Chansons vulgaires : un peu de poésie, beaucoup de cul

A l’heure où même nos hommes d’État créent le buzz en lançant des gros mots et autres punchlines fantasques, on s’est demandé au Limonadier pourquoi la vulgarité nous faisait lâcher du like (cf. notre article « La chanson française est-elle destinée à être à chier ? » qui vient d’exploser les scores d’affluence sur notre site), en politique comme en chansons.

Aaah la poésie mise en musique, les envolées lyriques des grands paroliers, les longues soirées passées à écouter du Leonard Cohen en s’extasiant sur la virtuosité de ses textes… La GRANDE musique. Vraiment ? Et oui, les belles paroles de chanson ça marche, c’est la culture, c’est important, c’est vrai. Mais pas que.

Car on a tous notre petit son bien sale (voire notre petite playlist thématique, on vous a cramé bande de dégénérés), bien cru, du genre qui fait rougir ta mère (et toi avec) quand tu as décidé de partager ta playlist « cequejecoutecestmieuxcequevousécoutez » dans la voiture familiale mais que tu as eu la bêtise de laisser le mode aléatoire « on ». Et si on se penche deux secondes sur la question, on se rend très vite compte que quelques uns des plus grands tubes de tous les temps sont affreusement vulgaires. Et qu’on aime ça. La grande question c’est pourquoi ? Mais aussi Comment ? Oui, comment ces enchaînements de cochoncetés chantées font-ils pour se loger dans nos têtes, y rester bien au chaud… Et ressortir au moment le plus inopportun ?

Après une intense séance de réflexion au son de Sexy Sushi, il nous est apparu que la musique grossière se divisait en trois catégories principales. On vous propose donc un petit tour d’horizon de la chanson vulgaire et des raisons de son succès.


 

L’INSTINCT DE REPRODUCTION

 

Soyons réaliste, en matière de vulgarité, le cul est un sujet de tout premier choix. Déjà, il y a du vocabulaire en veux-tu en voilà. Certains morceaux nous pousseraient même à sortir notre bon vieux Larousse pour nous assurer de la signification de certains termes particulièrement… Originaux. Ensuite c’est bien connu, le péché de chair, la débauche, la luxure, ça vend, c’est pas nouveau. C’est probablement dans cette catégorie que l’on trouve les exemples les plus anciens de vulgarité en musique, comme cette petite perle datant de 1935 :


La punchline :

I would fuck you baby, honey I’d make you cry
Now your nuts hang down like a damn bell sapper
And your dick stands up like a steeple
Your goddam ass-hole stands open like a church door
And the crabs walks in like people

Au cas où le reste des paroles vous aurait échappé, Lucille Bogan parle bien de faire un tour sous la couette avec un cadavre. Oui oui. La classe de l’entre-deux guerre dans toute sa splendeur. Rassurez-vous, les exemples récents de vulgarité extrême lorsqu’il s’agit de parler de coït ne manquent pas, notamment chez les rappeurs de Run The Jewels avec « Love again » et son clip illustrant des insectes poilus qui se la donne :


La punchline :

He want this clit in his mouth all day
I put my clit in his mouth all day
I’ve got this I’ve got this fool in love again

Nos amis outre-Atlantique sont de sacrés poètes, on est fan de leur délicatesse légendaire. On salut d’ailleurs la riche contribution de la rappeuse Gangsta Boo, qui relève le morceau avec une touche indéniablement féminine, plus douce, plus réfléchie (insérer plus de clichés sur les femmes, là non plus l’inspiration ne manque pas)… En fait non c’est une véritable bougresse (membre des très « dirty » Three 6 Mafia rappelons-le).

Il est donc établit que les ricains ont un gros niveau. Mais dans le style vulgaire (et plein de clichés sexistes aussi, c’est Noël en avance) la France n’est pas en reste, loin de là. Notre ambassadeur du swag, celui qui sait comme personne insulter les femmes, parler de cul, de sport et saupoudrer le tout d’évocations de crimes violents, je vous le donne en mille : le seul, l’unique, l’inénarrable Gradur :


La punchline :

Me casse pas les couilles, j’rentre dans ta chatte et j’crache
Direct, bah ouais j’ai pas le temps

Gradur n’a donc pas le temps de vous faire jouir tranquillement, il est BUSY, ok ?

* L’équipe Limo vous recommande chaleureusement d’aller consulter l’intégralité des paroles sur le site Genius : les annotations des contributeurs vous expliquent la signification profonde des textes du p’tit Grady. C’est de la dynamite on vous dit.


