5 nuances de groove nigérian, et autant de pépites disco

Joni Haastrup

Il est bien difficile de réaliser un classement des productions funk autour des années 80, de surcroît au Nigeria, le pays ayant produit une palanquée de sons tous aussi bons les uns que les autres. Cet exercice n’a donc pas prétention à hiérarchiser les meilleures sorties disco de l’époque (ce qui serait vain et fastidieux), mais plutôt à mettre en valeur des sonorités particulières, pour donner une vue d’ensemble de l’influence du mouvement disco sur le pays.

Cette vague musicale s’est souvent inscrite dans un contexte politique difficile, le Nigeria ayant été rongé par la corruption et la dictature. Les influences du high-life (musique venue du Ghana), ou de l’afrobeat de Fela Kuti, offrirent ce groove supplémentaire pour créer un style unique en son genre, se bonifiant avec l’âge. Des perles inconnues aux tracks qui sont entrées au hit-parade, plusieurs labels ont depuis tenté de les compiler, pour rendre accessible une musique d’Afrique de l’Ouest souvent peu répandue en Europe. De plus en plus de DJs, à l’image de Hunee ou Floating Points, n’hésitent pas à agrémenter leurs sets de ces pépites venues d’ailleurs. Voici notre sélection apéritive et passionnée de 5 de ces trésors.

 

1) « Enjoy Your Life » – Oby Onyioha

Tirée du LP I Want To Feel Your Love sorti en 1981, cette track fait partie des classiques de disco nigériane, et a su tirer la chanteuse sur la scène internationale. De la disco à l’ancienne, à base de basse funky qui vient flirter dans les aigus avec un cortège de violons majestueux, le tout rythmé par des cuivres pour arrondir les angles. La recette a si bien fonctionné qu’elle a permis d’attirer le regard sur les productions nigérianes, dans un marché musical essentiellement dominé par l’Europe et les Etats-Unis en terme de productions soul/funk/disco. MCDE (aka Motor City Drum Ensemble) considère d’ailleurs ce son comme un de ses « favorite tracks ever », alors faites lui confiance et laissez vous envoûter.

 

2) « Sensation » – Dr Adolf Ahanotu

Tout ce qu’on sait, c’est que ce LP est sorti en 1986, et qu’il s’échange actuellement pour la bagatelle de 200 euros, le faible tirage de l’époque et l’engouement actuel en étant les principales causes. Il est donc difficile d’en connaître d’avantage sur ce loustic de Dr Adolf, l’outil Internet ne proposant quasiment rien à son sujet. On retiendra ces synthétiseurs envoûtants et la voix grave de l’introduction, tel un prédicateur s’adressant à ses fidèles. « You give me, sensation ! », un prêche de la bonne musique qui donne la température du funk nigérian à l’époque.

 

3) « Wake up your mind » – Joni Haastrup

Joni Haastrup est l’un des artistes nigérians les plus connus de cette période post High-Life dans les années 70-80. Il a notamment travaillé avec Ginger Baker (le batteur du super-groupe Cream), ou encore Fela Kuti (Africa 70, inventeur de l’afrobeat pour ceux qui débarquent total). Cette pépite a donné son nom à l’album, dont la track la plus connue – « Greetings » est tirée. Direction Lagos avec ce groove des profondeurs, pour revivre l’effervescence musicale des années funk au Nigeria. Ce son est une ode à l’africanisme, bien inscrit dans cette période post-coloniale, où de nombreux artistes revendiquaient leurs droits par le biais de la musique, et la cohésion africaine nécessaire pour pallier la mainmise des pays étrangers (sur les ressources naturelles nigérianes par exemple). « Free my people » du même album s’inscrit dans la même lignée, et c’est tout aussi bon.

 

4) « Living Everyday » – Tee Mac (feat. Marjorie Barnes)

Tee Mac, flûtiste de formation, est un acteur important de la scène musicale au Nigeria. Il a notamment collaboré avec le groupe Silver Convention dans les années 1970. Sa flûte enchantée mêlée à la voix de Marjorie Barnes canalise bien ce gros bout de disco bien gras. Car il en faut de la mélodie pour adoucir cette caisse claire et ce slap survoltés.

 

5) « Slow Down » – Amas

Peu d’informations sur cette bombe sortie en 1981, si ce n’est la grosse ligne de basse de Willy N’For, qui rend la musique un tantinet dansante.

 

Bonus: « When the Going is Smooth & Good » – William Onyeabor

Désireux de la mettre dans le top, nous avons préféré placer cette mine de synthétiseurs innovants en bonus, car elle ne s’inscrit pas dans la même lignée musicale que les autres. Si vous n’avez pas déjà entendu parler de William Onyeabor (RIP), vous trouverez un documentaire à son sujet sur YouTube (https://youtu.be/GiaRp0M2fxE). Ce génie est un véritable mystère au Nigeria, devenant le premier artiste du pays à importer des synthétiseurs dernier cri, sans que personne ne sache comment. Ses productions, super futuristes, ont été créées dans les années 1980, avant de tomber dans l’oubli.

Tel le Sixto Rodriguez nigérian, la musique et l’histoire de cet étrange personnage réapparaissent dans les années 2000, provocant des élans de curiosité partout dans le monde. Caribou a d’ailleurs repris le thème de « When the Going is Smooth and Good » sur son fameux « Ye Ye », ce qui atteste bien de l’avant-gardisme initial du bonhomme. C’était également ce bougre d’Onyeabor qui produisait ses propres vinyles. Son usine d’Enugu a (entre autres) donné naissance au disque bleu (Friday Night) de Livy Ekemezie, sous les conseils du géant nigérian. Appréciez donc les amis. Cheers 🙂

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