Labe(le) Interview #2 | Flee – Plus que du digging ?

Selon leurs propres termes, Flee se définit en tant que “plate-forme d’ingénierie culturelle”. Le projet, lancé le 09 octobre dernier, est à la fois un label, une maison d’édition et un promoteur d’expositions et de conférences, avec pour but de promouvoir et de mettre en valeur des cultures musicales méconnues. Par exemple, leur première sortie explore le Benga, un genre musical très populaire au Kenya. Pour en savoir plus sur leur projet et sur cette sortie tout particulièrement, on est allé à leur rencontre pour leur poser quelques questions.

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Bonjour Flee. Vous êtes tous nouveaux non ? Qui se cache derrière ce nom ?

Nous sommes trois derrière FLEE. Alan Marzo (basé à Abou Dhabi), Carl Åhnebrink (Paris) et Olivier Duport (Berlin). Nous avons commencé à imaginer comment FLEE pourrait s’articuler avec Alan, et Carl a rejoint l’aventure très rapidement par la suite. Le constat initial sur lequel nous nous sommes basés était assez simple : il n’existe aujourd’hui que peu d’initiatives qui visent à réellement expliquer à leur audience le contexte de la musique qu’ils présentent. Ayant tous les trois étudiés les sciences sociales, nous trouvions dommage que ces dimensions, pourtant essentielles à la compréhension de genres musicaux, ne soient pas présentées. Je pense que c’est la raison principale qui nous a poussé à créer FLEE.

Sur votre site, vous vous décrivez comme étant [on cite] « une plateforme d’ingénierie culturelle ». La formule est assez surprenante. Pourriez vous nous en dire plus sur la nature de votre projet ?

Le but de la plateforme que nous avons voulu créer avec FLEE est de documenter et de valoriser des courants musicaux méconnus en les présentant sous un jour nouveau. Très concrètement, il s’agit pour nous de faire interagir ces mouvements tombés en désuétude avec des artistes dits plus « contemporains ». C’est dans cette logique que nous avons pour ce premier numéro demandé à des musiciens comme Africaine 808, Jaakko Eino Kalevi ou Nik Weston & Rudy’s Midnight Machine de retravailler des morceaux originaux de Benga, et à des artistes visuels comme Olka Osadzińska et l’Atelier U-Zehn de s’inspirer de l’univers de cette musique pour proposer de nouvelles créations graphiques. Cette forte dimension d’échange culturel et la riche documentation que nous voulons mettre en avant pour chaque numéro sont les deux piliers du projet FLEE.

Un exemple de morceau de Benga traditionnel issu de leur disque avec le C.K Jazz Band :

Ok, donc cette release marque le lancement de votre projet/label avec la sortie d’un premier magazine et d’un premier disque. 

Exactement ! Ce premier numéro comprend effectivement un vinyle et un magazine sérigraphié. Sur le vinyle sont à retrouver des morceaux originaux et exclusifs de Benga ainsi que leur pendants respectifs retravaillés par les artistes cités précédemment. C’était une bonne manière pour nous de démontrer que le Benga était toujours très actuel aujourd’hui. Le magazine sert d’ailleurs à expliquer pourquoi ce genre demeure si méconnu notamment en Europe. Nous avons passé de longs mois à effectuer un lourd travail de documentation pour obtenir des éléments de réponse sur la manière dont ce mouvement s’intégrait dans la société Kenyane et aux circuits de l’industrie musicale au niveau global. En découlent des articles de musicien(ne)s et de journalistes kenyans, de producteurs ainsi que des images d’archives exclusives qui expliquent un peu mieux ce que le Benga représente au Kenya.

La version du morceau du C.K Jazz Band revisité par le Finlandais Jaakko Eino Kalevi :

Au Limo on a des fans d’afrobeat, et on a même eu la chance de rencontrer récemment Tony Allen. J’imagine que vous avez du vivre des moments forts lors de la création de cet opus. Si vous deviez retenir une ou deux anecdotes liées à la production de cette première release (une rencontre, une galère, une surprise…) qu’est ce que ce serait ?

Je pense que l’anecdote la plus marquante restera la rencontre, dans la maison d’Ayub Ogada, à Kisumu, avec plusieurs anciennes gloires du Benga des années 1970. Pour lui qui a composé la bande-son du film The Constant Gardener, et qui a vécu l’age d’or du genre, comme pour les autres, le retour sur terre fut brutal. Ces anciennes gloires vivant aujourd’hui dans une certaine forme de désœuvrement ont d’ailleurs amené notre réflexion sur la difficulté pour des musiciens africains d’accéder au marché international musical de manière pérenne. Ayub Ogada a d’ailleurs connu un énorme succès international au moment de sa reconversion à une musique très traditionnelle qui collait bien aux cases définies par la World Music actuelle. Pour tous les musiciens de Benga, ce succès est demeuré totalement étranger, le genre restant trop hybride. C’est là que nous avons compris que notre projet s’inscrivait également dans une certaine forme de critique par rapport au concept de « musique du monde » et ce qu’il sous-entend.

Au Limo, on a écouté votre disque et on a adoré. Avez vous prévu de faire un tour d’évangélisation de votre projet sur Paname ?

Très content de l’apprendre ! Il est prévu de faire un tour d’évangélisation sur Paris prochainement oui, même si pour l’instant nous planchons sur notre soirée de lancement berlinoise (le 27 Octobre à ACUD). Compte tenu du fait qu’il existe un réel enthousiasme pour le Benga à Paris et que notre projet y possède beaucoup d’attaches, il est néanmoins probable que nous annoncions une soirée dans les prochaines semaines. S’il y a bien un endroit où le Benga a d’ailleurs failli percer au niveau mondial, c’est bien à Paris dans les années 1970s. Ce serait donc un beau clin d’œil.

Quelles sont vos prochaines étapes ?

Le fait que nous ayons travaillé avec de nombreux artistes et collaborateurs sur plusieurs continents nous pousse forcément à envisager des formats différents pour présenter le projet. Nous planchons actuellement à une exposition permanente (potentiellement à Paris) qui permettrait de mettre en lumière notre travail de documentation plus en détails et nous souhaitons également initier le débat sur des questions importantes liées à la redécouverte de musiques méconnues. Dans cette optique, nous souhaitons également organiser des panels de discussion lors desquels l’intégration de mouvements culturels en lien avec des contextes politiques, économiques et sociaux serait considérée. Bien sûr, nous avons déjà une idée qui se précise pour un second numéro et espérons pouvoir sortir cette prochaine parution d’ici le début de l’été 2018 au plus tard.

Les traditions peuvent parfois avoir l’air idiotes, mais par définition, elles ne se remettent pas en question. Ici au Limo, on à l’habitude de poser en fin d’interview la question suivante : si vous étiez un cocktail… lequel serait-il ?

Ça tombe bien c’est une question que nous nous posons régulièrement (rires). Je pense que pour Alan on partirait sur un Sex on the Beach, pour Carl un Gin Tonic et personnellement un Perroquet ferait bien l’affaire. Merci chef.

Tout le plaisir est pour nous ! Tenez nous au courant de votre date à Paris !

Pour en savoir plus, le site de leur projet se trouve par là.
Et pour ceux qui souhaitent suivre leurs prochaines sorties,
voici leurs comptes Soundcloud et YouTube.

 

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