Four Tet – Morning​/​Evening LP

Lundi 22 Juin de l’année 2015 n’était pas un bon jour pour la personne qui est en train de taper ce texte à cet instant même, et que vous lisez à cet instant même également, ce qui est un paradoxe temporel et lexical, vous en conviendrez. Lendemain de fête (de la musique), début de semaine (chargée), sommeil (agité), tout ce qu’il faut pour être relou en somme.

Mais entre trois scroll professionnels – sur excel – s’est intercalé un scroll de déconcentration –  où vous savez  – qui lui a donc permis de tomber sur cette croustie-news : Four Tet sortait la veille un nouvel album, pour fêter le solstice d’été (oui oui), et qui de plus est accessible dans son intégralité via bandcamp. Il ne s’en doutait pas, mais l‘écoute qui a suivie l’a sauvé de cette morosité. OUI, SAUVE.

Comme vous aussi certainement, au Limo on suit le parcours de Kieran Hebden avec attention. Clairement hyperactif, entre ses activités de producteur pour d’autres artistes (Omar Souleyman, Neneh Cherry…), ses remix, les trucs qu’il sort sous ses alias (Percussions, Burial ?? 😉 ?? ) il y a de quoi faire, on ne se fait jamais chier, et c’est souvent original.

Son dernier album sorti en 2014, Beautiful Rewind, nous avait surpris une fois de plus, car parfois tellement minimaliste et old school que l’on se demandait même s’il ne se foutait pas un peu de notre gueule… Mais on y revenait, encore et encore. Et puis il faut l’avouer : certains de ses morceaux nous font l’effet de petites perles de rosée ruisselant sur des bambous dans une foret japonaise. Un truc magique et bizarrement intemporel.

Son nouvel album, intitulé Morning / Evening, ne déroge pas à la règle, ou si, déroge à plein de règles en fait. Constitué de deux morceaux d’environ 20 minutes chacun, il nous caresse et nous surprend en même temps, rejoignant comme à son habitude ses compères Caribou ou Jamie XX dans une approche autant expérimentale que grand public de la musique. C’est à dire : des recherches sonores qui arrivent à avoir un effet immédiatement agréable pour l’auditeur, tout en passant par des chemins de traverse.

Allez, on fait une pause blabla et on vous propose de vous mettre ces deux morceaux dans vos deux oreilles :

Donc, on parlait de magie. Et bien, ce premier morceau, intitulé Morning”, en est clairement l’illustration sonore. Toujours à la limite du simplisme : un petit beat boisé qui n’évolue pas vraiment, un sample de musique indienne, des cordes discrètes et surtout des bleeps de synthétiseur désynchronisés qui viennent se poser sur le tout comme un baume d’amour sur nos esprits. En effet, le morceau nous touche, et on n’arrive pas vraiment à expliquer pourquoi. Ou peut être parce qu’il rappelle un peu les vieilles tracks ambient de Brian Eno. En tout cas, la rythmique binaire du morceau n’est pas ici présente pour faire remuer nos jambes, mais plutôt nos sens.

Le deuxième titre, « Evening » donc, commence comme finit le premier morceau, c’est à dire sans rythme, totalement aérien, et réutilisant des samples de chants hindou, mais en les ciselant d’avantage. Le morceau s’étire, plane et finit par atterrir vers son dernier tiers avec l’arrivée d’un rythme pêchu, qui nous fait regarder une dernière fois le ciel étoilé avant de rentrer dans ce hangar sombre où résonne une techno industrielle.

Voilà, on avait peur de se trouver face à un truc un peu agaçant, et le mec a sauvé notre lundi, et puis toute la semaine qui a suivie vu qu’on l’écoute en boucle depuis.

Le tout sera disponible en vinyle dès le 10 Juillet, dans tous les shops près de chez vous (et si vous n’avez pas de « shops » près de chez vous, vous irez acheter des chips et un jeu vidéo et ça ira très bien aussi).