 

LA DROGUE

 

Pas vraiment une surprise non plus, mais que voulez-vous, ça fonctionne. Pour décrire toute l’ampleur de leur défonce, nos amis les chanteurs usent force injures, déclinaisons de « fuck » à toutes les sauces (de quoi rendre Gordon Ramsey jaloux) et et et… Une pincée de sexe bien sûr, parce que bon, bédo ça rime avec dodo, macdo mais aussi pécho. En la matière, on a même pas le choix, on vous place un petit Snoop Doggy Dogg directos. Da da da da daa.


La punchline :

So blaze the weed out there
Blaze that shit up nigga
Yeah, waz up Snoop?

Alors que vous dire. Le titre est explicite, si vous n’avez pas compris, on ne peut rien faire pour vous les enfants. On salue Snoop et son poto Dre, qui font très bien leur travail puisqu’ils arrivent à nous parler à la fois de drogues et de biatch/hoes/sluts (rayez la mention inutile – il y a un piège…)
En gros ils combinent tous les meilleurs ingrédients de la vie sur un beat devenu légendaire, en nous donnant envie d’aller bedave avec eux. On valide, on est fan, on achète.

Mais mais mais, les rappeurs ne sont pas les seuls à nous pondre des perles en matière de drogues. Sex drugs and rock n’roll pas vrai ? Jimi, Janis, Amy, Mick, Ziggy et Iggy, pour ne citer qu’eux, en connaissent un rayon en la matière. Trois d’entre eux maitrisaient d’ailleurs tellement bien leur sujet qu’ils ont fini par passer l’arme à gauche, tout absorbés qu’ils étaient par leurs expérimentations. Et hop, on vous propose un morceau de Kurt Cobain (encore un copain du club des 27 fumeurs de crack).


La punchline :

She has a moist vagina
I particularly enjoy the circumference
I’ll be sucking the circular walls of her anus
I prefer her to any other
Marijuana

Alors franchement… Même nous on est pas trop sûrs de ce qui est passé par la tête de Kurtichoux sur ce coup-là. Ce qui est certain, c’est que quand on connaît son penchant pour le LSD, l’héroïne, l’oxycodone, l’aspirine, la colle, le dissolvant (liste non exhaustive), on se dit que ce morceau est en fait une sacré déclaration d’amour à la Marie-Jeanne.

Passons à la chanson suivante, qui ouvre la porte à un vaste de débat, puisqu’il y est question d’alcool. Bon, vous vous doutez qu’au Limonadier, on manque légèrement d’objectivité sur le sujet. On serait même carrément du côté de Boris Vian (même si on avoue être plus cocktails que vinasse) :


La punchline :

Je bois sans y prendre plaisir
Pour être saoul
Pour ne plus voir ma gueule
Je bois dès que j’ai des loisirs

Clairement pas la façon la plus fun d’approcher la consommation d’alcool mais en toute objectivité, il paraît que l’abus, c’est mauvais pour la santé. On vous conseille donc de vous arrêter quand ça n’est plus bon bon pour le moral.

 


LA MARRADE

 

Freud nous dirait sûrement que rire au son de chansons pleines d’insanités, c’est la manifestation claire d’une régression brutale au stade anal de notre développement psychique. Il aurait sans doute raison, on est presque tous en effet de vrais gamins qui se tordent de rire dès qu’un chanteur nous parle de son caca. Mais on s’en fout, l’essentiel, c’est d’assumer. La vulgarité rigolote va piocher son inspiration dans les deux catégories précédentes, mais elle lui confère un petit aspect potache, voire mignon et une bonne dose d’autodérision qui la rend soudain hilarante.

Pour démarrer cette partie en beauté, revenons tout d’abord un peu dans les grands classiques et célébrons en même temps la belle chanson française. Voici donc tout de suite un incontournable avec Les Charlots :


Le morceau « Histoire Merveilleuse » est tellement plein de saloperies qu’on a eu du mal à vous dénicher une seule punchline, mais après délibération on a quand même sélectionné celle-ci :

Oh quelle quéquette que j’ai
Ça c’est du zob, ça c’est du zob ouais


 

Tout de suite, « quéquette » et « zob » en lieux et place de « teub » et « gland », ça passe mieux (sans mauvais jeux de mots). Celle-là vous pourriez en rire avec votre Maman dans la voiture, c’est peut-être même elle qui vous l’a fait écouter pour la première fois. Elle était loin de s’imaginer qu’elle allait créer un petit monstre, qui bientôt connaitrait par cœur les paroles de Sexy Sushi :


La punchline :

Excitation, introduction
Une étincelle à profusion
Porte-jarretelles et gros nichons
Soutien-gorge, collant nylon

L’humour est moins flagrant chez les Sexy Sushi (encore qu’avec un nom pareil on s’attendrait à de la déconnade). Mais il y a un petit quelque chose, dans le fantasme ultra cliché de la policière sexy tout droit sortie d’un porno des années 90, dans la bouderie qui dégouline de la voix de Rebecca Warrior… Ce petit quelque chose qui fait qu’on a le sourire en écoutant, et qu’on explose arrivé le refrain.

