Dave East, le rappeur qui n’est pas à l’Ouest

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Bien qu’une partie des français ait encore beaucoup de mal à le reconnaître, le rap est une musique à part entière, tout comme le jeu vidéo est un art. Si les Etats-Unis sont loin d’être un exemple dans bon nombre de domaines, on ne peut qu’admirer leur capacité à intégrer de nouvelles cultures dans leur catalogue : le hip hop et les jeux vidéo ont plutôt bien réussi leur coup, en dépit des critiques virulentes et des stéréotypes « hilarants » de certaines personnalités nauséabondes.

En ce qui nous concerne, on ne se réjouira jamais assez de l’ébullition permanente qui règne sur la planète rap U.S, et des artistes géniaux qu’elle nous révèle sans cesse. On embarque donc une nouvelle fois pour New York et plus précisément East Harlem, où un certain Dave East opère depuis 2010. Après avoir abandonné son ambition de jouer en NBA pour se consacrer à la musique (il fallait oser), David Brewster Jr. sort pas moins de 6 mixtapes relativement confidentielles en 4 ans, avant d’être repéré par Nas. Une rencontre salutaire qui lui permet de signer chez Mass Appeal et de sortir 3 galettes saluées par la critique : Black Rose, Straight Outta Harlem, et Hate Me Now, toujours disponible en intégralité sur le Soundcloud de l’artiste et sur lequel nous vous conseillons de vous attarder.

Alors ? Oui, on ne peut qu’être d’accord avec les journaleux (il leur arrive de dire des choses justes), tant le flow incisif, les lyrics sombres et les productions léchées de ce 9ème opus, nous catapultent violemment dans l’univers du rappeur. Un recueil de 20 titres dont on sort essoufflé mais heureux, comme après un bon marathon dans une ville polluée. Entre hip hop classique et rap moderne, Dave East se livre avec force, et sa mixtape laisse une empreinte aussi indélébile qu’un tatouage au burin sur la peau d’un taulard. Les featurings finissent d’achever l’auditeur, avec entre autre la participation de Nas, Pusha T, Styles P ou encore Jadakiss, qui ont toujours une fâcheuse tendance à défoncer les instrus.

Vu la qualité de cette frappe auditive, le challenge à suivre est donc de taille : comment sortir un projet aussi dense, aussi bien conçu et aussi équilibré ? Comment ne pas tomber dans la facilité ou en panne d’inspiration ? Je n’ai pas la réponse à cette question, mais Dave East semble être parvenu à le faire via son dernier bijou : Kairi Chanel. Titre inspiré directement par la naissance de sa fille, ce 10ème effort s’annonçait donc particulièrement bon. Et on n’est pas déçu ; à l’instar de Hate Me Now, Kairi Chanel se vit, et on prend plaisir à se recevoir claque sur claque dès la première écoute. D’autant que l’homme s’est à nouveau bien entouré, en partageant le mic avec 2Chainz, Fabolous, Cam’ron et Beanie Sigel.

Plus trap dans l’âme que le reste de la discographie (j’en entends déjà qui grincent des dents), Kairi Chanel ne fait pourtant pas tâche dans la liste. Les 14 titres -voir 15 en ajoutant le feat. bonus avec The Game– sont cohérents et variés, avec quelques morceaux de bravoure, notamment sur les featurings. Et s’il fallait donner notre avis, on vous conseillerait de jouer immédiatement « It Was Written » (le clin d’œil à papa Nas), « Can’t Ignore » feat. 2Chainz (d’une lourdeur absolue), « 30 Niggaz » (certainement notre piste préférée), « Keisha » (pour sa « saveur vintage ») et « S.D.E » feat. Cam’ron (pour le cassage de nuque en règle)… De la pure qualité chico ! D’ailleurs on y retourne, parce que la parlote ça va 2 minutes. Presse Play !