Francky Vincent @ Réservoir : notre incroyable expérience

Vous connaissez peut-être la salle parisienne « le Réservoir » pour ses showcases qui ont accueilli Radiohead ou encore Ben Harper par le passé, vous ne la connaissez peut-être pas telle que nous allons vous la présenter aujourd’hui. Car le réservoir fut ce mardi 7 juin l’écrin d’une soirée pas comme les autres : Le Showcase de Francky Vincent. Nous y étions. Et nous avons saisi la quintessence de ce moment, rien que pour vous.

Sur le papier, nous étions partagé entre le premier, le second et le troisième degré de l’appréciation de l’événement. Fallait-il y aller avec un regard critique classique et condescendant ? Y aller ivre et à moitié nu ? Vous l’aurez deviné, vos humbles serviteurs ne se sont pas posé longtemps la question. La seule façon d’apprécier l’événement était en effet d’abandonner toute envie d’appréciation esthétique au profit d’une chute libre dans les fruits de la passion.

 

Francky Vincent, c’est le vivre ensemble

 

Dès la queue pour entrer (oui, les gens font la queue pour voir Francky Vincent, d’aucuns disent qu’il l’aurait même gratifiée d’un « pas trop dure cette longue queue ? ») nous sommes agréablement surpris par l’éclectisme et l’enthousiasme du public. Du métaleux tatoué au hipster à moustache, en passant par des jeunes diplômés de HEC, et les cougars antillaises évidemment, l’éventail sociologique est plus qu’à 360° : on est carrément sur un échantillon représentatif à faire pâlir les instituts de sondage. Voilà un artiste qui sait rassembler autour de valeurs fédératrices telles que le rhum, le zouk et le batifolage libertin.

Après une première partie pleine de « je veux voir toutes les mains en l’air », de zouk amoureux mais viril et de chardonnay bien frais, le public en feu était prêt à recevoir la bonne parole. Dans un plébiscite bruyant et plein d’ardeur du public, Francky arrive sur scène avec sa tenue bariolé/festive. On notera au passage le pantalon moulant en skaï bardé de zippettes au niveau des genoux. L’hystérie gagne l’ensemble de la fosse tandis que notre bourreau des cœurs entonne ses premiers tubes.

Ci-dessous, la set list originale des pépites offertes par Francky, écrite au véléda sur une page A4 scotchée au gaffeur:

Setlist FRANKY

Faites des économies de LSD, allez voir Francky

 

Les tables installées au devant de la scène sont rapidement écartées pour permettre au plus grand nombre de zouker en toute décontraction. Malgré une disposition épurée (une bande son, deux danseuses lascives et Francky) tout le monde est satisfait du moment qu’il est en train de passer. Et pour cause, nous ne sommes pas vraiment venu voir un concert. Car un showcase de Francky Vincent c’est un peu plus que cela : c’est à la fois un one-man show, une machine à remonter le temps et une invitation au vice collectif. Et plus globalement, une performance extrêmement drôle et carrément hallucinogène par moment. Jugez par vous même.


Showcase Franky Vincent @ Réservoir par lelimonadier

Après avoir crié tous en chœur « oui oui oui oui » à cette fameuse interrogation entêtante concernant notre volonté de voir son chibre, voilà qu’il nous offre une seconde fois son tube « Alice ça glisse ». Nous le gratifierons d’une belle chenille aussi improbable qu’intergénérationnelle. Loin des chenilles fades des mariages envinassés, nous sommes là sur un beau moment de partage où chacun s’affranchit du regard de l’autre pour se concentrer sur l’immédiateté de l’instant dans un élan hédoniste. Une punkette tatouée et son copain deathmetalleux, des jeunes hipstous fragiles, des mamies martiniquaises de 70 ans… tout le monde danse ! Exception faite d’une poignée de rabat-joie dont nous ne faisions absolument pas partie, évidemment (la preuve en photo ci dessous). NDLR: Notre scepticisme demeure intact quant à l’intérêt d’aller à un concert de Francky Vincent paré d’une condescendance qui vous rend hermétique à tout plaisir.

Ethique de la liberté : penser l’amour libre avec Francky

 

Nous aurons également l’insigne honneur d’assister à une interprétation d’un de ses titres les plus aboutis : le « Tourment d’amour ». Moins connue que les grands classiques, plus métaphorique (la pâtisserie « tourment d’amour » vs. « son » tourment d’amour i.e. membre viril), c’est un morceau construit autour de plusieurs mouvements aux rythmes variés qui suscitent des émotions très différentes. Et puis il y a le contexte qui est indéniable : sortie en 1991, cette ode au sexe non protégé est indéniablement un manifeste politique subversif pour les libertés individuelles. Enfin c’est comme ça qu’on le voit au Limonadier.

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La communion est à son paroxysme quand une spectatrice est invitée à le rejoindre sur scène pour exécuter la chorégraphie de « Ma canne à sucre ». L’énoncé de départ était assez simple : mimer la section d’une canne à sucre au niveau du sexe de Francky en rythme lors du refrain. Qu’à cela ne tienne, notre danseuse improvisée ne saura s’y tenir et se donnera à fond dans un mi-twerk mi-zouk complètement déchaîné qui suscitera un immense enthousiasme du public, et la stupéfaction d’un Francky dépassé par les évènements. Non content d’être tombé sur une connaisseuse, Francky lui attrapera la main pour la placer sur ses fruits de la passion, suscitant là encore une salve d’encouragements enthousiastes, notamment de la part d’un groupe de trois jeunes businessmen algériens sous MD méga bonnards avec qui nous avons sympathisé #truestory.

N’oublions pas que l’objet de ce showcase était la sortie du dernier clip de l’artiste « Ton facebook » projeté pour l’occasion sur grand écran

Le concert terminé, l’artiste s’est généreusement prêté au jeu des photos et des dédicaces diverses. Nous ne résistons pas au plaisir de partager avec vous ces quelques traces qui resteront dans les annales. Ce showcase fût aussi improbable qu’agréable et nous sommes tous repartis en chantonnant « Vas-y Francky c’est bon » sur le trottoir du réservoir, sans jamais s’enquérir de l’avis des badauds. Et pour ça, merci Francky !

PS : Seul petit regret, nous n’avons pas eu droit à une interprétation de «Droit de réponse» aka « Le restaurant », le seul titre qui a (relativement) refait parler de FV sur les internets ces dernières années. Suffisamment mal inspiré, notre lover des Antilles avait ouvert un restaurant à Thiais et s’était mal entouré. Organisation bordélique, partenaires mal choisis, bouffe dégueulasse et cuisine cradingue, Francky en a gros sur la patate et ne cache pas sa déception. « Droit de réponse » est en fait une chanson au vitriol dans laquelle il règle ses comptes avec ses partenaires d’affaires. Là encore, on vous laisse juger par vous même, mais à notre sens, c’est la définition à peu près parfaite de « pépite WTF ».

(Ci-dessous, vos deux chroniqueurs en extase à côté de l’artiste)

FRANKY

FranckyetRemi