 


LA REPRODUCTION DROGUÉE TOUT EN RIGOLANT

 

C’est bien connu, l’Homme a toujours voulu le beurre, l’argent du beurre et le boule de la crémière. Bon, dans la plupart des domaines cette philosophie n’a jamais rien donné de très joli joli, mais pour la musique vulgaire, c’est autre chose ! Car quand les trois catégories citées ci-dessus se rejoignent, une fusion mystérieuse d’efficacité semble naître, pour un combo « Misogynie + Drogue + Gaudriole » aussi coupable que presque parfait. Et c’est encore dans le domaine du Hip Hop français que nous allons trouver les plus fiers représentants de cette discipline.

Beaucoup d’entre nous (wesh les babtous) ont notamment été introduits (sic) aux plaisirs du “trivial game” par la bande de zigotos de TTC et du Klub des Loosers. Et plus particulièrement par ce morceau, intitulé “sale pute” (comme Orelsan uiiiiii), qui n’est sorti sur aucun disque officiel, mais qui s’est vu massivement partagé au début de « l’ère du haut débit et du transfert de notre temps de cerveau disponible vers le téléchargement illégal de film d’action polonais ».

Et ce morceau de s’avérer être un défouloir complètement con, gloubiboulga de punchlines pétées sous enregistrées, sur une instru psychédélique tout aussi sous mixée, qui reste néanmoins un des moments de grâce tordue qui a participé à faire les êtres sensibles et généreux que nous sommes aujourd’hui… Oui oui…


La punchline :

J’te baise par l’oreille
J’te baise pendant ton sommeil
J’te baise même au réveil, pendant que tu fais la vaisselle
Lève les bras en l’air
Que je puisse te baiser sous les aisselles.

 

Cette pratique de la punchline absurde et “dégueulaaaaasse”, qui semble sortir du cerveau d’un être ayant beaucoup trop abusé des plaisirs artificiels, a aujourd’hui contaminée une grande partie du rap game : de Booba à Kaaris, en passant par Gradur et on en passe. Même ta petite cousine s’y est mis. Si si.

Mais la référence, autant souterraine qu’obligatoire, de tous ces aficionados de “fourrage via gros doigt de pied” est sans hésiter celui qu’on appelle l’Empereur de la Crasserie, l’Aigle de Carthage, le Serge Gainzbeur de ce putain de game, oui, nous parlons bien de l’indémodable Alkpote ! Avec ses références hors sujet à la culture mainstream mélées à des rimes autant débiles qu’extraordinairement efficaces, le bonhomme a traversé le rap jeu un tarpos beaucoup trop tassé dans une main, et une matraque en forme de bite dans l’autre, s’employant à détruire les neurones de tout ceux qui ont osé se mettre sur son passage sonore (bientôt votre tour…).

Comme il nous serait très difficile de ne vous citer qu’un seul morceau, le mec étant connu pour distiller ses petites traces de génie du mal(aise) sur d’innombrables titres, voici donc un petit mix – rétrospective trouvé sur l’Internet, sobrement intitulé « Alkpote – L’OrgasMix Double Pénétration Part. 1 : La Levrette (Bootleg 2012-2015) ». Soit une 1h15 de kickage zarbis et variés, entre trip racaille et expérimentations franchouillardes, le tout saupoudré des traditionnels « salope salope », « pupupupute », « sucez » et « exact » si bien placés. Si vous avez lu l’intégralité de cet article, vous devez être désormais bien préparés pour ce feu d’artifesse final (dixit son compère et non moins truculent Seth Gueko). Enjoy le « zgegame » :

 


La punchline :

Heuuuu… Non en fait on vous respecte trop 😉

 

Voila Voila.

Nos voisins nous regardent de travers depuis qu’on travaille sur cet article et qu’on écoute les pires horreurs le sourire aux lèvres. Mais au final, pourquoi on aime tant la vulgarité ? Et bien, on n’a trouvé qu’un seul dénominateur commun à tous les exemples cités ci-dessus. Que ce soit le sexe, la consommation de substances illicites ou le rire : ça fait du bien, voila tout. Et on vous laisse chercher (pour la énième fois) la définition de cathartique dans le dico.

Bisous !

La Team Limo