Aufnahme + Wiedergabe, label night aux Nuits Fauves | Interview de Philipp Strobel

Jeudi 8 juin aux Nuits Fauves, spotlight sur Aufnahme + Wiedergabe. Invité par Jeudi Techno –  qui revient cette année pour une série d’événements estivaux immanquables – le label allemand fera jouer le new-yorkais Phase Fatale, Rendered (Architect & 14anger), SΛRIN avec son masque de zinzin et le duo berlinois Schwefelgelb en live. 

Fondé en 2011 mais comme extrait d’une autre époque, ce label est sans aucun doute un petit diamant noir, où se côtoient Techno destructive et Wave mélancolique, Post Punk radical ou encore EBM menaçant. Ouvert d’esprit, aux genres variés mais à l’esthétique affirmée, le label fait vibrer la nuit berlinoise, où résident la plupart de ses artistes. Attaché à ses influences pré-années 2000, il sort principalement des disques en éditions limitées, qui s’arrachent ici en un clin d’oeil. On a interviewé Philipp Strobel, son fondateur mais aussi DJ, qui nous raconte sa vision du label, de la musique, de Berlin… 


Peux-tu nous dire quelques mots sur la genèse du label ?

J’ai lancé le label en 2011 à Berlin, dans le but de sortir la musique de mon ami Gabriel (La Fete Triste). A l’époque, c’était plutôt une blague, mais on est déjà en 2017, avec un catalogue de presque 100 releases dans des formats variés. Donc je crois qu’à un moment donné, tout est devenu plus sérieux… !

Pour nos amis non-germanistes, que signifie le nom du label ?

« Aufnahme + wiedergabe » c’est « record + play » en allemand, soit les deux boutons d’un magnétophone. C’est aussi une référence à l’un de mes ultimes groupes préférés.

Qu’est-ce qui motive tes choix dans le roster ? Des critères particuliers, des affinités ?

La plupart des artistes sont des amis que je connais depuis longtemps. D’autres le sont devenus depuis qu’on travaille ensemble. Je n’ai pas de critères particuliers, mais ce que tous les artistes du label ont en commun, c’est que j’adore leur travail et que j’ai envie de le faire découvrir aux autres.

Il y a aussi régulièrement de nouveaux artistes qui signent, comment se fait la sélection ?

Là non plus pas de critère particulier, ça doit surtout correspondre à ma vision du catalogue, qui ne se limite pas à un genre spécifique. Cette année, nous allons sortir des disques de certains de mes héros, aussi bien que des premières sorties d’artistes encore totalement inconnus.

Il y a souvent des collaborations, tous les artistes se connaissent – voire s’inspirent – dans le label ?

Je ne crois pas que tous les artistes se sont déjà rencontrés. Il y en a même certains que je n’ai moi-même pas encore vus en personne. Mais je sais que certains sont de très bons amis en dehors du label. On joue souvent ensemble aux mêmes événements, et comme on est une majorité à vivre à Berlin, on se voit naturellement assez souvent. Blush Response et SARIN, par exemple, font même de la musique ensemble sous l’alias Konkurs. Et de nombreux artistes sur le label font des remixes entre eux.

Fondé il y a 6 ans, le label est arrivé à un moment charnière de la scène électronique. Comment avez-vous vécu ce regain d’intérêt ?

On ne sort pas que de la musique électronique mais aussi beaucoup d’artistes Post Punk et Wave. Bien sûr, je réalise que certains sont parfois plus populaires que d’autres, mais la mode m’importe peu. S’il n’y avait pas eu de boom ou de tendance, on sortirait quand même exactement ce qu’on sort actuellement.

Le label tourne effectivement beaucoup autour de l’EBM, du Post Punk, etc. En somme, de la musique qui provient surtout des années 70-80-90.

Oui, ce sont complètement mes influences ! A l’origine, je viens de la scène Punk / Hardcore, puis j’ai développé un intérêt pour le Post Punk, la New Wave, l’Indus. C’est mon type de musique. C’est commun à la plupart de nos artistes.
En fin de compte, la Techno, c’est aussi du Post Punk.

