Le dernier Takuya Kuroda, ce bonbon jazz hybride

Takuya Kuroda fait partie de cette génération de l’école Berklee qui est arrivée des 4 coins du monde pour éclore mille et une nuances de jazz dont on ne saurait dire l’exhaustivité. Né dans les années 80’s, ils ont appris des plus grands, Davis, Coltrane, Parker… Quoi faire après ces monstres ?

Les dépasser semblait impossible, il ne restait donc plus qu’à se frayer un chemin, fusse-t-il en zig-zag, à travers les styles voisins. Assembler, mélanger, s’inspirer et en ressortir le plus librement possible une musique qui leur ressemble, ce n’est à rien de moins que le trompettiste japonais Takuya Kuroda s’attaque ! Après avoir fait ses premières armes sur la scène exigeante du jazz tokyoïte avec son frangin tromboniste, Takuya poursuit son apprentissage à la Berklee de Boston avant de peaufiner son identité artistique à New York. C’est tout de même à Berklee qu’il fera les rencontres qui balisent encore aujourd’hui sa carrière: notamment José James dont il est toujours le trompettiste attitré. Le père José sait décidément plutôt bien s’entourer puisqu’il peut s’enorgueillir de compter dans son staff un des batteurs les plus prisés du moment, Nate Smith. Mais à force de zig-zagger, on en oublie « Zigzagger », le 4ème album du trompettiste dont voici tout de suite un extrait, « R.S.B.D »:

« R.S.B.D » (pour Red Spade Black Diamond) nous rappelle que nous allons bien partir pour un trip de Jazz fusion, au sens le plus large. Le débit saccadé des solos du trompettiste rappelle par ailleurs l’esprit du précédent album « Rising Son » sur lequel on pouvait trouver cette belle ré-interprétation de « Everybody Love The Sunshine » de notre vénérable maître Roy Ayers – on vous la glisse ci-dessous. Dépassant toutefois l’influence Wynton-Marsalisienne, le reste de l’album navigue librement mais sûrement entre les styles, du post-bob à l’afrobeat en passant par l’electro, le nuancier est riche sans jamais être brouillon !

On notera tout de même qu’en terme de composition pure et de mélodicité, Zigzagger nous parait moins inspiré que Rising Son. La barre était tout de même assez haute donc on reste relativement bien placé sur l’échelle de la jouissance de l’occiput. Zigzagger est donc un opus réussi aux yeux des fidèles, mais qui ne sera pas une aussi bonne introduction au style hybride de Takuya Kuroda que le précédent album. Ne soyons pas bégueule, en ces temps trouble on ne crache pas sur un peu de réconfort et Zigzagger nous en offre une belle tranche ! Cheers…