Beach House — Thank Your Lucky Stars LP

Deux mois. C’est le temps qui s’est écoulé entre la sortie de Depression Cherry et la crise cardiaque de love que nous a provoqué Thank Your Lucky Stars, le nouvel album de Beach House. On est gâté cette année et loin d’être déçu. Certains pourraient penser qu’en sortant deux albums en si peu de temps, le groupe risquait fort de se répéter et de tourner en rond. Et bien, que nenni ! Alex et Victoria nous livrent avec ce sixième disque une atmosphère bien différente de son prédécesseur de velours (qui annonçait mystérieusement son successeur… si si, tu vois ce qui est gravé, là, sur la face B, oui !).

Thank Your Lucky Stars s’éloigne du cocon de synthés enivrants tissé par Depression Cherry bien que les deux albums aient été composés et enregistrés presque simultanément. Ils partagent certains caractères, notamment l’esthétique de répétition et le sens du détail qui font l’identité musicale du duo de Baltimore. Cette double sortie nous montre bien que les deux prodiges de la dream pop savent très bien qui ils sont et où ils vont.

Entrons dans le vif du sujet avec « Majorette », le premier titre du disque. Il s’ouvre sur des percussions claires, puis déboulent le synthé et la guitare d’Alex Scally qui mettent en valeur la voix si particulière de Victoria Legrand. Quelques sons de carillon, des mélodies ternaires et les chœurs d’Alex à la fin de la chanson, nous voilà partis à la découverte d’un terrain connu. Oui, c’est paradoxal. On sait à quoi s’en tenir tout en étant surpris. « She’s So Lovely » fait la transition dans la saturation que domine ensuite la voix de Victoria qui énonce lentement les paroles éponymes sur un fond de synthé. Alex nous envoie alors des riffs lancinants et des vagues mélodiques accompagnés d’orgue.

Retentissent ensuite la note entêtante et les percussions au balai qui vont structurer tout le morceau « All Your Yeahs ». Cette toile de fond rythmique et hypnotique voit se déployer un phrasé acéré et une mélodie subtilement introduite par la guitare, les claviers et les chœurs. Ce morceau nous offre aussi un refrain un peu eighties, superbe. Départ heurté, saturé, larsen pour entamer « One Thing » qui lâche une guitare rythmique assez rock. Le décroché et le souffle du chant font penser à Radiohead au détour d’une phrase. Le motif final crisse et se joue des guitares.

« Common Girl » nous ramène à quelque chose de plus doux avec une mélodie au clavier, la voix profonde de Victoria et des envolées qui s’étirent tout en douceur avant de laisser place à « The Traveller ». Le morceau s’ouvre avec une aspiration, comme une invitation au voyage puis les jeux de cymbales, le phrasé sautillant et les montées vocales s’entremêlent dans un ensemble ciselé.

« Elegy To the Void », nommé meilleur morceau du moment par Pitchfork, nous donne à entendre ces allongements de phrase et les chœurs fantomatiques d’Alex qui nous disent bien qu’on écoute du Beach House, du vrai, du bon. Mais cette atmosphère lancinante est lacérée par la guitare acide et l’intervention de bruits. Le duo nous malmène avant « Rough Song » et son introduction si reconnaissable, symbole du style du groupe. On est clairement là pour ça. La ballade dream pop se déroule, martelée par les claviers. Puis, c’est déjà le moment de la dernière chanson, la mélancolique « Somewhere Tonight ». Dans une ambiance d’insomnie, les oiseaux de nuit sont de sortie avec sous le bras des synthés délicieusement rétros qui viennent clore ce nouvel album.

Avec les deux disques de la cuvée Beach House 2015, le groupe aura réussi le tour de force de proposer deux projets différents et singuliers, sans se répéter et sans faire la caricature de leur propre style. On peut remercier notre bonne étoile musicale pour ces pépites.

On retrouvera le groupe avec grand plaisir et beaucoup de curiosité au Pitchfork Festival Paris à la fin du mois. D’ici là, on traine sur leur site pour guetter une nouvelle date de tournée en France, proposer des setlists et apprendre toutes les paroles par cœur, oui, toutes, par cœur.