que si vous y êtes sensible, ces quatre ballades vous feront fondre comme des petites saucisses sur un barbecue, partagées au bord d’une route avec des amis proches avant une longue séparation. En tout cas, on s’est agréablement laissé bercer par ces guitares lumineuses qui sentent bon l’Amérique, aussi claires que le soleil qui se reflète sur la carrosserie des voitures garées sur le bas côté de cette même route, qui bientôt partiront dans des sens opposés. Un EP fragile, arty, maniéré et plein de charme. Comme une balade au crépuscule en poney nain dans les rues d’une trop grande ville, dans un docu-fiction tourné par le cousin de la petite fille de David Lynch. Bientôt dans les festivals donc. 

Le plus tendre moment : « Pharaoh »
Sorti le 10 novembre 2017 sur Arbutus Records.

Musique Ambiante Francaise vol 1.

C’est quoi ?

Une compilation contemporaine de Musique Ambient Française, sortie sur Tigersushi,  le label  de Joakim, artisan de musique transgenre (électroniquement parlant) que l’on ne présente plus. Curatée par ses soins, cette grande sélection réunie une joyeuse crème d’artistes de la scène underground, qui ont tous pour point hexagonal commun d’aimer l’ambient, et faire joujou rêveusement avec des machines analogiques. 

C’est pour qui ?

Déjà pour ceux qui souhaiteraient profiter d’une séance de méditation de bon goût, en nourrissant leur mental avec des images chaotiques et douces à la fois. Ensuite pour ceux qui n’ont pas toujours besoin de beats pour faire battre leur cœur. Et pour la postérité, aussi, car cette initiative fera date. 

Pourquoi c’est kiki ?

Parce qu’on y célèbre d’une très belle façon ce genre qu’est l’ambient, qui influence tellement d’artistes aux univers différents, jusqu’aux nuageuses productions du rap actuel… mais qui reste toujours très discret.  

Mais aussi parce que cette musique, qui amène à une écoute à la fois savante et émotionnelle, est passionnante. Comme tout beau voyage, les morceaux de ce disque alternent entre moments en apesanteur et ambiances plus inquiétantes, loin des clichés de la musique de “chill out”. Dont les plus belles preuves ici sont pour nous : la sincérité stellaire de Mondkopf, l’exotisme malin de Romain Turzi, le drone narratif de Joakim, l’élévation texturée de Glass, le ciel troublé de Dagerlöff, les souvenirs désaxés de Principles of Geometry, le fétichisme grandiloquent d’Egyptology, le piano perdu d’I Cube… 

Et pour finir, parce que TOUS les morceaux sont exceptionnellement chouettes, entre le terriblement doux, et le doucement terrible. 

Le plus tendre moment : Mondkopf« The Call »
Sorti le 1er décembre 2017 sur Tigersushi.

Merci d’avoir suivi jusqu’au bout, et sachez que si c’est le cas, vous faites partie des meilleurs. Voilà, c’est dit. D’ailleurs si vous avez des idées de tendridisques qui pourraient nous plaire, n’hésitez pas à nous les partager. Bisous et à bientôt.

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