On peut dire que vous avez un public assez fidèle, il y a une confiance générale en ce que vous sortez, même si ça touche à des genres variés. C’est probablement l’une des meilleures réussites qu’un label puisse espérer atteindre ! C’est aussi dû à une certaine esthétique…

Oui, je suis totalement d’accord. Je suis vraiment reconnaissant envers notre audience. Je connais beaucoup de gens qui achètent tout ce qui sort du label. Ces dernières années, j’ai rencontré des personnes très ouvertes d’esprit qui se préoccupent bien plus du son en lui-même ou de son esthétique que du style de musique auquel il appartient. C’est vraiment une chance cette confiance que les gens nous accordent, et ça nous donne la liberté de sortir de la musique de n’importe quel genre, tout en sachant qu’il y a aura toujours quelqu’un pour se laisser tenter. Bien sûr, il y a aussi ceux qui n’achètent que les sorties techno ou que post punk – ce qui ne pose aucun problème, mais pour moi, c’est la variété qui rend les choses intéressantes.

Les ventes de vinyles explosent mais vous restez sur le mode des éditions (parfois très) limitées, ce qui crée une forte demande et renforce en quelque sorte l’aura mystérieuse du label. C’est un choix, ou une question pragmatique ?

Les deux. Il y a certains titres que j’aime n’avoir qu’en éditions limitées, mais je ne souhaite pas non plus priver quiconque d’écouter une musique qui l’intéresse. Si on ressent une réelle demande, il arrive qu’on puisse represser un disque. D’ailleurs, on vient juste de commander une deuxième fois le dernier Schwefelgelb, et on envisage également de ressortir quelques titres plus anciens, sold out depuis longtemps maintenant.
Quand on a lancé le label, on a enregistré des bandes en 55 copies, qui ont pris du temps à partir. Certaines de ces cassettes pourraient même bientôt revoir le jour en version vinyle !

Vous sortez tant sur cassette, CD, vinyle que digital. Comment est choisi le support  ?

Il y a différents facteurs qui mènent au choix d’un certain medium. Tout d’abord, on discute avec l’artiste pour savoir ce qu’il préfère. Puis c’est aussi, bien sûr, une décision économique. Une obscure release de Power Electronics pourrait peut-être trouver pour acquéreurs ces 50 personnes qui achètent des cassettes en édition limitée, mais pas les 500 qui achèteraient en vinyle. Les sorties uniquement numériques ne sont généralement que les teasers d’une sortie physique à venir, ou d’un déstockage. Mais par exemple, The Devil & The Universe ont sorti trois parties de la série “Walpern” uniquement en digital ces trois dernières années, et on vient tout juste d’en sortir une compilation vinyle nommée “Walpern – Redux”.

Vous êtes pour la plupart allemands, que pensez-vous de la nuit berlinoise dans laquelle vous êtes ancrés ?

En réalité, il n’y a pas tant de personnes dans le label qui sont d’origine allemande. Hayden (Phase Fatale), Joey (Blush Response) et Emad (SARIN) par exemple vivent à Berlin, mais viennent des États-Unis ou du Canada. Alessandra et Chloé, qui travaillent avec moi, vivent aussi à Berlin, mais viennent d’Italie ou des États-Unis.
Je suis né en Allemagne et j’habite à Berlin depuis presque 11 ans maintenant. Je crois vraiment que Berlin et le reste de l’Allemagne sont deux mondes complétement différents. J’aime profondément cette ville, et je ne peux vraiment plus m’imaginer vivre ailleurs. Elle change constamment mais je me sens enraciné ici. J’apprécie beaucoup la liberté que cet endroit m’offre.

Y aura-t-il plus d’événements du label à Paris ? (On l’espère !)

Je l’espère aussi. Certains de nos artistes ont déjà joué plusieurs fois à Paris, pour d’autres les Nuits Fauves seront une première – mais avec un peu de chance, pas la dernière. Die Selektion, par exemple, retournent bientôt à Paris pour la tournée de leur nouvel album.

Des perspectives pour le futur ?

Il y a toujours des plans et on travaille constamment sur nos futurs projets. Je suis très excité par certaines sorties qui ne sont pas encore annoncées, et j’espère que les gens partageront mon excitation le moment venu !

En cinq mots, pourquoi on ne doit PAS vous rater aux Nuits Fauves ?

Vous voulez pas rater ça.

Sur ces bonnes paroles, on vous dit à ce soir (que vous ayez posé votre vendredi ou non), parce que cette nuit s’annonce folle. Cheers !

 

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