Le déja numéro 1: « We got it from Here… Thank You 4 Your service » de A Tribe Called Quest

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A Tribe Called Quest is definitly back ! Et cette fois-ci avec de la nouvelle came ! Cette bonne nouvelle sonne comme une résurrection, après 18 ans sans nouveauté dans les bacs. 18 ans que l’on entonne « Jésus (en l’occurrence ATCQ) Jésus, Jésus revient, Jésus revient parmi les tiens ! ». Un retour donc, à la saveur particulière, du fait du décès récent de Phife Dawg, malade du diabète. Un album en signe de point final, qui met fin à l’immense (par la qualité) discographie de la tribu. L’ombre géante de ce rappeur nain (il était surnommé The Five-Foot Assassin) plane incontestablement sur ce dernier disque, mais sans plomber l’ambiance, sans obscurcir les consciences.

C’est un disque important de l’un des plus grands groupes de hip-hop de tous les temps. Si vous êtes fan du genre, il est déjà incontournable. Si pas, c’est une entrée idéale dans le rap : flow extraordinaire des tenanciers, mais aussi d’invités, tels Busta Rhymes ou Kendrick Lamar (sur le titre « Conrad Tokyo »). Les prods sont jubilatoires et variées, le sample d’Elton John est un régal, un « Dis generation » en tribute au « Pass the dutchie » de Musical Youth, et plus encore.

Dix-huit ans après The Love Movement, ATCQ offre une ultime galette inespérée avec MC Phife Dawg. En seize titres, il livre une foisonnante leçon de hip-hop à l’ancienne. Le premier hommage s’intitule « Lost Somebody », c’est le douzième morceau de l’album. Tour à tour Q-Tip puis Jarobi dressent un portrait touchant de leur ancien partenaire. La hargne et la détermination des deux MCs disparaît alors au profit de la mélancolie et de la douceur. Le second morceau dédié à Phife est « The Donald », qui ne fait non pas référence à Trump, mais à Don Juice, surnom relativement peu connu de Phife. Le morceau est superbe, c’est une conclusion parfaite pour l’album. On y retrouve Busta Rhymes, collaborateur de longue date de Tribe. Il apparaît en tout sur 4 morceaux de We Got It From Here… ce qui fait quasiment de lui le cinquième membre de ATCQ. Sa prestation est impeccable, il fait mouche à chaque fois. Son couplet sur « Mobius », où il partage le micro avec Consequence (autre invité récurrent sur l’album) est absolument incroyable.

« Never thought that I would be ever writing this song
Hold friends tight, never know when those people are gone
So, so beautiful, opined indisputable
Heart of a largest lion trapped inside the little dude. »

Questions: qu’est ce qui fait le son de la tribu ? Quel est le plus petit dénominateur commun de tous leurs albums ? Réponse: le jazz, musique qui hante le moindre recoin du corps et de l’âme de Q-Tip. L’influence de cette musique que certains appellent « afro-american classic music » se ressent sur chaque morceau du répertoire de ATCQ.

« The tranquility will make you unball your fist
For we put Hip Hop on a brand new twist
A brand new twist with a whole heap of mystic
So low-key that you probably missed it
And yet it’s so loud that it stands in the crowd. »
Q-Tip – Jazz (We’ve Got)

We Got It From Here possède indéniablement ce petit rien de jazz qui avait fait le succès de ATCQ au début des années 90. Dès « The Space Program », premier morceau du nouvel album, on est transporté par un beat sautillant et le flow très rythmé de Jarobi, Tip et Phife. Même si on a changé de siècle et deux fois de décennie depuis le dernier album de Tribe, les basiques sont toujours en place. On entend sur « Dis Generation », « Black Spasmodic«  ou encore « Ego » certaines réminiscences de l’époque Midnight Marauders. La preuve qu’on peut dépasser le si précieux « boom bap » caractéristique des années 90 et conserver son identité musicale.

Un des privilèges de la notoriété, c’est de pouvoir prendre des risques artistiques. Quand on a à ce point marqué l’Histoire du rap, il est plus facile d’oser certaines choses. ATCQ en a profité pour inviter sur We Got It From Here… l’une des plus grandes figures de la pop, j’ai nommé Elton John. Il n’est pas si rare de voir figurer sur la liste des featurings d’un album des artistes étrangers au rap game, mais Elton John tout de même… Q-Tip ne s’est pas contenté de sampler « Benny And The Jets », il a aussi demandé au Captain Fantastic de chanter et de poser quelques notes de piano sur la conclusion de « Solid Walls Of Sound ». De la même manière, on constate également la présence sur l’album de Jack White et de sa guitare. Bref, comme dirait B2O: « Que des numéros 10 dans ma team ».

On appréciait jadis ATCQ pour l’humour pince-sans-rire distillé dans des textes très finement écrits. La joyeuse bande du Queens s’est également taillé une image militante, celle d’un groupe de rap engagé politiquement et socialement pour l’avancement de la cause des afro-américains, et plus généralement des américains les plus défavorisés. Il n’a échappé à personne que nous vivons des temps troubles, des deux côtés de l’Atlantique. Le relatif silence des rappeurs est pour le moins frustrant, la majorité d’entre eux se contentant d’une simple posture anti-Trump et anti violences policières. La politique ne les intéresse plus, à l’exception d’une poignée de résistants dont l’exemple le plus parlant est Kendrick Lamar. Mais lorsqu’en 2016, au lendemain de l’élection du président Trump, ATCQ sort de son silence, ce n’est pas pour rien.

« All you Black folks, you must go
All you Mexicans, you must go
And all you poor folks, you must go
Muslims and gays, boy, we hate your ways
So all you bad folks, you must go »

En l’aube de la clôture annuelle, le bilan du Hip-hop 2016 est plus que positif avec les retours en grâce des De la Soul ou Native Tongues. On peut dire sans se tromper que We Got It From Here… est un retour également réussi, qui est déjà l’album de cette fin d’année: numéro 1 au classement Billboard 200. C’est dire beaucoup au vu de la qualité du cru 2016. Ce dernier album de ATCQ n’est pas seulement un bon album de rap, c’est aussi tout simplement de la bonne musique. Il y en a pour tout le monde, que vous soyez conscients et engagés, que vous aimiez danser, que vous aimiez chanter, rêver, rester assis et penser. Revenir après 18 ans d’absence aurait pu donner le vertige, Tip et ses collègues auraient pu se dégonfler. Mais non, les grands sont éternels…